Disques

La belle et riche solitude de la contrebasse

Après un premier disque solo intitulé « Flash-back » paru chez Ad Vitam records en 2024, la contrebassiste Laurène Helstroffer Durantel signe un deuxième album consacré à un instrument rarement joué en soliste, hors de l’orchestre. Dans un programme d’une large ouverture d’esprit, elle y illustre un style de jeu qui s’approche de la pratique, au cours des siècles, de la viole.

Après des études au C.N.S.M. de Paris, Laurène Helstroffer Durantel est devenue contrebasse solo de notre Orchestre national du Capitole de Toulouse de 2004 à 2006. Elle a ensuite participé à la fondation de l’Ensemble 360, en résidence au Crucible Theatre de Sheffield, UK.

En tant que chambriste et soliste, elle joue dans les plus grandes salles européennes avec de prestigieux partenaires comme notamment le Quatuor Ébène, le Quatuor Modigliani, Matthias Goerne, Céline Frisch, ou encore Jean-Guihen Queyras…

Le programme de ce nouveau CD, baptisé « Sola », couvre un large spectre musical, de la période baroque à la musique d’aujourd’hui. Si la majorité des pièces qui le composent constituent des transcriptions, deux partitions contemporaines (dont une de l’interprète elle-même) ont été écrites directement pour la contrebasse.

C’est d’ailleurs sur deux mouvements de la Suite im alten Stil, du compositeur et contrebassiste autrichien Hans Fryba (1899-1986), que s’ouvre ce panorama : une œuvre pleine de profondes résonances. La Chiacona, extraite des Partite sopra diverse sonate per il violone, de Giovanni Battista Vitali (1632-1692) est offerte dans la transcription de Lorenzo Girodo. Le passage à la contrebasse du violone, instrument basse de la famille des violes, en conserve toute l’agilité requise. De Tobias Hume (1569-1645) Love’s Farewell, conçu pour basse de viole, est transcrit par Laurène Helstroffer Durantel elle-même. Son écriture incisive se conclut néanmoins comme un émouvant chant d’adieu.

La pièce intitulée Netra (Rien en breton) est l’œuvre originale de l’interprète elle-même. Cette improvisation sur une note semble recéler un mystère personnel. Comme l’indique la compositrice, elle illustre « Une route qui ne même nulle part » …

Le Ricercar n° 7 pour violoncelle, du célèbre Domenico Gabrielli (1959-1690), également transcrit pour contrebasse par l’interprète, témoigne d’une imagination pleine de fantaisie et de légèreté. Autre grand compositeur de la période baroque, Heinrich Franz von Biber (1644-1704) est l‘auteur d’un célèbre cycle pour violon solo intitulé Sonates du Rosaire. Laurène Helstroffer Durantel joue ici sa transcription d’une Passacaille en sol mineur. La dentelle de l’écriture se fonde sur l’exaltation d’un rythme souverain. La virtuosité du jeu ne prend jamais le pas sur la musicalité de l’interprétation.

C’est sur une pièce contemporaine du violoncelliste américain Daniel Delaney (né en 1980) que se conclut ce passionnant voyage. Cette Folk suite for Cello solo se compose de trois volets contrastés : Prelude, Country Dance, Lullaby. La transcription de l’interprète en souligne les oppositions. La Berceuse finale prend ici une dimension particulière. Entièrement écrite pizzicato, elle semble ponctuer ce programme de la façon la plus subtile.

Le meilleur de la contrebasse dans tous ses états !

Serge Chauzy

« Sola » – Laurène Helstroffer Durantel – Ad Vitam records – Date de parution : 4 septembre 2026

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