Festivals

Le feu à Odyssud !

La deuxième édition des Rencontres des musiques anciennes d’Odyssud reçoit l’accueil le plus chaleureux d’un public animé par une véritable soif de découvertes. La succession des concerts organisés par Emmanuel Gaillard, directeur de cette institution blagnacaise, démontre à l’évidence la qualité atteinte par les ensembles de la région spécialisés dans la pratique de ces répertoires.

Le 27 avril dernier, « Les Sacqueboutiers » occupaient la scène de la grande salle d’Odyssud avec le programme intitulé « El Fuego ». Un programme d’une éblouissante richesse, bâti autour de ces pièces hautes en couleurs, très populaires tout au long du siècle d’Or espagnol et baptisées « ensaladas » (salades !). Le compositeur fétiche de cette forme musicale, Mateo Flecha « l’Ancien », qui vécut en Catalogne au tournant des quinzième et seizième siècles inventa en quelque sorte ce mélange habile de musiques populaires et savantes, écrite sur des textes aussi bien profanes que sacrés.

L’ensemble « Les Sacqueboutiers » et ses invités pour le programme « El Fuego »

Depuis l’enregistrement de quelques unes de ces rutilantes pièces dans un album CD qui a fait date, l’ensemble instrumental toulousain est devenu incontournable dans ce répertoire. Il s’adjoint un magnifique quatuor de chanteurs hispanisant qui officient dans leur arbre généalogique. La soprano argentine Adriana Fernandez, l’alto basque David Sagastume, le ténor catalan Lluís Vilamajó et la basse vénézuélienne Ivan Garcia font ici merveille.

La vigoureuse ensalada « La Justa » (la joute) ouvre la soirée sur le thème récurrent du combat du Bien contre le Mal. Mélange d’espagnol et de latin, ruptures de rythme, oppositions d’atmosphères campent immédiatement la démarche que sous-tend une incroyable effervescence musicale. « La Negrina », pleine d’un humour réjouissant, dans laquelle Ivan Garcia tient le rôle vedette de l’esclave déluré au langage mêlé de portugais et de dialecte africain, « La Guerra », percutante et imagée, et jusqu’à l’éblouissement de « El Fuego », qui clôt la soirée sur la victoire du Bien contre le feu du pêché, l’intérêt ne faiblit pas un instant.

Quelques pièces instrumentales, signées Correa de Arauxo, bénéficient de la virtuosité et de la science musicale acquises par « Les Sacqueboutiers », Jean-Pierre Canihac, cornet à bouquin, Philippe Canguilhem, chalemie et par ailleurs passionnant pédagogue, Daniel Lassalle, sacqueboute, Laurent Le Chenadec, doulciane, Eduardo Egüez, vihuela, Florent Tisseyre, percussions et Yasuko Uyama-Bouvard, orgue positif, tous au sommet de leur art.

Le quatuor vocal illumine à son tour la musique vocale a cappella de Villancicos de Juan Vásquez. Sensibilité, esprit, grâce expressive le disputent à la justesse et à la cohésion.

Enfin, à côté d’une belle et élégante pièce pour orgue seule jouée par Yasuko Uyama-Bouvard, un splendide duo de Gaspar Sanz « Jácaras y Canarios » associe la vihuela et les percussions de la plus éblouissante façon.

Deux bis réclamés par un public heureux et conquis terminent la soirée sur une nouvelle effervescence « saladière ».

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