Concerts

Mayuko Ishibashi, un souffle de fraîcheur dans la fournaise

Mayuko Ishibashi à la chapelle des Carmélites - Photo Classictoulouse

Le 20 juin dernier, la très précieuse chapelle des Carmélites de Toulouse recevait Mayuko Ishibashi. La jeune pianiste japonaise animait, ce soir de canicule, le premier des sept concerts de la nouvelle saison « Pianos historiques à Toulouse », de l’association Pianomuses.

Fondée et dirigée par François Henry, professeur de piano au Conservatoire de Toulouse, l’association Pianomuses souhaite faire découvrir par les mélomanes les pianos anciens. Persuadé que la pratique d’instruments anciens permet une expérience d’écoute et de jeu renouvelée, un rapport plus intime avec les œuvres au plus proche des intentions des compositeurs, François Henry a placé à demeure un piano viennois Streicher de 1860 dans cette belle Chapelle des Carmélites où il organise une saison de concerts. Cet instrument fait partie d’une collection de pianos restaurés du XIXe siècle, représentatifs des grandes factures anglaises, viennoises et françaises.

François Henry, professeur de piano au Conservatoire de Toulouse, fondateur de l’association Pianomuses
– Photo Classictoulouse

Le récital de Mayuko Ishibashi, professeure au Conservatoire de Toulouse, a attiré un large public, intéressé par les deux attraits de cette soirée, celui de la fine musicienne et celui de l’originalité de l’instrument. Précisons que le Streicher utilisé ce soir-là est l’un des représentants les plus remarquables de la facture viennoise du XIXème siècle. Construit en 1860, comme l’indique l’excellente notice du programme de salle, « il privilégie la clarté et la douceur des voix, la variété des couleurs et une qualité de chant proche de la voix humaine ».

Le clavier du piano Streicher de 1860 – Photo Classictoulouse

Tout au long du programme choisi, l’interprète utilise ces qualités sonores avec la grande musicalité qui caractérise son jeu. En outre, elle s’investit profondément dans la présentation orale des œuvres qu’elle aborde, sans hésiter à en extraire des exemples musicaux. Un toucher d’une grande souplesse, un riche déploiement de couleurs, un phrasé proche de celui de la voix humaine caractérisent l’ensemble de ses exécutions.

La transcription par Franz Liszt de « La mort d’Isolde » de Richard Wagner ouvre le programme de la soirée. La pianiste en souligne avec ardeur les couleurs orchestrales. Elle en ménage la dramaturgie avec une émouvante réalisation des crescendos. On admire également la richesse et les caractéristiques spécifiques des différents registres de l’instrument.

Très intelligemment, la musicienne enchaîne sans interruption cette exécution avec celle de la pièce tardive du même Liszt intitulée « En rêve », dont elle souligne la profondeur méditative.

Trop rarement jouées, les œuvres de Fanny Mendelssohn, la sœur très aimée du grand Felix, méritent la lumière du jour ! Mayuko Ishibashi offre de ses « Quatre Romances sans paroles » op. 8 une vitalité musicale pleine d’animation et de profondeur contrastées. Le chant y tient une place prédominante, notamment grâce aux couleurs d’un instrument particulièrement adapté au langage de la compositrice.

Mayuko Ishibashi présentant les œuvres jouées – Photo Classictoulouse

La première partie s’achève sur une pièce virtuose « en diable » ! Le terme correspond parfaitement à cette « Danse macabre » de Camille Saint-Saëns transcrite pour le piano par Franz Liszt. Très dramatique, l’interprétation de Mayuko Ishibashi en souligne même l’aspect grimaçant.

L’essentiel de la seconde partie est consacré à la mythique Sonate en si mineur de Franz Liszt dont l’interprète présente en détail les innovations par rapport à la sonate classique et même romantique. La courte pièce intitulée « Nuage gris », profonde méditation du même compositeur, jouée en guise de prélude, en ouvre la violence maitrisée des combats. La pianiste déploie une énergie impressionnante tout en soulignant les contrastes expressifs. Cette vision « dantesque », au sens propre du terme, prend par instant des allures d’improvisation. Un grand moment largement applaudi par un public fasciné.

Deux bis complètent cette prestation généreuse. Le premier est offert aux jeunes élèves de la professeure, présents dans la chapelle. La très fameuse « Lettre à Elise », de Beethoven, ressemble à une sorte de clin d’œil amusé, très apprécié par les jeunes élèves qui offrent des fleurs à leur pédagogue.

« Liebesträume » (en français : Rêves d’amour) de Franz Liszt conclut cette belle rencontre musicale qui sera suivie de six autres concerts dans ce même lieu magique.

Serge Chauzy

Programme :

– Franz Liszt : La mort d’Isolde, d’après Wagner & En rêve

– Fanny Mendelssohn : 4 Romances sans paroles op. 8

– Camille Saint-Saëns/Franz Liszt : Danse macabre

– Franz Liszt : Nuages gris

– Franz Liszt : Sonate en si mineur

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