Concerts

Gustav Mahler et Matthias Goerne

Le baryton Matthias Goerne et le pianiste Alexander Schmalcz - Photo Classictoulouse

Alors qu’il est l’invité régulier de la scène lyrique de l’Opéra national du Capitole depuis plus de vingt ans, le grand baryton allemand Matthias Goerne y revient dans un répertoire de mélodies. Il s’agit en l’occurrence de plusieurs cycles de lieder de l’un des grands compositeurs post-romantiques germaniques, Gustav Mahler.

Matthias Goerne a déjà abordé l’épreuve du récital. Le 24 février 2023, il interprétait sur la scène du Capitole le cycle mythique du Voyage d’hiver de Franz Schubert. Mais c’est surtout dans des productions lyriques qu’il a animé la vie musicale de la grande maison toulousaine. En effet, le grand baryton est apparu à l’affiche des productions lyriques de Parsifal (rôle d’Amfortas en 2020), Elektra (rôle d’Oreste en 2021) et Tristan et Isolde (rôle du roi Marke en 2023). Ses liens avec l’institution lyrique toulousaine vont d’ailleurs s’enrichir d’une nouvelle composante, puisqu’au mois de mai prochain, il réalisera sur la scène du Capitole sa première mise en scène d’opéra, celle de Salomé, de Richard Strauss !

Le 16 avril dernier, Matthias Goerne aborde le monde intensément poétique et dramatique de Gustav Mahler. Accompagné par son complice habituel, l’excellent pianiste Alexandre Schmalcz, il le fait au travers de trois grands cycles de lieder.

Tout au long de ces interprétations, le chanteur privilégie une déclamation appuyée et intense. Les couleurs vocales qu’il déploie sont particulièrement contrastées, avec au début un vibrato souligné qui ira en s’atténuant. Chaque registre possède son propre timbre, ce qui peut parfois surprendre, mais qui s’intègre parfaitement dans sa vision de ces pièces. En effet, le soin avec lequel il nuance ses phrasés et la prosodie des textes contribue à l’émotion qui se dégage de chaque lied. D’autant plus que le sous-titrage des paroles prononcées, devenu systématique au Capitole, représente un élément primordial de leur perception.

Le cycle des Kindertotenlieder, d’une bouleversante tragédie, ouvre la soirée sur ces cinq évocations de la mort des enfants. A l’époque de sa conception, Alma Mahler, l’épouse du compositeur est terrifiée par les poèmes de Rückert auquel son mari offre cet écrin tragique : « Comment comprendre qu’une heure après avoir embrassé et cajolé des enfants en pleine santé, on se lamente sur leur mort ? Pour l’amour de Dieu, ne tente pas le sort ! ». La voix et le piano expriment ici la tragédie sous toutes ses formes.

Matthias Goerne au théâtre du Capitole – Photo Classictoulouse

La Phantasie aus Don Juan qui suit est pour beaucoup une découverte. Il s’agit d’un lied de jeunesse composé sur un texte de Tirso de Molina traduit par Ludwig Braunsfels, chanté avec la distance qui convient.

L’étape suivante est relative au cycle composé sur le recueil Des Knaben Wunderhorn (Le cor merveilleux de l’enfant) textes traditionnels allemands compilés et réécrits par Achim von Arnim et Clemens Brentano. Cinq lieder, sur les douze qui constituent le cycle complet, donnent le ton populaire et en même temps raffiné de cette suite. Les interprètes en soulignent le caractère contrasté. On admire en particulier la profondeur de « Urlicht » (lumière des origines), qui deviendra d’ailleurs le quatrième mouvement de la Symphonie n° 2 du même Mahler.

Le cycle des cinq Rückert-Lieder, créé à Vienne en 1905, constitue la dernière étape de ce beau voyage musical. Matthias Goerne en adapte l’ordre de manière, très légitime, de terminer par « Mitternacht » (Minuit), dont la force tragique transcende l’ensemble et conclut cette soirée mahlérienne abondamment applaudie par le public qui n’obtiendra pas de bis. Difficile en effet de rompre le bel équilibre d’un tel programme…

Serge Chauzy

Programme du concert

Gustav Mahler (1860-1911)

  • Kindertotenlieder (Friedrich Rückert)
  • Phantasie aus « Don Juan » (d’après Tirso de Molina)
  • Des Knaben Wunderhorn, extraits (Achim von Arnim et Clemens Brentano)
  • Rückert-Lieder (Friedrich Rückert)

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