Concerts

Beau dialogue musical franco-italien

L'Orchestre national du Capitole dirigé par Roberto González-Monjas avec le baryton Stéphane Degout - Photo Classictoulouse

Le concert de l’Orchestre national du Capitole du 23 mai dernier recevait le chef espagnol Roberto González-Monjas et le baryton français Stéphane Degout. Le programme de cette soirée associait de brillantes fresques musicales italiennes à des mélodies françaises profondément poétiques.

Le chef invité Roberto González-Monjas, né en 1988 à Valladolid, également violoniste de formation, a déjà dirigé avec succès l’Orchestre national du Capitole le 29 février 2024 à la Halle aux Grains dans un concert Mozart. Ce 23 mai, il est rejoint par le grand baryton français Stéphane Degout, fréquemment invité de l’Opéra national du Capitole. Le programme musical de cette soirée, d’une grande originalité, confronte deux cycles de mélodies françaises d’Ernest Chausson et Guy Ropartz à deux des grands poèmes symphoniques italiens signés Ottorino Respighi.

Roberto González-Monjas dirige les Fontaines de Rome – Photo Classictoulouse

Le concert s’ouvre sur la brillante orchestration des Fontaines de Rome du compositeur italien. L’œuvre évoque successivement quatre fontaines à quatre moments de la journée, de l’aube au crépuscule dans un cycle qui s’ouvre et se referme sur le calme d’un Andante. La paisible atmosphère pastorale de La fontaine du Val Julia à l’aube est suivie de l’animation joyeuse de La fontaine du Triton le matin qui s’ouvre sur un brillant signal de cors. Avec La fontaine de Trevi à midi, la partition atteint son apothéose dans cette allégorie joyeuse du dieu Neptune. La fontaine de la villa Medicis au coucher du soleil referme ce cycle sur la mélancolie d’un crépuscule. Quelques oiseaux gazouillent encore. Au loin sonne l’angélus…

Stéphane Degout – Photo Classictoulouse

Stéphane Degout ouvre ensuite la séquence de mélodies françaises avec le Poème de l’amour et de la mer op. 19, écrit par Ernest Chausson entre 1882 et 1892 pour une voix et orchestre et dédié à Henri Duparc sur un texte de Maurice Bouchor. La somptueuse ouverture orchestrale introduit le chant lyrique et intense du soliste qui transcende La Fleur des eaux et La Mort de l’amour sur un accompagnement orchestral riche, parfois un peu intense pour l’équilibre avec la voix.

Les Quatre Poèmes (sous-titré D’après l’Intermezzo de H. Heine), le cycle de quatre mélodies composé par Guy Ropartz en 1899 d’après des poèmes d’Heinrich Heine prolongent encore cette atmosphère sombre et triste. Les titres des quatre poèmes sont les suivants :

1.            Tendrement enlacés, ma chère bien-aimée

2.            Pourquoi vois-je pâlir la rose parfumée ?

3.            Ceux qui, parmi les morts d’amour

4.            Depuis que nul rayon de tes yeux bien-aimés

Stéphane Degout en exprime toute la profonde noirceur avec une musicalité et une intensité expressive remarquables.

La soirée s’achève sur les splendeurs orchestrales du plus célèbre des poèmes symphoniques de Respighi, Pins de Rome. La vitalité, le dynamisme de Roberto González-Monjas à la tête d’un orchestre éblouissant enflamment là une prestation enthousiasmante. Saluons la qualité d’exécution des nombreux solos instrumentaux qui balisent l’œuvre. La flûte de Sandrine Tilly, le hautbois de Bobby Cheng, le basson de Guillaume Brun, la trompette de René-Gilles Rousselot, le trombone de David Locqueneux ou le cor de Nicolas Ramez rivalisent de virtuosité et de musicalité. Un sommet dans ce domaine est atteint par David Minetti dont le solo de clarinette dans l’épisode Les Pins du Janicule, reste un modèle de finesse et de sensibilité. Les roucoulades du rossignol qui suivent ce solo, une copie de l’enregistrement original effectué par Respighi lui-même, prolonge cet état de grâce. Il faut également saluer les interventions des musiques de scènes, habilement mêlées au tutti.

Roberto González-Monjas – Photo Classictoulouse

Le crescendo final, irrésistible d’intensité contrôlée, conclut cette prestation sur une apothéose acclamée par un public ébloui !

Roberto González-Monjas remercie chaleureusement, individuellement et collectivement, tous les musiciens qui à leur tour applaudissent le chef invité. N’en doutons pas, ce dernier retrouvera bientôt le chemin de la Halle aux Grains.

Serge Chauzy

N.B. : Ce concert a été filmé et sera diffusé prochainement sur la chaîne MEZZO. Ceux qui n’ont pu y assister en direct pourront donc suivre ce bel événement musical.

Le programme du concert :

  • O. Respighi : Fontaines de Rome
  • E. Chausson : Poème de l’amour et de la mer
  • G. Ropartz : Quatre poèmes d’après l’intermezzo d’Heinrich Heine
  • O. Respighi : Pins de Rome

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