Le fait divers est d’une simplicité abyssale. Abel, un jeune homme héritier des comtes de Hesbaye et financier de haute volée, tue d’un coup de fusil, un soir d’ivresse et pour faire le malin devant ses amis, une vache. Plainte est déposée car cet animal ne lui appartenait pas. Fait aggravant, le paisible bovin, Chance de son nom, était même ce qu’il y avait de plus doux dans le troupeau. Mais ce n’est pas tout. Chance était un lien très fort entre Abel (diminutif d’Abélard) et Nikki, la jeune fille du métayer, propriétaire du troupeau. Entre Abel et Nikki, une véritable fraternité s’était forgée au travers des années en particulier dans un respect absolu… des animaux. Deux années viennent de passer, de même que la justice qui a détourné son regard de cette « affaire » lors d’un procès vite expédié auquel Abel ne s’est même pas rendu en personne. Deux années qui n’ont pas effacé le traumatisme qu’a subi la jeune femme. Chez Nikki, la trahison est profonde et le ressentiment tout autant. Elle en vient à fomenter une vengeance. Nikki kidnappe Abel sous le prétexte trafiqué d’une interview… Et voilà le golden boy pieds et poings liés au fin fond d’une grange à l’écart de tout hurlement. Nikki a convoqué quelques amis ayant pris fait et cause pour elle. Le tribunal est au complet. Le procès va durer toute la nuit. La dernière ? Au début, le banquier londonien prend de très haut la situation, n’en ayant pas mesuré la véritable profondeur…

Pour apprécier ce roman il faut aller bien au-delà du meurtre de Chance. Quoi que ce dernier soit l’élément déclencheur, il n’est en définitive qu’une allégorie de la lutte des classes, d’un certain spécisme, d’une amitié trahie aussi. Ce qui fait beaucoup vous en conviendrez. En creux, ce livre, écrit d’une plume incisive, sans complexe et rapide, pose la question de la vengeance. Que résout-elle ? Un autre sujet ne peut être ignoré, celui de la justice rendue par soi-même. S’il ressort vivant de cette nuit de cauchemar, Abel ne pourra en sortir indemne cependant car Nikki et ses amis vont le confronter à ses démons.
En 27 chapitres parfois très courts (1/2 page) le récit s’emballe rapidement et vous tient en haleine.
Dernière nuit avant une délivrance attendue… ou un geste fatal ?
Robert Pénavayre
« La Dernière nuit », roman d’Odile d’Oultremont – Julliard – 215 pages – 21€
Robert Pénavayre
