Dans le cadre du festival international Toulouse les Orgues, la Maîtrise de Toulouse a choisi de célébrer, le 17 octobre dernier en l’Eglise Notre-Dame du Taur, les vingt ans de sa fondation. Un double concert, à 14 h et à 16 h, a permis de retrouver avec bonheur les grandes qualités de cet ensemble vocal, placé sous la direction de son fondateur, le chef de chœur franco-britannique Mark Opstad, accompagné et soutenu par le grand orgue Puget nouvellement restauré, joué par un musicien de premier plan, rodé à l’accompagnement des chœurs, le Britannique William Fielding.

Alors qu’une agitation particulière animait les rues de la Ville rose, la nef de Notre-Dame du Taur a accueilli un programme musical de paix et de recueillement ! Présenté par Yves Rechsteiner, le directeur artistique du festival Toulouse les Orgues, ce programme a réuni deux œuvres très différentes. Nous avons tout d’abord entendu le célèbre Requiem de Maurice Duruflé, dans sa version pour chœur et orgue réalisée par l’auteur lui-même. Cette vaste partition a été complétée par une œuvre rare du compositeur hongrois Zoltán Kodály, les Laudes Organi composée en 1966.
Sous la direction de Mark Opstad, orfèvre en la matière, l’excellence de ce bel ensemble vocal composé de tout jeunes chanteurs et de jeunes adultes a été une fois encore démontrée. Le répertoire de la Maîtrise est extrêmement riche et varié : musiques sacrées et profanes de toutes les époques le composent harmonieusement.

Le Requiem opus 9, de Maurice Duruflé, qui ouvre le concert est une messe des morts achevée en 1947, pour chœur mixte avec, initialement, deux solistes (une mezzo-soprano et un baryton). Néanmoins le compositeur déclara qu’il préférait lui-même que les parties solistes soient chantées par un pupitre entier du chœur et l’œuvre est souvent exécutée ainsi. Cette fois, seul le Pie Jesu reçoit la voix de soliste de la mezzo-soprano. L’orchestrations existe en trois versions différentes : la première, chronologiquement, est écrite pour grand orchestre, la seconde pour orgue et la troisième, terminée en 1961, pour un effectif orchestral plus réduit.
Tout au long de l’exécution toulousaine de cette partition, on admire le bel équilibre qui s’établit entre la fraîcheur vocale, la souplesse du chant et la riche profondeur sonore de l’orgue. La plénitude de l’Introït est suivie de la prière fervente du Kyrie. Le vaste épisode du Domine Jesu Christe s’anime de vifs contrastes. Cris d’angoisse et humble prière s’opposent dans une continuité musicale remarquable. L’exécution du Sanctus frappe par la vigueur du crescendo qui aboutit à une incroyable explosion finale. La voix soliste du Pie Jesu est celle d’une jeune chanteuse du chœur, Nora Guilbot : émotion et sensibilité touchantes. A l’Agnus Dei paisible succède le beau dialogue entre le chœur et l’orgue du Lux aeterna.

Avec le Libera me, le ton se fait plus dramatique. La direction précise et expressive de Mark Obstad, parfaitement suivie par les chanteurs, anime cet épisode avec une intensité impressionnante. Le contraste n’en est que plus significatif avec In Paradisum, délivré comme une prière lumineuse. Un grand moment à coup sûr !
En guise de conclusion, la partition Laudes Organi, composée par Zoltán Kodály en 1966 pour la National Convention of The American Guild of Organists, apporte une sorte de contrepoint.
Cet hymne utilise un texte du XIIème siècle conservé au monastère d’Engelberg, en Suisse. L’écriture musicale est bien celle de l’époque de sa composition, ceci dès l’intense introduction à l’orgue. Le chœur divisé confère un modernisme étonnant à cette pièce, parfaitement assimilée aussi bien par les voix que par l’orgue. La succession des strophes contrastées aboutit à une apothéose successivement paisible puis fervente.
Une ovation chaleureuse du public salue cette double performance. Le chant discipliné, et pourtant spontané, des jeunes membres de la Maîtrise, les belles et exigeantes interventions de William Fielding à l’orgue Puget, admirablement coordonnés par la direction de Mark Obstad, permettent la réussite indéniable de cette nouvelle rencontre.
On ne peut néanmoins oublier que les réalités sociales de la journée ont quelque peu affecté la sortie de ce concert. Une sortie qui a dû se faire par une issue permettant d’éviter quelques émanations lacrymogènes parasites. Remercions les organisateurs pour cette précaution utile.
En définitive, un grand bravo doit être adressé à tous ainsi qu’à la direction du festival Toulouse les Orgues pour la réussite de cette fin d’après-midi dominicale !
Serge Chauzy
Programme
- Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem
- Zoltán Kodály (1882-1967) : Laudes Organi
