Festivals | Opéra

Festival de la Vézère 2026 – La bohème (Giacomo Puccini) et La Cenerentola (Gioacchino Rossini)

Maria McCabe (Mimi) et Robyn Lyn Evans (Rodolfo)

C’est dans le cadre magnifique du Château du Saillant que se pressent chaque année des centaines de mélomanes devenus fans de la troupe britannique Diva Opera. Et comment en serait-il autrement quand on est témoin de l’intelligence, du savoir-faire, de la rigueur musicale et du talent de ces saltimbanques lyriques qui, avec trois bouts de ficelle, donnent vie aux œuvres majeures de l’art lyrique dans une grange ! Au cœur du public et accompagnés par un seul piano au clavier duquel œuvre, et il faut entendre comment, le directeur musical de cette troupe, Bryan Evans, une poignée de chanteurs alternent, du jour au lendemain, et c’est l’esprit même d’une troupe, premiers, seconds rôles et choristes. Sur un plateau de 20 mètres carrés, des mises en scène inventives, astucieuses, lisibles immédiatement, formidablement pertinentes, sans transpositions aucunes, accueillent les grands Mozart, mis aussi Les Contes d’Hoffmann ou Lucia di Lammermoor, Traviata ou Don Pasquale, etc. Et c’est toujours un immense bonheur.

Quand les bohèmes se paient ce pauvre Benoît (Matthew Hargreaves)

Cette année, pleurs et rires se sont succédés dans la fameuse grange, le programme répliquant celui de l’édition 2017. Pleurs avec La bohème puccinienne (07/08/26) dans une mise en scène de Wayne Morris. Une méridienne ayant vécu, trois chaises et une table en bois , un poêle, il n’en faut pas davantage pour être de plain-pied dans l’univers des bohèmes tel que décrit dans les premières pages du roman d’Henri Murger. La direction d’acteur est au cordeau et notre proximité ne supporte pas le moindre écart, la moindre distraction. Cette proximité est aussi la garantie d’être littéralement envahi par le drame, d’en faire partie. Il n’était que d’entendre les discrètes ouvertures des sacs à main de ces dames et les raclements de gorge de ces messieurs, dont le signataire de ces lignes, pour comprendre que, dès l’air de la défroque, il était devenu inutile de lutter contre l’émotion. Et tout cela avec des chanteurs qui ne s’en laissent pas compter. Déjà Rodolfo ici même en 2017, le ténor Robyn Lyn Evans nous donne à entendre une voix homogène, déployée sur un superbe phrasé. La Mimi de la soprano Maria McCabe impose dès ses premières répliques un organe de grand lyrique d’une belle profondeur, aux aigus parfaitement projetés.

Matthew Hargreaves (Alcindoro) et Tereza Gevorgyan (Musetta)

La volcanique Musetta de Tereza Gevorgyan est un véritable condensé de charme et de volupté vocale. Le Marcello somptueux de Jean-Kristof Bouton n’étonnera personne et surtout pas les habitués du Festival tant son baryton et sa puissance dramatique en font un interprète de grande classe. Soulignons enfin le Colline profondément pathétique de Michael Roche, le Schaunard épatant de Jerome Knox et les interventions en tous points irrésistibles de Matthew Hargreaves dans le double emploi de Benoit et Alcindoro, deux personnages qu’il porte à un haut degré de couleurs.

Heather Lowe (Angelina)

Le lendemain, il était grand temps de ranger nos mouchoirs car Diva Opera proposait La Cenerentola (08/08/26), chef-d’œuvre buffa de Gioacchino Rossini dans une mise en scène de Wayne Morris. C’est au tour de l’univers de Walt Disney de faire irruption dans la grange. On n’oubliera pas de sitôt le départ du Prince dans son carrosse, à savoir deux valets déguisés en souris qu’il tient par des brides. Encore une fois l’imagination est au pouvoir. L’imagination et la virtuosité vocale, Rossini oblige. La distribution est particulièrement homogène et d’une rigueur stylistique exemplaire.

Heather Lowe (Angelina) et Joseph Doody (Le Prince Ramiro)

Il en est ainsi de la superbe et combien émouvante Angelina au timbre fruité, si ce n’est velouté, de la soprano Heater Lowe, du Prince de Joseph Doody, qui nous gratifia au 2éme acte d’un Si ritrovarla io giuro d’une tenue bel cantiste renversante, battant un trille en demi-teinte à tomber par terre, sans oublier la franchise avec laquelle il affronte la multitude de vocalises et de suraigus contenus dans cette ébouriffante partition. Les deux inénarrables sœurs sont également à saluer : Natasha Page (Clorinda) et Louise Mott (déjà Tisbe en 2017), tout comme l’Alidoro de Philip Smith, l’inénarrable Don Magnifico de Matthew Hargreaves et le truculent Dandini de Jerome Knox.

Salut final et standing ovation pour les interprètes de Cenerentola

Tout ce petit monde en ébullition mais parfaitement synchrone forme un univers de belles voix issues pour la plupart des plus prestigieuses écoles britanniques. Un régal récoltant une interminable standing ovation largement méritée.

Robert Pénavayre

Photos : Festival de la Vézère

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