Concerts

Schumann et Beethoven en ébullition

Renaud Capuçon dirige et joue en soliste le Concerto pour violon de Schumann - Photo Classictoulouse

A l’invitation de la 40ème saison des Grands Interprètes, l’Orchestre de Chambre de Lausanne et son directeur artistique Renaud Capuçon ont séduit le public toulousain lors du concert du 22 mai dernier. Une fois encore, le chef d’orchestre a manié avec talent la baguette et l’archet. Le Concerto pour violon en ré mineur de Robert Schumann et la Symphonie n°7 en la majeur, opus 92, de Ludwig van Beethoven étaient inscrits au programme.

Rappelons que Renaud Capuçon dirige, en tant que directeur artistique, l’Orchestre de Chambre de Lausanne depuis l’automne 2021. Composée d’une quarantaine de musiciennes et de musiciens, cette phalange embrasse un vaste répertoire qui va des premiers baroques à la création contemporaine. Le programme du concert du 22 mai restait lié à la période romantique. Le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur de Robert Schumann, qui ouvre le concert, constitue l’une des œuvres les plus tardives du compositeur. Moins souvent programmée que son Concerto pour piano, cette partition, longtemps réputée “injouable”, y compris par son dédicataire, le grand virtuose Joseph Joachim, représente un véritable défi pour tout soliste – et plus encore pour celui qui dirige également l’orchestre ! Renaud Capuçon accomplit cette double tâche avec un impressionnant engagement physique autant que virtuose.

Renaud Capuçon, soliste du Concerto pour violon de Schumann qu’il dirige – Photo Classictoulouse

Le tutti puissant qui ouvre le premier volet, In kräftigem, nicht zu schnellem Tempo (Dans un tempo puissant, pas trop rapide), est souligné avec une solennelle vigueur. Tout au long de cette exécution, un bel équilibre sonore et expressif entre le soliste et l’orchestre reste remarquablement soutenu. Le deuxième mouvement, Langsam (Lent), offre au soliste une plage de lyrisme sensible au cours duquel le violon s’épanche avec une certaine tendresse. L’enchaînement avec le final, Lebhaft, doch nicht schnell (Vivant, mais pas rapide), ménage un contraste saisissant. L’animation joyeuse entraîne le soliste dans une succession de traits virtuoses brillamment surmontés. Renaud Capuçon souligne avec ardeur le thème de polonaise qui revient obsessionnellement tout au long du mouvement comme le refrain d’un rondo.

Le grand succès de cette prestation entraîne la réalisation d’un bis original. Il s’agit de la version pour violon et cordes du Chant des Oiseaux de Pablo Casals jouée avec une touchante tendresse.

La Symphonie n°7 en la majeur de Beethoven occupe toute la seconde partie de la soirée. Jouée avec un effectif moins nombreux que celui auquel le post-romantisme nous a habitués, l’œuvre sonne différemment. Et probablement plus proche de sa résonance originale. Les pupitres de cordes plus réduits permettent aux instruments à vent et aux nombreux solos qui leur sont destinés de briller de tous leurs feux. L’orchestration prend un relief particulier.

L’Orchestre de Chambre de Lausanne dirigé par Renaud Capuçon dans la Symphonie n° 7 de Beethoven
– Photo Classictoulouse

Dès l’introduction du premier mouvement, une belle ardeur anime la direction de Renaud Capuçon qui maintient toutes les reprises de la partition. Le rythme triomphe. La marche lancinante de l’Allegretto donne naissance à un crescendo impressionnant puis à une fugue lumineuse. Le tempo particulièrement vif du Presto donne le vertige. Un vertige qui gagne le final Allegro con brio joué avec une intensité et une urgence extrêmes. Le dernier accord résonne comme une explosion !

L’ovation de tout le public obtient un rare bis orchestral annoncé par le chef. Il s’agit du mouvement final, Allegro con spirito, de la Symphonie n° 88 en sol majeur, de Joseph Haydn. La joie à l’état pur !

Serge Chauzy

  • R. Schumann : Concerto pour violon en ré mineur
  • L. van Beethoven : Symphonie n°7 en la majeur, opus 92

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