Opéra

In memoriam 1967 – 2026 – Andrew Schroeder

Andrew Schroeder dans le rôle-titre de Billy Budd au Théâtre du Capitole en 1994

C’est avec une immense peine que les amoureux d’art lyrique ont appris la mort du baryton américain Andrew Schroeder. Et plus particulièrement le public toulousain qui a eu le bonheur de l’applaudir à maintes reprises au Théâtre du Capitole.

 Né à Saint-Louis (Missouri – USA) dans une famille entièrement immergée dans les beaux-arts, maman chante, papa joue du piano, ses frères peignent, sculptent et chantent aussi, tout petit il apprend le violon et les percussions. C’est finalement le chant qui aura le dernier mot. Il remporte de nombreuses récompenses dont le Prix Bruce Yarnell de la Fondation George London. Il est également finaliste du Concours Birgit Nilsson (1994) et de l’Operalia Placido Domingo (1998).  Après avoir achevé ses études à l’Université du Colorado, Andrew Schroeder participe au programme de formation du Lyric Opera de Chicago et du Metropolitan Opera de New York.

Nicolas Joel, le pied à l’étrier

Alors que la baryton russe Serguei Leiferkus abandonne, dans les derniers jours de répétition, la nouvelle production d’Eugène Onéguine que met en scène Nicolas Joel, alors directeur artistique du Capitole, celui-ci a déjà dans ses fiches le nom d’un jeune américain de 26 ans qui n’a jamais chanté en Europe. Fidèle à son souhait de donner leur chance à de jeunes interprètes, Nicolas Joel l’invite à rejoindre au plus vite Toulouse. Andrew Schroeder connait le rôle…. en anglais !  Qu’à cela ne tienne, en une poignée de jours il l’apprend en russe !  C’était en juin 1993, une date qui marque le début d’une longue collaboration entre ce jeune artiste et le Théâtre du Capitole.

Andrew Schroeder dans Eugène Onéguine au Capitole en 1993 – Photo – Gilles Bouquillon

En effet, dans cette maison le public pourra l’applaudir la saison suivante (93/94) dans la reprise du Roméo et Juliette de Charles Gounod (Mercutio) aux cotés de Roberto Alagna et Leontina Vaduva. Mais ce qui demeurera son titre de gloire toulousain sera certainement, au cours de la même saison, la création in loco de Billy Budd de Benjamin Britten. Dans le rôle-titre il s’y montre totalement bouleversant et d’une suprême musicalité. Après Billy Budd, Andrew Schroeder est associé à l’histoire du Capitole en participant à l’entrée au répertoire de deux opéras de Richard Strauss : Capriccio (Le Comte) en février 1995 et La Femme sans ombre (Barak) en octobre 2006.  Remplaçant Ludovic Tézier ayant annulé sa participation deux mois avant la première d’Arabella, Andrew Schroeder accepte de s’aventurer pour la première fois, en février 2006, dans le personnage de Mandryka, un rôle réclamant un ambitus titanesque.  Les spectateurs toulousains retrouveront ensuite Andrew Schroeder pour l’Almaviva des Noces de Figaro en novembre 2008 et pour une dernière apparition dans la Ville rose en juin 2009 pour un somptueux Valentin (Faust de Charles Gounod).

Andrew Schroeder dans le Valentin du Faust de Gounod au Capitole en 2009 – Photo : Patrice Nin

Pendant tout ce temps sa carrière a pris une envergure internationale. Paris, Marseille, Londres, Bruxelles, Gênes, Hambourg, New York, Venise, Lausanne, Bergame, Lyon et bien d’autres villes aux Usa et en Australie vont accueillir cet artiste d’une rare probité personnelle et artistique. Le velours de son timbre et sa densité lui permettaient de franchir tous les obstacles, y compris ceux de l’Œdipe d’Enesco, avec la même homogénéité et un souci permanent du style, de la prosodie et de la musicalité. Il s’illustra plus particulièrement dans les répertoires des 19éme et 20éme siècles. Amoureux des grands défis, il sera affiché dans le rôle-titre de Nixon in China d’Adams, dans Die Drei Pintos de Weber/Mahler, dans le Nez de Chostakovitch (Kovaliov). Il fut un mémorable Roi Arthus de Chausson à Bruxelles comme à New York. Tout un parcours d’une extrême exigence. A son image.

Robert Pénavayre

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