Les mots que chante la courtisane Thaïs, dans l’opéra éponyme de Jules Massenet (créé en 1894) d’après le roman qu’Anatole France écrivit en 1890, résonnent d’une manière sidérante dans le dernier opus de Sandrine Destombes. En effet Thaïs, à ce moment-là, s’adresse… à son miroir. Elle termine son air en le suppliant de lui refléter sa jeune beauté éternellement…
Après Les Malveillants, Sandrine Destombes nous plonge dans les Hauts-de-France, alors que de vives tensions dans l’agriculture donnent naissance à des cambriolages pour le moins violents. Mais là n’est pas le vrai sujet. Il se trouve dans ces meurtres dont sont victimes de jeunes femmes que l’on retrouve le visage atrocement tailladé et au milieu de miroirs brisés. Dante Simeone et Marin Lafleur, deux piliers de la Section de recherches de la gendarmerie locale, sont missionnés sur l’affaire, rapidement rejoints par deux enquêteurs de la DiANE (Division d’Investigation spécialisée dans les Affaires Non Elucidées) : Gabriel Zeller et son adjointe Coline Foucaud. Le travail de ces deux derniers est avant tout de comprendre ces crimes, en fait « le pourquoi du comment ». Réflexion hautement mentale réclamant un discernement psychologique vertigineux. Les quatre policiers vont s’épauler et partager leurs conclusions dans cette course contre la montre. Un chirurgien esthétique est soupçonné. Problème, il vient de disparaître avec sa femme et ses deux enfants. Pour démêler cet écheveau dantesque, il faudra bien la mise en commun de quatre cerveaux d’exceptions.

Mais au-delà de cette palpitante enquête bourrée de fausses pistes et de rebondissements stupéfiants, que nous raconte en creux Sandrine Destombes ? Evoquant Narcisse dans sa note d’intention, l’auteur nous parle ici de notre rapport à l’apparence et d’ajouter ce questionnement sans appel : Pourquoi se persuader que notre bien-être dépend de notre paraître ? Aujourd’hui plus que jamais les réseaux sociaux sont devenus les miroirs de cette pauvre Thaïs. Ce fléau numérique incarne de manière subliminale mais néanmoins prégnante le concept même de l’emprise psychologique aboutissant à la manipulation de masse.
Un fait un thriller de la meilleure eau conjuguant avec une justesse d’analyse exceptionnelle certains travers mortifères de notre temps.
Robert Pénavayre
« Ce beau miroir » roman de Sandrine Destombes – XO Editions – 384 pages – 21.90€
