Concerts

L’Orchestre national du Capitole retrouve Kazuki Yamada

Kazuki Yamada à la tête de l'Orchestre national du Capitole - Photo Classictoulouse

Les liens tissés par le chef japonais et l’orchestre toulousain se ravivent à chaque nouvelle rencontre. Le 18 avril dernier, le programme musical de cette soirée a de nouveau exploré ce répertoire de musique française qui constitue l’un de ses domaines favoris. L’ouverture de cette nouvelle rencontre a néanmoins célébré une brillante création contemporaine extra-européenne.

Rappelons que Kazuki Yamada, né au Japon en 1979, a remporté en 2009 le Grand prix du 51ème concours international de jeune chef d’orchestre de Besançon. Comme l’avait fait avant lui, en 1962, un certain Michel Plasson !

Le concert du 18 avril s’ouvre donc sur une pièce contemporaine d’une originalité certaine. La partition intitulée Sa-Ii (Gap of the Time), de la compositrice sud-coréenne Song Aa Park, née en 1983, a conquis sa notoriété à la suite de sa victoire au premier concours européen à destination des compositrices. Créé en 2024 par l’Association Française des Orchestres, en partenariat avec l’Orchestre national du Capitole, ce concours, intitulé « Unanimes ! », a donc récompensé Song Aa Park pour son œuvre Sa-Ii (Gap of the Time) considérée comme « meilleure pièce pour grand orchestre symphonique ». D’après la compositrice, le terme Sa-Ii évoque une « pause » ou un moment de calme rencontré au milieu d’une agitation. C’est d’ailleurs sur une agitation explosive que s’ouvre l’œuvre. Cette véritable détonation « fait voler l’orchestre en éclat » ! Le cœur de cette courte partition multiplie les interventions instrumentales non conventionnelles. Le souffle des instrumentistes à vent, comme élément sonore, génère une angoisse que renforcent les frappes des musiciens des pupitres de cordes sur leurs instruments utilisés comme percussions ! L’œuvre s’achève sur un silence impressionnant après une telle agitation. La découverte valait le détour !

L’Orchestre national du Capitole dirigé par Kazuki Yamada – Photo Classictoulouse

Changement de monde musical avec le concerto pour violoncelle et orchestre d’Edouard Lalo. Pour des raisons de santé, la violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker, initialement prévue comme soliste, a dû être remplacée. C’est le grand violoncelliste allemand Daniel Müller-Schott, déjà présent le 16 novembre 2010 lors d’un concert de musique de chambre des Grands Interprètes, qui a assuré avec panache ce rôle important. Dès le Prélude : Lento du premier volet, délivré comme un récitatif vocal, on admire la sonorité sombre et profonde du soliste. Tout au long de l’Allegro maestoso, le dialogue avec l’orchestre se développe dans une atmosphère intense, lyrique et parfois héroïque. Daniel Müller-Schott apporte un soin particulier au choix des phrasés, à la beauté du legato.

Daniel Müller-Schott, soliste du Concerto pour violoncelle et orchestre d’Edouard Lalo – Photo Classictoulouse

La nostalgie de l’Andantino qui ouvre le mouvement central, Intermezzo, admirablement « chanté » par le soliste, est suivie du sourire de l’Allegro presto. Le rythme quelque peu ibérique du final qui s’enchaîne prend le pas sur la richesse mélodique. Une joie presque « chorégraphique » conclut cette prestation acclamée par l’ensemble du public. Un bis emblématique répond à cet accueil. Daniel Müller-Schott joue avec élégance la Gigue de la Suite n°3 en do majeur pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach.

Daniel Müller-Schott et Kazuki Yamada au salut – Photo Classictoulouse

Toute la seconde partie de la soirée est consacrée aux trois Images pour orchestre de Claude Debussy. Le chef aborde ce triptyque avec un sens combiné de l’architecture et de de la couleur. Rondes de printemps rutile de cette vigueur souriante que la partition attribue à chaque famille d’instruments dont le chef équilibre les interventions. Une énergie intérieure anime toute la pièce avec la citation joyeuse de la comptine « Nous n’irons plus au bois ». Les poétiques alliages de timbres de Gigues sont subtilement soulignés par les belles combinaisons instrumentales qui associent le pointillisme pictural à une vigueur du rythme toujours soutenue.

Le triptyque Ibéria, résonne enfin comme une sorte de portrait fantasmé d’une Espagne que le compositeur n’a jamais visitée ! Les trois parties révèlent les trois faces ressenties de ce portrait. De l’ivresse de l’épisode Par les rues et par les chemins à la habanera de celui plein de poésie de Les parfums de la nuit, jusqu’à l’ivresse et l’emploi des cordes pincées de Matin d’un jour de fête, l’authenticité de cœur de cette évocation ne fait aucun doute !

L’accueil chaleureux du public traduit bien le plaisir d’une telle écoute.

Serge Chauzy

Programme du concert :

  • Song Aa Park (née en 1983) : Sa-Ii (Gap of the Time)
  • Edouard Lalo (1923-1992) : Concerto pour violoncelle et orchestre
  • Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre

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