La 5ème édition du Festival de Toulouse poursuit sa démarche faite de nouvelles rencontres et de retrouvailles avec les forces si fédératrices de l’activité toulousaine dans le domaine musical. Le 6 juillet dernier, l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines recevait l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse Les Sacqueboutiers dans un programme aussi iconoclaste que musicalement élaboré et défendu avec passion.
Depuis leur fondation en 1976, Les Sacqueboutiers se consacrent essentiellement à la redécouverte de la pratique des cuivres anciens et du vaste répertoire de la Renaissance, âge d’or de leurs instruments. Ils se sont imposés comme l’une des formations de musique ancienne les plus imaginatives. La recherche de l’excellence musicale reste le moteur essentiel de leur travail.
Sélectionnés comme « Ensemble de l’année » aux Victoires de la Musique Classique 2008, Les Sacqueboutiers ont collaboré avec les formations les plus prestigieuses pour interpréter les répertoires allant de la Renaissance à Mozart : Hesperion XX et XXI de Jordi Savall, Les Arts Florissants de William Christie, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy de Jean-Claude Malgoire…
Mais Les Sacqueboutiers ne se limitent pas au répertoire de la Renaissance. Leur créativité les amène à concevoir des spectacles associant la musique ancienne à d’autres univers artistiques : la musique contemporaine, la danse, le monde de la marionnette, le jazz, la littérature, l’ethnomusicologie…
En 2026, pour les 50 ans de leur fondation, ils célèbrent l’aventure avec un programme d’une joyeuse diversité baptisé Vita Bella ! et poursuivent leurs tournées en France et à l’étranger, portés par un souffle plein de vitalité.

Ce 6 juillet en surchauffe, aux membres permanents de l’ensemble, Daniel Lassalle, directeur artistique, à la sacqueboute, Hélène Medous au violon et Florent Tisseyre aux percussions, se sont associés deux grands musiciens bien connus et appréciés à Toulouse, Benoît Albert, guitare et Grégory Daltin, accordéon. Présentée en ouverture par Nicole Yardeni, adjointe au maire déléguée aux actions culturelles à Toulouse, et Julien Martineau, grand animateur du Festival, cette réunion de talents complémentaires a manifesté, tout au long de la soirée, une vitalité impressionnante dans une succession de pièces recomposées mêlant splendeurs « Renaissance » et créativité de toutes les époques.

O Virgo Splendens, extrait du mythique Llibre vermell de Montserrat (XIVème siècle), ouvre ce programme original. Confrontée aux pièces suivantes, la nostalgie de certains passages alterne avec la frénésie de séquences éblouissantes. Ainsi la sacqueboute virtuose de Daniel Lassalle rivalise avec le brio du violon d’Hélène Medous. Extrait des Cantigas de Santa Maria (XIIIème siècle), un touchant duo entre sacqueboute et violon est suivi de l’animation impressionnante d’un dialogue entre violon, guitare, accordéon et percussions.

L’essentiel du programme est présenté par Daniel Lassalle, tout aussi virtuose à la sacqueboute qu’en jeux de mots et calambours bien ciblés ! Les contrastes expressifs se succèdent. Benoît Albert interprète avec une touchante musicalité une pièce pour luth de John Dowland, alors que de pétillantes Tarentelles animent l’ensemble de l’instrumentarium.
Une grande séquence du programme se consacre principalement à la diversité des productions italiennes de toutes les époques. On y découvre avec délice un air lumineux de Vincenzo Bellini, Fenesta ca’ Lucive, admirablement déclamé par la sacqueboute de Daniel Lassalle.
Dans ce dernier volet, une pièce signée de Grégory Daltin lui-même est suivie d’un pétulant Canario de l’Espagnol Gaspar Sanz (XVIIème siècle).

Une émotion intense habite la chanson Sì dolce è’l tormento, de Claudio Monteverdi. Enfin, la pièce qui donne son titre à l’ensemble du programme Ah Vita Bella !, de la très contemporaine Lucilla Galeazzi le conclut avec panache.
L’accueil enthousiaste du public obtient néanmoins quelques bis dont un nouveau Canario et une série d’accords de longueurs décroissantes jusqu’au silence… bien dans l’esprit humoristique de ces musiciens aguerris !
Serge Chauzy
