Opéra

Le retour attendu de Boris Godounov

La basse biélorusse Alexander Roslavets chante son premier Boris au Capitole de Toulouse

La saison capitoline se poursuit, après Les Pêcheurs de perles, avec à l’affiche l’un des grands chefs-d’œuvre du répertoire russe, Boris Godounov de Modeste Moussorgski. Ces reprises se font dans le cadre d’une nouvelle production en partenariat avec le Théâtre des Champs Elysées qui la reprendra en 2024.

Le livret, signé du compositeur lui-même d’après la pièce éponyme d’Alexandre Pouchkine, narre l’accession illégitime au pouvoir de Boris Godounov et sa lente mais inexorable descente aux enfers jusqu’à sa mort.  Quand on évoque cet opéra, la première question que se posent certains, à juste titre, est la suivante : quelle version ? En effet le compositeur a signé plusieurs partitions de son ouvrage. Mais ce n’est pas tout, des musiciens se sont emparés de cette œuvre et en on réécrit l’orchestration, Rimski- Korsakov et Chostakovitch en tête. D’autres les ont suivis. Depuis 1998, le Capitole a opté pour la version originale initiale, celle de 1869.

Boris et le Théâtre du Capitole

C’est en 1927 que Boris fait son entrée au répertoire du Capitole, en français bien sûr, avec le baryton Claudius Rougenet dans le rôle-titre. L’œuvre va alors s’inscrire durablement et régulièrement dans la programmation toulousaine. Les plus grands Boris vont se succéder. Il y a les francophones : Vanni Marcoux, André Pernet, Huc Santana, José Beckmans jusqu’à Gabriel Bacquier en avril 1968. Ce sera la dernière fois que l’ouvrage sera chanté en français, comprenant alors l’acte polonais. Entre temps, le Capitole aura accueilli les grandes clés de fa russes : Fédor Chaliapine et ses caprices d’acteur-chanteur en fin de carrière, en mars 1932 (au milieu du spectacle il exige le changement de chef !!!), Ivan Petrov en 1964, le Bulgare Boris Christoff en 1953 et 1955. En juin 1998, Nicolas Joel pour la mise en scène, Michel Plasson à la direction musicale et Gérard Audier pour les costumes, signent une reprise de ce Boris dans la version de 1869. C’est José van Dam qui incarne le sanguinaire tyran. Lors des reprises de ce spectacle en avril 2005, sous la direction de Bernhard Kontarsky, Julian Konstantinov endosse la pelisse du tsar assassin.

Boris Godounov en juin 1998 au Théâtre du Capitole dans la mise en scène de Nicolas Joel – José Van Dam (Boris) et Léonard Pezzino (L’Innocent) – Photo : Patrice Nin

Boris Godounov 2023 à l’Opéra national du Capitole

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, il est évident qu’une certaine impatience règne chez les mélomanes quant à cette nouvelle production, signée Olivier Py.

Olivier Py – Photo: Théâtre du Châtelet (c) Carole Bellaiche

Nous connaissons ce metteur en scène capable de nous émouvoir aux larmes (voir ses Dialogues des carmélites absolument fabuleux), ou bien nous bousculer sérieusement (vois La Gioconda, sanglante pour le moins…). Mais ce qu’il y a de certain dans tout son travail, c’est la parfaite cohérence de ses réflexions quant à la dramaturgie des œuvres qu’il met en scène avec, depuis toujours, le concours de Pierre-André Weitz pour les décors et costumes. Les tragiques évènements géopolitiques actuels l’ont amené à repenser, en cours de conception, sa mise en scène… Sous la direction musicale d’Andris Poga, qui fera ses débuts dans cet ouvrage, une distribution particulièrement alléchante a été réunie par Christophe Ghristi. Au départ, ce dernier a proposé le rôle-titre à Mathias Goerne. Celui-ci a été obligé d’annuler pour raisons de santé. Il est remplacé par un membre éminent de la troupe de l’Opéra de Hambourg, le Biélorusse Alexander Roslavets. S’il a déjà chanté un Boris, c’est celui de la Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch. Cela dit il a été déjà distribué dans Boris Godounov, mais dans le rôle de Varlaam.  Ce sera donc son premier Boris de Moussorgski. Dans un cast de haute volée, comment ne pas attendre avec beaucoup d’impatience le premier Pimène de Roberto Scandiuzzi et le Faux-Dimitri d’Airam Hernandez, tout comme le Chouiski de Marius Brenciu et le Chtchelkalov de Mikhail Timoshenko, etc. A vrai dire, c’est le plateau entier qui nous précipite vers ces représentations.

Il est clair et net qu’il y aura un avant et un après ce Boris Godounov dans l’histoire du Capitole !

Robert Pénavayre

Représentations :  du 24 novembre au 3 décembre 2023

Renseignements et réservations : www.opera.toulouse.fr

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