Ce lundi 21 septembre 2026 à 19h30, la Chapelle des Carmélites recevait le premier concert « hors abonnement » et « hors les murs » de la 27ème saison des Clefs de Saint-Pierre. Sandrine Tilly, flûtes, et Jean-Sébastien Borsarello, marimba et percussions, deux solistes de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse bien connus et appréciés des habitués, avaient conçu pour cette ouverture un programme musical d’une grande originalité et d’une remarquable ouverture d’esprit.
Intitulé Contes à rebours, ce programme s’organise autour d’une sorte de face à face entre la partition Ma mère l’Oye de Maurice Ravel et son commentaire « recomposé » du toulousain Patrick Burgan, présent à ce concert : une œuvre en création complète, précisément intitulée Contes à rebours et écrite pour les deux interprètes !
La soirée est introduite par Marie Grégoire-Devic, Présidente de l’association Internote qui gère les activités des Clefs de Saint-Pierre. Le programme musical s‘ouvre sur le premier volet Bordel 1900, de L’histoire du tango de l’Argentin Astor Piazzolla. Composé initialement pour flûte et guitare, il est ici transcrit avec vigueur et joie par les deux interprètes. Cette pièce est suivie d’une partition rare de 2007, destinée directement à la flûte et au marimba intitulée Surfay, du compositeur vénézuélien Paul Desenne. Comme l’annonce Jean-Sébastien Borsarello, elle s’écoute comme une sorte de « tango bancal » et atonal, bien dans le prolongement de l’œuvre de Piazzolla.

Le cœur du concert est donc consacré à deux partitions en miroir. La transcription des interprètes pour flûte et percussions de Ma mère l’Oye, de Maurice Ravel, conserve et renforce même la poésie de l’écriture originale. Elle est suivie de l’œuvre intitulée Contes à rebours, écrite pour flûte alto, flûte, piccolo, marimba et percussions composée par Patrick Burgan pour Sandrine Tilly et Jean-Sébastien Borsarello. Commentée avec précision et clarté par le compositeur lui-même, elle se présente comme une « inversion » de Ma mère l’Oye. Ainsi, elle s’ouvre sur l’évocation du Jardin féerique et se conclut sur la Pavane de la Belle au bois dormant, à l’opposé de l’œuvre de Ravel. L’écriture inverse même les nuances originales ! Quelques citations de la référence ravélienne permettent néanmoins à l’auditeur de se repérer dans la succession des mouvements. Plus qu’un simple exercice, Contes à rebours distille un charme expressif certain, caractéristique de l’écriture de Patrick Burgan.

Sandrine Tilly présente la pièce suivante, sorte de retour vers les origines, la Fantaisie pour flûte et improvisation de percussions de… Georg Philipp Teleman. L’original écrit pour flûte seule est donc accompagné, soutenu, commenté par l’ensemble des percussions. La belle poésie, admirablement phrasée par la flûtiste se mêle à l’imagination sans limite du percussionniste devenu homme-orchestre.
Le programme s’achève sur le triptyque du Néozélandais Garreth Farr, Kembang Suling, datant de 1995, composé pour flûte et marimba. La magie exotique de la pièce évoque respectivement Bali, le Japon et l’Inde. L’utilisation de la flûte alto dans l’épisode Japon, renforce encore la séduction d’un timbre d’une grande richesse.

Le succès obtenu par ce programme et ses artisans imaginatifs obtient un bis en forme de retour vers Piazzolla avec le troisième épisode de L’histoire du tango, intitulé Nightclub 1960.
Serge Chauzy
Le programme
Astor PIAZZOLLA (1921-1992) : « Bordel 1900 », 1er mouvement de « L’histoire du tango »
Paul DESENNE (1959-2023) : Surfay 2007 (flûte et marimba)
Maurice RAVEL (1875-1937) : Ma mère l’Oye (transcription)
Patrick BURGAN (1960-) : Conte à rebours pour flûte alto, flûte, piccolo, marimba & percussions
Georg Philipp TELEMANN (1681-1767) : Fantaisie pour flûte et improvisation de percussions
Garreth FARR (1968-) : Kembang Suling 1995 (flûte et marimba)
