En cette soirée du 27 mai 2026, une salle comble et une ovation générale sont venues saluer l’entrée au répertoire du Théâtre du Capitole du dernier opéra de Jean-Philippe Rameau : Les Boréades.
C’est dans une version concert et au cœur d’une tournée européenne, qui amènera l’œuvre de Dortmund à Beaune en neuf étapes, que cet opéra fait sa première apparition au fronton capitolin. Le Chœur de chambre de Namur, dont on connaît les affinités avec ce répertoire, et l’Ensemble a nocte temporis, également une référence musicale dans ce domaine, sont dirigées par le ténor et haute-contre belge Reinoud Van Mechelen. Le livret, attribué à Louis de Cahusac, fait référence à la mythologie grecque et à l’un des innombrables conflits amoureux nés entre dieux, demi-dieux et mortels. Ce qui n’est pas très original et même parfaitement académique à cette époque-là en matière lyrique. Sauf qu’ici l’histoire semble prendre le dessus sur le pouvoir monarchique. Où l’on clame haut et fort un sentiment de liberté !! Un véritable défi démocratique en cette fin des temps de la royauté. Nous sommes à une poignée d’années de la Révolution.
La censure qui va s’abattre sur cet ouvrage n’est certainement pas étrangère à son livret. Dans tous les cas elle a été efficace, si l’on peut dire, pendant deux siècles ! En effet il faut attendre le Festival d’Aix en Provence 1982 pour qu’enfin Les Boréades connaissent leur création scénique. L’ouvrage contient des beautés sans égales dans le corpus de ce musicien. L’œuvre est incontestablement magistrale. Reinoud van Mechelen a fondé l’Ensemble musical a nocte temporis en 2016 et depuis s’attache à interpréter de la manière la plus informée possible tout un répertoire baroque. Conjuguant une véritable force dramatique à une émouvante poésie orchestrale, ces Boréades réclament des artistes aguerris au style ramiste tant en termes de souplesse vocale que de déclamation et de respect d’une prosodie parfaite.

Reinoud Van Mechelen, ténor haute-contre et directeur musical de cet opéra réunit dans une symbiose stupéfiante l’ensemble des qualités requises. Son ténor, déployé avec la même superbe soit en son appuyé soit en émission allégée de haute-contre, trace un portrait saisissant et formidablement émouvant d’Abaris. La soprano belge Gwendoline Blondell incarne avec passion Alphise, cette reine devant à tout prix, sorte de Pénélope, prendre pour époux l’un des fils du dieu des vents. Ce dernier, Borée, est chanté par le baryton-basse argentin Lisandro Abadie. Son bel instrument, puissant et tranchant, possède toute l’autorité nécessaire. Le ténor américain Robert Getchell s’empare avec bonheur de Calisis, l’un des deux prétendants, lui prêtant une science vocale superbe de musicalité et de souplesse dans la vocalise. C’est le français Philippe Estèphe qui revêt les habits de Borilée, le second fils. Son baryton parfaitement timbré sur toute la tessiture donne corps et âme à ce personnage tourmenté. Dans le double rôle d’Adamas et d’Apollon, le baryton tchèque Tomáš Král s’impose non seulement par sa taille mais aussi par une présence vocale qui donne toute sa dimension autant au personnage du Grand-prêtre qu’à celui du fils de Zeus et de Léto. Enfin, comment ne pas applaudir à la performance de la soprano belge Lore Binon qui endosse avec un rare talent pas moins de quatre rôles : Sémire, Une Nymphe, l’Amour et Polymnie.
Nous connaissons l’importance des chœurs dans les opéras de Rameau. Celui-ci est au diapason et trouve dans le Chœur de chambre de Namur un interprète d’une discipline exemplaire et d’une musicalité souveraine.
Robert Pénavayre
Photos : David Herrero
