Pour le deuxième concert de sa 41ème saison, Les Grands Interprètes ont invité le Chamber Orchestra of Europe, sous la direction de Sir Antonio Pappano, ainsi que le jeune et grand pianiste Alexandre Kantorow. Le 5 novembre dernier, la Halle aux Grains a résonné des échos intenses de deux visions emblématiques du romantisme portées par Johannes Brahms et Antonín Dvořák.
Rappelons que l’Orchestre de Chambre d’Europe a été fondé en 1981 par des musiciens membres de l’Orchestre des jeunes de la communauté européenne. Sir Antonio Pappano est un partenaire artistique régulier de cet orchestre depuis 2016. En novembre 2025, il en est devenu officiellement membre honoraire. Tout au long du concert toulousain du 5 novembre, le chef britannique d’origine italienne s’est impliqué avec énergie et précision dans l’exécution des deux grandes œuvres en ré mineur inscrites au programme.
Le Concerto pour piano n° 1 opus 15 du tout jeune Johannes Brahms, qui ouvre la rencontre, a connu une naissance agitée que reflète bien son écriture. Conçue tout d’abord comme une sonate pour deux pianos, puis transformée en symphonie, cette partition est enfin devenue le concerto hors norme que l’on connait ! C’est ainsi que le soliste de la soirée, le grand pianiste Alexandre Kantorow, l’aborde, soutenu par un orchestre chauffé à blanc.

La longue introduction orchestrale Maestoso s’ouvre sur une véritable explosion déclenchée par la timbale. Le chef en exalte le caractère dramatique. L’entrée du piano semble tout d’abord modérer le développement, mais une sorte de dialogue s’établit entre le tutti et le soliste. Un dialogue virulent qui prend parfois des allures de combat ! Le jeu du pianiste conserve néanmoins une certaine éloquence de ces propos.
L’Adagio apaise quelque peu l’atmosphère, mais une certaine tension s’y manifeste jusqu’à la libération du Rondo final. Néanmoins, l’Allegro ma non troppo et surtout le Più animato déclenchent ici une sorte de vertige, une course à l’abîme.

Une grande ovation du public salue cette exécution passionnée. Alexandre Kantorow offre alors un bis largement apaisant : une Ballade de Brahms qui se prolonge dans un silence recueilli…
Toute la seconde partie de la soirée est consacrée à profonde Symphonie n°7, elle aussi en ré mineur, du Tchèque Antonín Dvořák. Cette partition de la maturité se nourrit des thèmes et motifs populaires des territoires d’Europe centrale. Le chef en souligne la vitalité des rythmes. Sa direction nerveuse se manifeste dès l’Allegro maestoso initial. Un lyrisme intense parcourt tout le mouvement. Le Poco adagio qui suit apporte son calme apaisant, mais avec un étrange sentiment d’angoisse. Le Scherzo s’anime du rythme typique de la danse populaire tchèque, le furiant, subtilement souligné par la direction et l’habileté instrumentale des musiciens. Le Finale : Allegro évolue de la fébrilité initiale vers la flamme impressionnante d’une apothéose sublimée par la tonalité triomphante de ré majeur !

A l’ovation recueillie par cette interprétation, Sir Antnio Pappano répond en s’adressant au public qu’il remercie pour son accueil, mais aussi pour sa présence, étant donné l’agitation sociale du moment !… Un bis orchestral conclut cette soirée pleine de vitalité. L’une des Danses hongroises, également de Brahms.
Serge Chauzy
Programme du concert
J. Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur op. 15
A. Dvorák (1841-1904) : Symphonie n°7 en ré mineur op. 70
