Entretiens | Opéra

« Dans Rusalka toutes les pages sont d’une égale beauté. C’est un vrai miracle. » Giacomo Sagripanti

Rusalka au Capitole en octobre 2022 - Mise en scène : Stefano Poda - Photo: Mirco Magliocca

L’ouverture de la saison capitoline 26/27 se fait avec une reprise de la Rusalka d’Antonin Dvořák dans la somptueuse mise en scène de Stefano Poda inaugurée in loco en octobre 2022 avec le succès que l’on sait.  Pour cette reprise, Christophe Ghristi a totalement changé la distribution, y compris le chef d’orchestre. Face à un compositeur qu’il admire depuis toujours nous allons retrouver l’une des stars de la nouvelle génération, un artiste que s’arrachent les plus grandes scènes de la planète : le maestro italien Giacomo Sagripanti.

Rencontre

Classictoulouse : Le public du Capitole a eu le plaisir de vous applaudir pour les reprises en janvier 2019 de la Lucrezia Borgia de Gaetano Donizetti et du Nabucco de Giuseppe Verdi en septembre 2024. Votre répertoire est avant tout transalpin et cependant vous voici à l’affiche pour un opéra tchèque, la Rusalka d’Antonin Dvořák. Avez-vous des affinités particulières avec ce compositeur ?

Giacomo Sagripanti : Je vis à Prague depuis 2016. Mes deux petites filles sont italo/tchèques et parfaitement bilingues. Elles vont à l’école publique au centre de Prague. La culture tchèque est quelque chose que j’ai commencé à connaître depuis une vingtaine d’années. Dvořák est un compositeur que je mets souvent dans mes programmes symphoniques, comme celui que j’irai diriger le prochain printemps à Bolzano (ndlr : Tyrol du Sud) avec l’Orchestre Haydn.

C’est la première fois que vous allez diriger cet ouvrage. Quelle a été votre réaction lorsque Christophe Ghristi vous l’a proposé ?

Je dois avouer que j’ai demandé à M. Ghristi de diriger ce titre. Non seulement, je le répète, parce que j’aime beaucoup ce compositeur, mais également parce que c’est un chef d’œuvre sur lequel je souhaitais travailler afin de le mettre à mon répertoire. Dans Rusalka toutes les pages sont d’une égale beauté. C’est un vrai miracle.

Giacomo Sagripanti – Photo : GM art Music

Quelle est l’importance de cette partition dans le corpus de ce compositeur ?

Sans doute c’est la partition d’opéra la plus travaillée et la mieux réussie de Dvořák. Il lui a consacré toute son énergie alors que, déjà célébré partout dans le monde, il n’avait plus rien à démontrer. Sa composition est le témoignage d’un artiste authentique, qui vit seulement pour servir la musique, son génie et aussi son peuple et sa terre, à laquelle il était sincèrement très lié.

Quelles sont les caractéristiques de cette partition ?

Il faudrait un livre entier pour décrire les caractéristiques d’un opéra comme Rusalka. Mais je peux essayer une synthèse. C’est d’abord la cohérence formelle et mélodique, le sens imparable du drame, l’élégance et l’immense variété des couleurs orchestrales, l’utilisation théâtrale du leitmotiv, l’harmonie idéale entre métrique musicale et métrique de la langue tchèque, le parfait mélange du symphonisme européen et de la mélodie populaire, et surtout ce parfum de danse qui irradie toute la partition.

Votre direction doit-elle quelque part s’adapter précisément à la mise en scène très particulière de Stefano Poda, je pense à Vodnik qui passe une partie de son temps sous l’eau mais aussi aux Trois nymphes ?

Bien sûr ! Le travail théâtral opératique est un travail d’équipe, total et respectueux des uns envers les autres.

Vous connaissez bien à présent l’Orchestre national du Capitole. Dans quels ouvrages souhaiteriez-vous à nouveau le diriger ?

Il y en a tant ! Permettez-moi de citer par exemple : Jenufa, La Fanciulla del West, Tannhäuser, Falstaff, Lady Macbeth de Mtsensk

Vers quels théâtres et quelles œuvres vous amène la saison 26/27 ?

Ce sera d’abord Faust à Houston de suite après Toulouse, puis Samson et Dalila au Metropolitan Opera de New York (ndlr : ce spectacle sera retransmis en direct dans le circuit Pathé du monde entier le 5 décembre 2026), Manon Lescaut au Staatsoper de Vienne, La bohème au Liceu de Barcelone, Rigoletto au Staatsoper de Berlin, Lucia di Lammermoor à Rome, Le Barbier de Séville au Real de Madrid, le Stabat Mater de Rossini et des concert symphoniques avec Schubert, Rachmaninov, Tchaïkovski et Dvořák bien sûr !

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 15 septembre 2026

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