Entretiens | Opéra

 « La voix est le reflet de ce que nous sommes à l’intérieur »

Anita Hartig
Anita Hartig

Pour l’entrée au répertoire de l’Opéra national du Capitole de la Rusalka d’Antonin Dvorak, Christophe Ghristi a confié le rôle-titre de ce chef-d’œuvre à la soprano roumaine Anita Hartig.

Rencontre avec celle qui va être pour la première fois la Petite Sirène d’Andersen version lyrique et, au Capitole, aquatique !

Classictoulouse : Vous avez chanté Mimi de La Bohème pour la première fois alors que vous n’aviez que 23 ans. Depuis, ce personnage vous suit partout et il est devenu votre rôle- signature. Comment décririez-vous votre voix aujourd’hui ?

Anita Hartig : Oui, j’ai eu la chance de le chanter beaucoup dans diverses productions et théâtres. Il m’a accompagné dans mon passé et j’espère qu’il m’accompagnera encore dans mon avenir. Le rôle a évolué avec moi en tant que personne, chanteuse et les différentes étapes de la vie que l’on traverse.

Je me souviens d’une période très difficile de ma vie privée, quand ayant aussi une forme d’anxiété et de dépression j’ai dû le chanter. Heureusement, j’ai eu le soutien de collègues et du théâtre et j’ai pu l’interpréter, mais c’était très difficile.

La vie est curieuse et complexe.

La voix est le reflet de ce que nous sommes à l’intérieur. Parfois, nous sommes plus tendus et fatigués ou euphoriques et en paix et cela peut aussi se refléter dans la voix à un certain degré.

Si vous vous référez à un terme plus technique pour ma voix, je dirais qu’elle est et sera toujours lyrique avec des moments poignants. Elle va « mûrir » car c’est un effet naturel du temps et de l’expérience. Ce sera pareil mais différent.

CT : Qu’avez-vous appris durant vos cinq années de troupe à l’Opéra de Vienne ?

AH : Ce fut une période animée durant laquelle j’ai eu le plaisir de partager la scène avec les meilleurs chanteurs et d’assister à des spectacles avec de superbes artistes et chefs d’orchestre. Je pense à Angela Gheorghiu, Placido Domingo, Jose Carreras, Edita Gruberova, Sondra Radvanovski, Roberto Alagna et la liste peut continuer.

J’ai vu beaucoup de spectacles au cours de ces années. Ce fut une excellente école que d’écouter ces fantastiques interprètes accompagnés par le remarquable Wiener Philarmoniker dirigé par Marco Armiliato, Alain Altinoglu, Bertrand de Billy entre autres.

Anita Hartig , Violetta au Théâtre du Capitole dans la mise en scène de Pierre Rambert en 2018 (photo: Mirco Magliocca)

CT : On vous a découverte à Toulouse pour votre première Marguerite dans le Faust de Gounod en 2016 puis on vous a de nouveau accueillie pour Violetta en 2018. Quelle a été votre réaction quand Christophe Ghristi vous a offert votre première Rusalka ?

AH : J’étais bien sûr très heureuse de poursuivre cette relation avec l’Opéra national du Capitole. Rusalka est en effet un rôle de rêve.

J’ai une grande admiration pour Christophe Ghristi et ses équipes : chanteurs, régie, chef d’orchestre. Tout le monde est très talentueux artistiquement parlant mais leur gentillesse derrière cela est tellement plus importante quand on travaille avec autant de personnes différentes venant d’horizons, de langues, de cultures différents. J’ai donc eu beaucoup de chance d’être toujours entourée de professionnels absolus et de gens aimables et j’en suis reconnaissante à Christophe Ghristi de savoir nous réunir.

CT : Pourriez-vous nous en dire plus sur ce personnage de Rusalka ? Ses côtés positifs et ses défis ?

AH : Un personnage très intéressant qui subit d’importants changements psychologiques après avoir décidé de quitter son élément, sa maison pour connaître l’amour humain.

Après avoir réalisé que cet amour est très possédé par la luxure et la passion, elle regrette que l’humain ne soit pas capable de transcender cette luxure et de ressentir l’amour de manière pure. Elle se retrouve étrangère des deux mondes. Elle ne peut jamais revenir à ce qu’elle était et ne peut pas vraiment être humaine sauf si elle est prête à répandre du sang humain. Refusant de le faire, elle est piégée pour l’éternité entre ces deux mondes.

Vocalement, il y a des moments très poignants que j’espère pouvoir maîtriser et des passages dans un registre inférieur. De plus il faut s’adapter à la langue tchèque, donc j’ai hâte de relever tous les défis, espérons-le, dans les cinq représentations que nous avons. Un autre grand défi sera l’élément de l’eau dans lequel nous devons jouer. Je n’ai jamais chanté dans l’eau et surtout pendant si longtemps. Ce sera à coup sûr très intéressant et passionnant.

Je trouve la production très poétique et sensible, pleine de symboles et je suis sûre que chaque personne dans le public trouvera quelque chose qui lui est lié. J’espère que vous serez nombreux à nous rejoindre pour échapper à la réalité d’aujourd’hui et plonger dans l’histoire de Rusalka.

CT : La langue tchèque de Rusalka est-elle très différente du roumain qui est votre langue maternelle ?

 AH : Oh oui ça l’est. Le roumain est une langue d’origine latine et le tchèque est slave, baltique, c’était donc un processus très difficile de l’apprendre, de le prononcer et de comprendre ce que cela signifie. Je suis sûre que lorsque je l’aurai chanté cinquante fois je me serai améliorée.

CT :  En tant qu’artiste qui se produit à New York, Vienne, Barcelone, Paris, Londres, que ressentez-vous à l’idée de vous produire au Capitole ?

AH : Chaque théâtre est différent et en même temps identique. En tant qu’interprète, vous voulez juste donner le meilleur de vous-même et jouer avec toute votre énergie, peu importe la scène.

CT : Quel personnage rêveriez-vous d’interpréter ? Que ce soit dans votre tessiture vocale ou non ?

AH : Il y en a : Butterfly, Elisabetta du Don Carlo, Amelia de Ballo in Maschera, autant d’opéras d’une beauté exceptionnelle. Voyons ce que l’avenir nous réserve.

CT : Le moment est-il venu d’aborder d’autres nouveaux personnages en plus de Rusalka bien sûr ? Quels sont vos projets dans ce domaine ?

AH : Oui. Le prochain rôle important sera Tatiana dans Eugène Onéguine. Outre la langue, les défis musicaux sont en particulier l’aria du premier acte et le dernier duo, qui sont de vastes scènes passionnées qui nécessitent une bonne dose d’énergie et d’endurance.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 25 septembre 2022

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