Danse | Festivals

Festival de Peralada – La flamboyante jeunesse d’Acosta Danza

Paysage, soudain, la nuit

Le nom seul de Carlos Acosta fait rêver les amateurs de danse. Le natif de La Havane fut de longues années Etoile du Royal Ballet de Londres et l’invité de prestige des plus grandes scènes du monde. En 2015, il crée à Cuba une académie de danse de laquelle va naître la Compagnie Acosta Danza.

Sa dernière apparition au Festival de Peralada date du 17 août 2017, un moment difficile à oublier car c’est le jour même où la capitale catalane était frappée d’un meurtrier attentat terroriste.  Mais, the show must go on et, après une minute de silence demandée, au rideau, par Oriol Aguila, directeur artistique du Festival, et Carlos Acosta lui-même, le spectacle commençait…

Revoici donc, cette fois dans le cadre plus intime du Mirador del Castillo, en ces soirées des 26 et 27 juillet 2024, Acosta Danza dans un programme que le fondateur lui-même de cette compagnie promet comme devant être quasiment la carte de visite de son ADN.

Paysage, soudain, la nuit

Ce programme, intitulé Folclor, est composé de trois parties bien différentes, conjugaison de talents cubains mais également étrangers. Pour preuve, la première œuvre au programme est signée du chorégraphe suédois Pontus Lidberg et baptisée Paysage, soudain, la nuit. Sur des musiques aux échos latinos de Leo Brouwer et Stefan Levin, onze danseurs tracent, de l’aube au crépuscule, la trajectoire joyeuse et pleine d’énergie d’une jeunesse emportée dans le mouvement fiévreux et infini de la vie. Créée en 2018, cette chorégraphie, sur des rythmes de rumba mais avec des racines africaines, est devenue le ballet « signature » de la Compagnie. Et il est vrai que voir tous ces jeunes danseurs s’emparer de ce ballet néo-classique est littéralement jubilatoire, tant leur plaisir à le danser est communicatif.

Soledad (Adria Diaz et Raul Reinoso)

Le second ballet programmé est un vaste pas de deux ayant pour titre Soledad. Il est signé du chorégraphe espagnol Rafael Bonachela. Sur des musiques d’Astor Piazzolla (interprétées par Gidon Kremer) et d’Augustin Lara (chantées par Chavela Vargas), ce ballet nous raconte une relation entre un homme et une femme, avec pour seul décor un fauteuil et un lampadaire.  La tension entre les deux est immédiatement évidente, le couple se déchire et, en même temps se cherche désespérément. Extrêmement physique, la chorégraphie, d’une exigence folle, fait appel à toutes les ressources des corps : flexibilité, endurance, puissance, souplesse, musicalité. Le 26 juillet évoluaient sur le plateau du Mirador Patricia Torres et Enrique Corrales. L’un comme l’autre habitent leurs personnages avec beaucoup d’émotion, de sensibilité, dans une tenue chorégraphique remarquable. Le lendemain s’opposaient Adria Diaz et Raul Reinoso. Avec eux, et dans une maitrise technique époustouflante, c’est plutôt le côté charnel, sexuel, émotionnel qui prend le pas. Deux interprétations aussi convaincantes l’une que l’autre, par des artistes qui, exposés ainsi en solo, donnent le ton du niveau d’excellence de cette Compagnie.

Hibrido

 Pour achever la soirée, Hibrido des chorégraphes cubains Norge Cedeno et Thais Suarez. Le thème de ce ballet est censé développer celui de Sisyphe, ce personnage de l’Antiquité qui fut condamné par les dieux à rouler toute l’éternité un rocher jusqu’au sommet d’une montagne dont il redescendait systématiquement. A vrai dire, la narration de ce mythe dans ce ballet n’est pas spécialement évidente… Mais bon, retenons surtout la vitalité de ces danseurs qui, sur des musiques de Jenny Pena et Randy Araujo, sans oublier les splendides lumières de Yaron Abulafia, dessinent de magnifiques scènes de groupe nous transportant tout à la fois dans des temps que l’on devinerait presque pré-humain en même temps qu’ils nous laisseraient deviner des relations compassionnelles annonçant l’aube de l’Humanité.

Hibrido

Robert Pénavayre

Photos : Toti Ferrer

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