Après un premier concert « hors abonnement » le 21 septembre dernier, la deuxième des rencontres « traditionnelles » de la 27ème saison des Clefs de Saint-Pierre réunissait, le 2 novembre à l’auditorium qui leur a donné son nom, quatre musiciens accomplis des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole. Un programme particulièrement original explorait un riche répertoire intitulé « Horizons latino-américains » qui a ravi le nombreux public venu le découvrir.
Car la découverte caractérise bien cette succession d’œuvres de compositeurs connus ou rares issus d’un territoire aux caractéristiques particulièrement séduisantes. De l’Argentine au Mexique, en passant par le Vénézuéla et le Brésil, cette exploration musicale ne manque ni de couleurs, ni de saveurs épicées, ni de profondeur expressive.
Il faut tout d’abord remercier les interprètes de ce déploiement en forme de feu d’artifice. Les violonistes Quentin Vogel et Sophia Fournier sont associés à l’altiste Joyce Blanco Lewis et au violoncelliste Vincent Pouchet, formant ainsi un quatuor à cordes à la fois homogène et animé.
Le riche dialogue qui s’établit explore en fait un répertoire constitué de partitions conçues à l’origine pour quatuor à cordes et quelques arrangements pour cette formation.

La Présidente de l’association Internotes qui gère les activités musicales des Clefs de Saint-Pierre, Marie Grégoire-Devic, souhaite tout d’abord la bienvenue au public et remercie aussi bien les musiciens que les partenaires. Puis, place à la musique de tout un continent !
A tout seigneur tout honneur, L’Argentin mythique Astor Piazzolla ouvre le bal avec une surprise : son quatuor à cordes composé en 1989 pour le Quatuor Chronos, comme nous l’apprend avec finesse et humour Vincent Pouchet. Composé dans l’esprit du Nuevo Tango (Nouveau Tango), cette partition étonnante mêle l’énergie brute et populaire de la danse argentine avec des techniques d’écriture savantes, des dissonances aiguës, évoquant de stridents chants d’oiseaux, des rythmes complexes et un humour grinçant.
C’est encore une pièce originalement écrite pour la même formation qui suit. Il s’agit du premier des dix-huit quatuors à cordes composés par le Brésilien Heitor Villa-Lobos à l’âge de 28 ans. Comme l’indique Vincent Pouchet, Villa-Lobos est un compositeur extrêmement prolifique dans tous les domaines. Ce Quatuor n° 1 comporte pas moins de six mouvements d’une incroyable variété de styles et de caractères. Lyriques ou fortement rythmés, ces pages constituent encore une vivifiante découverte. L’apothéose expressive et particulièrement touchante confère au 5ème mouvement une intensité remarquable.

Solidement structuré, l’arrangement pour quatuor de la Fuga con pajarillo, du Vénézuélien Aldemaro Romero (Fuge avec petit oiseau, ainsi traduit par Joyce Blanco Lewis, elle-même native de Caracas !), témoigne d’une animation brillante et pleine de vitalité. Il est suivi d’un autre Quatuor n° 1, celui de l’Argentin Alberto Ginastera. De ses quatre mouvements, majoritairement pleins de vivacité, émerge un troisième volet à la fois contemplatif et d‘une intensité que les interprètes soulignent jusqu’au silence.
Le Mexique est enfin représenté par Arturo Márquez. Son célèbre Danzón nº 2, originalement écrit pour orchestre, est ici offert dans un arrangement d’Erick Valentino. L’étrange nostalgie initiale évolue vers une joie lumineuse, encore une fois admirablement soulignée par les interprètes.

Le bis ardemment demandé par un public enthousiaste marque un retour vers le nom le plus populaire de tout le programme, Astor Piazzolla. Avec le mythique Oblivion (Oubli en espagnol), , pièce écrite à l’origine pour bandonéon, piano et basse, les musiciens offrent un au revoir émouvant, tout imprégné de tristesse et de profonde nostalgie. Un grand moment !
Serge Chauzy
Le programme du concert
Astor PIAZZOLLA : Four for tango
Heitor VILLA-LOBOS : Quatuor n°1
Aldemaro ROMERO : Fuga con pajarillo (arrangement pour quatuor à cordes)
Alberto GINASTERA : Quatuor n°1 op. 20
Arturo MÁRQUEZ : Danzón n°2 (arrangement Erick Valentino)
Astor PIAZZOLLA : Oblivion
