Entretiens | Opéra

C’est un privilège de chanter à Toulouse – Adriana González

Adriana González - photo: Aline Kundig

 Adriana González triomphe en ce moment au Théâtre du Capitole dans les reprises d’Otello de Giuseppe Verdi où elle incarne une Desdémone d’anthologie. Après une formation au Guatemala, son pays d’origine, elle s’installe quelque temps à Paris puis part pour Zurich. A peine trentenaire, le soprano franco-guatémaltèque commence à affoler la planète opéra par un talent hors du commun.

Rencontre

Classictoulouse : Vous chantez pour la première fois à Toulouse, au Théâtre du Capitole. Quelle image avez-vous de cette maison ?

Adriana González : Tout d’abord j’aimerais souligner combien les dimensions de ce théâtre sont parfaites pour les chanteurs, non seulement pour projeter notre voix mais également pour pouvoir se connecter avec le public. Il y a autre chose qui m’a beaucoup impressionnée, c’est la proximité géographique entre le pouvoir décisionnel de la Ville, la Mairie, et le Théâtre.  Je ne sais si c’est lié mais dans tous les cas, et c’est l’avis de mes collègues également, le Capitole est une maison dans laquelle nous sommes bien reçus, soutenus, accompagnés.  C’est un privilège de chanter à Toulouse. Alors oui, effectivement c’est la première fois que je suis invitée au Capitole, mais je sais que ce théâtre affiche de très belles distributions dans des productions respectueuses des ouvrages et … des chanteurs !

Vous avez fait lexpérience du Studio de lOpéra de Paris et de celui de lOpéra de Zurich. Que vous ont-ils apporté ?

Vaste sujet. J’avais 21 ans lorsque je suis arrivée au Studio de l’Opéra de Paris. Mon premier emploi a été Zerlina dans Don Giovanni. J’étais très impressionnée de voir un univers professionnel pareil car nous n’avons rien de comparable au Guatemala. De plus nous avions la possibilité d’assister à toutes les représentations d’opéras et cela était, pour les stagiaires comme moi, très inspirant car le niveau d’excellence de cette maison m’indiquait simplement celui auquel je devais prétendre. Je voudrais souligner ici combien ma rencontre avec le chef d’orchestre basque Iñaki Encina Oyón a été importante dans ma formation et ma carrière. C’est lui qui m’a découverte et m’a incitée à faire une audition pour intégrer l’Opéra de Paris. C’est mon mentor. À 24 ans j’ai fini l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, mais ma voix n’était pas prête pour chanter dans une salle comme la Bastille, de plus, je voulais découvrir le système allemand. Je suis donc partie pour l’Opernstudio de Zurich. La différence est notoire entre les deux institutions car autant à Paris les stagiaires sont protégés, autant à Zurich le travail est multiplié par trois avec à la clé des prises de risques considérables. Mais je sentais que c’était pour moi le moment de faire le grand bond. Ces deux expériences m’ont permis de me découvrir véritablement et de savoir ce que je voulais faire et comment le faire.

Vous abordez cette année Desdémone, un rôle qui semble vous faire faire un saut dans le répertoire de grand lyrique. Justement à propos de répertoire, quel est le vôtre pour l’instant ?

Le répertoire de grand lyrique comme Mimi, la Comtesse des Noces de Figaro, Liu, Micaëla, Desdémone, Fiordiligi, Salud, Pamina, Suor Angelica et d’autres bien sûr. Si j’ai déjà chanté le Requiem de Verdi, par contre, Desdémone est mon premier opéra verdien.

Dans l’apprentissage de ce rôle, vous êtes-vous inspirée d’interprètes actuelles ou du passé ?

Bien sûr, Montserrat Caballé pour ses piani, son souffle inépuisable, son phrasé unique et grandiose. Elle est pour moi un modèle. Il y a aussi Victoria de los Ángeles avec cette espèce de « larme » dans la voix qui rend son interprétation très émouvante, Cristina Gallardo Domas qui a chanté ce rôle au Capitole. Je suis très honorée de lui succéder et de porter ses costumes.

Parlez-nous de Desdémone

Cela dépend si l’on évoque la Desdémone de Verdi ou bien celle de Shakespeare. L’héroïne verdienne est tout amour, elle soutient son mari et prend la stature du sacrifice. Dans la pièce de Shakespeare, Desdémone apparait plus forte car, par exemple, dès le début, c’est elle qui choisit de se marier avec Otello, sans l’autorisation de son père. Ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez. Elle prend des décisions très courageuses à une époque qui refusait cela aux femmes. J’essaie de mettre cette force et ce courage dans mon interprétation au moment où Otello est le plus vulnérable. Je dois ajouter que c’est un rôle qui, grâce au génie du compositeur, est facile à chanter, parfaitement écrit pour la voix, sans accidents ou péripéties particulières. Un ouvrage, à l’évidence, composé en tenant éminemment compte du matériau vocal, y compris des pauses nécessaires pour retrouver son souffle et son tonus. Tout est admirablement agencé.

Adriana González (Desdémone) au Théâtre du Capitole en avril 2026 – Photo: Mirco Magliocca

Vous venez de prendre le rôle à Strasbourg en octobre 2025 dans une mise en scène de Ted Huffman diamétralement opposée à celle de Nicolas Joel donnée au Capitole, ne serait-ce que dans les costumes. Cela vous permet certainement d’approfondir le personnage mais en même temps est-ce un challenge difficile de passer ainsi d’une proposition à une autre et n’est-ce pas déstabilisant ?

Vous avez raison, cela demande un temps d’adaptation, tant dramatiquement, car le metteur en scène n’est pas le même, que vocalement, car le cast n’est pas identique et le chef d’orchestre a changé. La question est de savoir comment mon corps va réagir à la direction d’acteur, au port de nouveaux costumes, parfois plus contraignants, induisant une nouvelle façon de respirer, de bouger aussi.

Dans quels autres rôles aujourd’hui aimeriez-vous agrandir votre répertoire et quelles sont vos futures prises de rôle ?

Nedda, Elisabeth de Valois en français et en italien, Butterfly, voilà pour mes futures prises de rôle. Ce sont des personnages que j’aborderai dans les années suivantes. Ils sont très dramatiques, donc il faut continuer à apprendre à gérer mes émotions sur scène. Sur ce chapitre, Suor Angelica est certainement le rôle le plus difficile à interpréter pour moi tellement il convoque de charge émotionnelle. Un rôle m’échappe pour l’instant, c’est la Marguerite du Faust de Gounod. Il m’a été proposé alors que j’avais 23 ans et bien sûr j’ai refusé. Depuis plus personne ne me l’a offert. J’aimerais tellement l’aborder aujourd’hui. Dans mes projets il y a bien sûr Aïda et Adrienne Lecouvreur, mais pour l’heure rien n’est signé de ce côté-là. J’attends, le moment viendra, j’en suis sûre.

Quels sont vos engagements à venir ?

Je pars après Toulouse au Liceo de Barcelone pour la Comtesse des Noces de Figaro et après mes débuts en Colombie avec Mimì de La Bohème. La rentrée de la future saison se fera pour moi à Londres avec Micaëla puis Liù à l’Opéra de Paris, Nedda pour mes débuts à la Monnaie, ma première Elisabeth de Valois en version concert à Toulon.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 9 avril 2026

Partager

Dialogue au sommet !
Le dernier concert de la riche saison des Arts Renaissants a attiré, le 17 avril dernier en l‘église Saint-Jérôme de Toulouse, un public nombreux, fidèle et passionné.
Gustav Mahler et Matthias Goerne
Matthias Goerne de retour à Toulouse pour un récital de lieder de Mahler.
Fascinant et…hallucinant
Mais que peut vraiment Lucia face aux maîtres du monde ?
L’entrée triomphale d’Adriana Gonzalez dans l’histoire du Capitole
Des salves d’applaudissements saluent cette représentation avec un petit plus, mérité, pour Adriana Gonzalez.
Le retour du sombre héros de la Sérénissime
Le Théâtre du Capitole va, de nouveau, vivre à l’heure des grands frissons
Schumann symphonique avec Frank Beermann
Les 10 et 11 avril dernier, à la Halle aux Grains, le grand chef allemand Frank Beermann a dirigé les quatre symphonies de Robert Schumann.