Carolyn Carlson a choisi Toulouse et le Ballet du Capitole pour la création de son nouveau ballet : Un saut dans le bleu. Venue, voici deux saisons, travailler avec les danseurs de la Compagnie pour deux entrées au répertoire du Ballet : Wind Women et If to Leave Is To Remenber, la chorégraphe américainea voulu revenir pour créer avec eux une nouvelle œuvre, dont elle n’avait que le titre, Un Saut dans le Bleu, en arrivant à Toulouse. Ce sera un travail collectif, un échange entre les danseurs et Carolyn Carlson. Une expérience que la Compagnie a bien évidemment appréciée. Le résultat nous donne à voir un spectacle où la théâtralité est reine, dans une sorte de rêve onirique, où se bousculent des personnages parfois étranges comme ce vieil homme qui traverse la scène, poussant un rocher. La Femme, kaléidoscope aux mille facettes, apparaît tantôt en femme fatale, arme à la main, ou poupée naïve habillé de ballons qui éclatent aux passages des hommes, ou en aguicheuse toute en sensualité. L’Homme quant à lui, a l’allure chaloupée des mauvais garçons, dans des costumes très années 50, d’un bleu (ah, tiens, le voilà ce bleu !) électrique et électrisant, ou celui de petits hommes pressés tout de gris vêtus, fuyant une chasseuse de papillons.

Un Saut dans le Bleu – Chor. Carolyn Carlson – ©David Herrero
On assiste à une série de saynètes parfois naïves ou cauchemardesques, de danseurs traversant la scène semblant fuir, bondissant, s’élevant dans des sauts d’un parfait académisme. Tout cela entrecoupé de très beaux moments de corps de ballet où tout devient fluide, élégant, lumineux, dans une chorégraphie assez proche du néoclassique, moments dans lesquels excellent les danseurs, et qui ne sont pas sans nous rappeler certains passages de Wind Women, tant dans les robes fluides des danseuses, dans leurs chevelures dénouées, que dans la précision des ensembles. Si la chorégraphe a donné un nom à chacune de ses neuf séquences, leur dénomination résulte cependant, pour nous, parfois bien hermétique. Mais son propos n’était -il pas le suivant :« Je travaille avec la poésie, et la poésie est ouverte. Je laisse le public s’abandonner à sa propre imagination, à ses propres expériences. Je n’explique pas : ce que l’on voit, c’est ce que l’on reçoit. » De longs applaudissements qui ont salué cette nouvelle création.

Un Saut dans le Bleu – Chor. Carolyn Carlson – ©David Herrero
Pour ce voyage poétique dont Carolyn Carlson a dessiné costumes et décors, elle a demandé à Pierre Le Bourgeois de composer pour elle la musique de son ballet. Dans la fosse d’orchestre, qui accueille des musiciens de l’Orchestre National du Capitole, uniquement des cordes, ainsi que l’accordéon de Michel Glasko, le chef dirige, joue du violoncelle et pianote sur une platine, nous offrant une musique kaléidoscope, elle aussi, qui mêle l’électro, le free jazz et des pages plus symphoniques.
Ce Saut dans le Bleu, entraîne le spectateur dans un monde où chacun peut trouver un écho à ses rêves, qu’ils soient doux ou inquiétants.
Annie Rodriguez
