Entretiens | Opéra

« Se réinventer, s’interroger en permanence, c’est notre oxygène » Claire Roserot de Melin

Théâtre du Capitole

Les élections municipales sont passées. Les interrogations, voire les doutes, ne sont plus d’actualités. C’est aujourd’hui le présent et surtout l’avenir qui s’écrivent et qui animent le vaisseau amiral de la Culture toulousaine. Nous avons demandé à Claire Roserot de Melin, Directrice générale de l’Etablissement public du Capitole, et donc grande argentière, de nous faire un point d’étape et de mettre en perspective la nouvelle donne politique toulousaine issue des urnes le 22 mars 2026.

Rencontre

Classictoulouse : La saison 25/26 de l’Opéra national du Capitole est aujourd’hui largement avancée.  Quelles sont vos premières constatations quant à la fréquentation de cette salle ?

Claire Roserot de Melin : Elles sont excellentes. Nous sommes aujourd’hui, et la saison n’est pas terminée, à 95% de remplissage. La saison dernière dans son intégralité avait vu ce chiffre flirter avec les 94%, ce sera donc une année encore meilleure !

Les statistiques en termes d’âge ou de provenance des spectateurs ont-elles évolué par rapport à la saison passée ?

En termes de provenance, nous sommes fréquentés à 50% par des Toulousains. Si nous élargissons à la Métropole toulousaine, nous arrivons à 81%, 84% en incluant l’entière Haute-Garonne, 93% pour l’Occitanie, 98% France entière, le solde concerne l’Etranger. Concernant les classes d‘âge nous restons sur une vingtaine de % ayant moins de 27 ans sur l’ensemble de l’établissement.

Claire Roserot de Melun – Photo : Pierre Béteille

Nous vous avons croisée lors de l’entracte d’une Lucia di Lammermoor, le 27 février 2026, alors qu’à l’évidence le ténor chantant Edgardo n’allait pas revenir sur scène. La salle était archi-comble et paradoxalement vous aviez l’air parfaitement sereine…

Cette maison est préparée à.… l’imprévisible ! Il ne vous a pas échappé j’imagine que ce théâtre est une boule d’énergie en effervescence permanente. Cette dynamique collective se met immédiatement au service de ce genre de situation. Je partage avec Christophe Ghristi cette confiance dans les solutions à apporter aux imprévus que rencontre par essence le spectacle vivant. Et tout cela dans une ambiance sereine, c’est la clé ! Personne ne panique et nous cherchons en toute tranquillité les solutions. Vous faites allusion à cette Lucia car le sujet était visible depuis le public, mais sachez que bon nombre de situations sont traitées de la même manière tout au long de l’année. Cette péripétie a mis en exergue la cruauté de ce métier mais aussi le courage du remplaçant ! Il était chez lui et il a sauté sur scène sans même être perruqué pour attaquer le terrible duo de la tour, se mettant ainsi clairement en danger. Christophe Ghristi s’attache à n’engager que de grands professionnels. Ce remplaçant de dernière seconde savait qu’il pouvait compter sur toutes les équipes et le public, que tout le monde serait avec lui quoi qu’il se passe.  La solution se cachait aussi évidemment dans le double cast de cette reprise…

Venons-en à la saison 26/27. Quelles sont les évolutions quant aux abonnements et à la billetterie ?

C’est une année d’évolution. On est parti du constat que le volume d’abonnements connait une croissance exponentielle. Certes cet indicateur est génial pour la santé de l’Institution, mais cela nous pose de sérieux problèmes en terme d’accueil du public lors des renouvellements.  Déjà l’année dernière, nous avons refusé du monde lors des soirées de présentation de la saison, nous avons donc doublé cette soirée cette année. Lors de l’ouverture des ventes de la saison dernière, il a fallu refuser du monde qui attendait depuis des heures, ce qui est totalement contraire à notre engagement : le Théâtre du Capitole est la maison de tous les publics, c’est un lieu que nous voulons ouvert et accueillant ! Peu de structures comme la nôtre sont submergées par la demande, donc nous sommes allés benchmarker de très grandes institutions nationales et internationales, y compris celles produisant les musiques actuelles.

En parallèle, nous avons noté que de plus en plus d’abonnés réclamaient un peu plus de souplesse afin de ne pas être contraints par des dates préfixées. Donc, notre nouvelle proposition propose à chaque spectateur de composer son abonnement comme il le souhaite. Par ailleurs, toutes les formules d’abonnements peuvent être souscrites en ligne. Pour celles et ceux qui veulent prendre leur abonnement au guichet, nous avons mis à leur disposition un calendrier de rendez-vous. Nous avons garanti également que les bulletins d’abonnements simplement déposés au guichet seraient traités en parallèle. Nous avons également renforcé le support téléphonique, qui n’est autre que celui qu’utilise l’Opéra de Paris, une société de service extérieure qui a une expérience indiscutable au plus haut niveau et qui a bien voulu nous accompagner. A ce jour, nous avons une proportion de spectateurs mécontents – comme chaque année – mais le bilan est globalement très positif.

Claire Roserot de Melin

 Concernant les tarifs, quelle ligne rouge vous ne voulez pas franchir lorsque vous les fixez ?

Malgré une inflation qui reste dynamique, nous ne touchons pas aux premiers prix, ceux qui permettent au plus grand nombre de venir voir un spectacle, à partir de 1O€ pour l’opéra. Ce sont les places les plus chères qui suivent l’inflation. Nous arrivons donc cette année à 130€ dans la catégorie « or » pour l’opéra. Mais il y a pleins d’autres excellents fauteuils dans la salle qui coûtent beaucoup moins chers ! Les places de ballet (en dehors du spectacle de Noël) s’échelonnent de 8 à 71€. Les récitals de prestige sont à 20€ alors que ces artistes se produisent sur les plus grandes scènes du monde presqu’exclusivement. On a souvent l’image de tarifs très élevés à l’Opéra, mais – sans opposer différents champs – il faut aussi parfois aller regarder avec honnêteté ceux du sport et de la variété…  Bien sûr, si nous pouvons tenir des tarifs diversifiés, c’est par ce que nous sommes largement subventionnés par la Métropole notamment, sinon il faudrait changer complétement de modèle et multiplier les prix par 3 ou 4. L’opéra n’est pas non plus l’apanage des têtes blanches. Il n’y a qu’à se rendre au Capitole pour s’en apercevoir !

Christophe Ghristi nous confiait dernièrement que le metteur en scène de la nouvelle production du Roi Arthus, Aurélien Bory, a eu pour mission d’utiliser, en les revisitant, ses trois productions capitolines : Parsifal, Le Prisonnier et Le Château de Barbe-Bleue. En dehors des contraintes budgétaires n’est-ce pas aussi une démarche écologique ?

Cette approche écologique, le Capitole s’en est emparé depuis très longtemps car nous produisons sur place, avec le plus souvent possible des matières premières locales. Nous avons une collection gigantesque de costumes qui circulent, lorsque cela est possible, d’une œuvre à une autre. La notion de durabilité de nos productions est dans l’ADN de notre maison. Regardez, cet Otello et cette Lucia, depuis un quart de siècle qu’elles existent, pas la moindre ride. La différence, pour ce Roi Artus, c’est sans doute qu’on le communique d’avantage ! Nul doute en tout cas que le public découvrira vraiment une nouvelle production.

Les subventions allouées par la Métropole au fonctionnement du Capitole sont-elles identiques pour cette future saison ?

Depuis quelques années nous jonglons avec des révisions budgétaires liées à la situation financière de la France. Mais le soutien de la Métropole est fidèle et solide, comme celui du public ce qui crée un cercle vertueux. Jouer à guichet fermé est un atout colossal. Les métropoles sont l’échelon le plus impacté par les coupes de l’Etat. Ma stratégie depuis que je travaille est d’avoir toujours une grande transparence avec nos financeurs sur les équilibres économiques de l’établissement, une écoute et une capacité d’adaptation. En revanche, il ne faut pas toucher au « cœur du réacteur » car alors les choses pourraient très vite fragiliser de façon irréversible l’institution, c’est mon rôle de savoir où se situe cette limite. Nous achevons une période électorale qui rendait plus complexe la contractualisation de nos subventions. Aujourd’hui nous y voyons plus clair.

Dans la mesure où les spectacles affichent complets, vous ne pouvez compter sur une augmentation significative de la billetterie. L’équation budgétaire est donc connue d’avance. La seule ligne qui peut bouger est celle du mécénat. Où en est le Capitole dans ce domaine ?

Le mécénat, c’est vrai, mais il y a aussi les coproductions et les tournées, je pense au ballet bien sûr dont les tournées s’autofinancent complétement. Le mécénat d’entreprise et celui des particuliers entrent pour 1% dans notre financement. Celui des particuliers est tout récent mais particulièrement prometteur et dynamique. Si cela ne fait pas beaucoup par rapport à l’économie générale de la maison, cela peut en revanche représenter 80 voire 100% du financement d’un projet. Je vous donne un exemple : le pôle santé du ballet. Grâce aux Laboratoires Pierre Fabre nous sommes en train de lui faire prendre une toute autre dimension plus à même d’accompagner et de protéger les danseurs. C’était devenu indispensable. Ce mécénat fléché nous a permis de faire un bond en avant considérable.

La dernière élection municipale a reconduit la majorité en place depuis 12 ans. Le soutien indéfectible de Jean-Luc Moudenc au domaine culturel est heureusement connu des Toulousains. Cela vous permet-il d’envisager les années à venir avec sérénité, voire avec encore plus d’audace et de détermination ?

Nous l’avons évoqué brièvement tout à l’heure. Pour une institution comme la nôtre, qui vit principalement des subventions de la Métropole, l’échéance électorale est essentielle. À la fin d’un mandat, les élus ne peuvent s’engager sur du long terme, or ce temps est notre horizon de programmation. D’une manière générale, lorsqu’une majorité se présente au pouvoir, ancienne ou nouvelle, la première des choses est de savoir la place de l’Institution dans leurs objectifs. Je le dis et je le répète, cette maison ne nous appartient pas. Elle a en charge un service public et c’est à nous de décliner son activité en fonction des orientations données et des moyens octroyés, en rappelant les « lignes rouges » comme je le disais tout à l’heure. L’équipe de Jean-Luc Moudenc est très attachée au Théâtre du Capitole car ils ont compris depuis longtemps que cette maison fait partie de l’âme de la ville. Pour nous c’est bien sûr une chance et cela nous permet aujourd’hui de nous projeter dans les années à venir avec confiance. Vous me parlez d’audace, je crois que les dernières saisons de Christophe Ghristi répondent à votre question, non ? Mais c’est une « audace responsable » : se réinventer, s’interroger en permanence, c’est notre oxygène.

Notre Maire – alors candidat –  a annoncé également de grands projets pour l’Orchestre national du Capitole… Nous avons déjà commencé à y travailler et sommes prêts à déployer toute notre énergie pour les mettre en œuvre !

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 16 avril 2026

Partager

L’Orchestre national du Capitole retrouve Kazuki Yamada
Le 18 avril dernier, le programme musical de cette soirée a exploré le répertoire de musique française qui constitue l’un des domaines favoris de Kazuki Yamada.
C’est un privilège de chanter à Toulouse – Adriana González
Montserrat Caballé est mon modèle absolu
Dialogue au sommet !
Le dernier concert de la riche saison des Arts Renaissants a attiré, le 17 avril dernier en l‘église Saint-Jérôme de Toulouse, un public nombreux, fidèle et passionné.
Gustav Mahler et Matthias Goerne
Matthias Goerne de retour à Toulouse pour un récital de lieder de Mahler.
Fascinant et…hallucinant
Mais que peut vraiment Lucia face aux maîtres du monde ?
L’entrée triomphale d’Adriana Gonzalez dans l’histoire du Capitole
Des salves d’applaudissements saluent cette représentation avec un petit plus, mérité, pour Adriana Gonzalez.