Entretiens | Festivals

Montserrat Caballé et Rudolf Noureev : l’ADN du Festival Peralada

Château de Peralada - Photo: Miquel Gonzalez

À quelque 260 km de Toulouse (comptez 2h30 de route), au cœur de l’Empordá catalan, Peralada abrite depuis 40 ans l’un des plus prestigieux festivals européens. Chaque année, ce sont parmi les plus grands noms du lyrique et de la danse qui se donnent rendez-vous dans ce lieu magique. Pour l’édition 2027, rien moins que Benjamin Bernheim, Ermonela Jaho, Bryn Terfel, Sara Blanch, Michael Spyres et les Etoiles du Ballet de Hambourg. Entre autres… Avec la construction d’un nouvel auditorium une étape importante va être franchie par ce festival. Pour en savoir davantage nous avons rencontré son directeur artistique : Oriol Aguilá.

Classictoulouse : Cette année, le Festival Peralada fête son 40éme anniversaire.  Vous en êtes le directeur artistique depuis quelle édition ?

Oriol Aguilá : Depuis 2011, c’était la 25ème édition du Festival. Auparavant j’étais le responsable du dossier de fundraising de la reconstruction du Liceu de Barcelone. Finalement je suis resté dans ce théâtre, m’occupant des éditions, du marketing, de l’audio-visuel et toujours du mécénat bien sûr. Après un court passage à la stratégie de la télévision catalane, j’ai rejoint le Festival Peralada.

 Quelle est l’ADN de ce festival ?

C’est Montserrat Caballé qui a suggéré à Carmen Mateu de créer un festival en Catalogne méditerranéenne dans le cadre exceptionnel du château de Peralada. Très clairement l’ADN d’origine, si l’on peut dire, c’est la voix. Mais très vite Rudolf Noureev, qui connaissait le lieu, nous a conseillé d’associer la danse à l’art lyrique. Les deux piliers de ce Festival sont donc ceux-là.

Oriol Aguila – Photo : Jordi Renart

Quelles évolutions a connues ce festival depuis sa création ?

Vous avez raison, ce festival étant une sorte de radiographie sociologique de la population de la Costa Brava, un second festival s’est immiscé dans le premier, plus tourné vers des musiques dites de variété. Il faut souligner que lorsque le Festival Peralada a commencé, le nombre de manifestations de ce type se comptait sur les doigts d’une main. Il y avait Aix, Orange et une poignée d’autres. Aujourd’hui il y en a près de 80 de toutes natures artistiques ! Alors nous sommes revenus à notre ADN pur, le chant et la danse. Il y a 4 ans nous avons initié une édition de Pâques, essentiellement dirigée vers la musique religieuse. C’est un grand moment de recueillement artistique qui se déroule bien sûr lors de la Semaine Sainte, avec un public particulièrement concerné bien sûr non seulement par ce répertoire mais aussi par cet évènement religieux. L’ambiance est totalement différente de celle du festival d’été. Pour moi, cette session de printemps est devenue le joyau de la couronne.

Quels sont les premiers souvenirs de spectacles qui vous viennent à l’esprit ?

La première fois que je suis venu ici écouter de la musique, le Festival en tant que tel n’existait pas encore. J’ai eu le bonheur d’entendre alors Montserrat Caballé et José Maria Carreras. L’autre grand souvenir n’est pas ancien puisqu’il date du 26 juillet 2026 ! C’est la création in loco du Diario di una madre, un cycle de chansons d’Alberto García Demestres avec des textes de Cristina Pavarotti interprétés par la soprano Sabina Puértola et le pianiste Rubén Fernández Aguirre. Il y en a bien d’autres vous vous en doutez ! J’aimerais simplement ajouter une extension du Festival qui s’est déroulée à Rome au mois d’octobre dernier. C’était le début de la commémoration du 40éme anniversaire du Festival avec un programme de musiques catalanes interprétées par des artistes espagnols.

Le Festival Peralada est entièrement privé ou bien bénéficie-t-il de subventions publiques ?

C’est un festival d’initiative privée mais subventionné, en partie, par des institutions publiques. Son caractère philanthropique attire aussi de nombreux et importants mécènes, en plus de la Fondation Peralada détenue par la famille Suqué.

Votre public est-il uniquement catalan ?

Non, pas du tout. Bien sûr la majorité vient de la Catalogne, mais il y a aussi beaucoup de public français, de Toulouse en particulier, et au-delà un public très européen. Notre Festival s’inscrit dans une mouvance internationale. Il est connu bien au-delà des Pyrénées.

Vous développez également un programme de coproductions

Effectivement, notamment avec le Real de Madrid et le Liceu de Barcelone. Ce sont des projets artistiques visant à faire rayonner le Festival dans lesquels nous participons également financièrement. En 1999, nous avons fait une production de Carmen signée Calixte Bieito qui depuis est présentée dans les plus grands théâtres du monde.

Vous allez conclure le présent Festival non pas à Peralada mais à Barcelone en accueillant le prestigieux Orchestre du Festival de Bayreuth dans son arbre généalogique, des extraits du Ring. Un grand moment j’imagine ?

Je tiens à souligner la passion pour Wagner du public catalan depuis toujours. C’est la troisième fois que l’Orchestre du Festival de Bayreuth vient en Espagne. C’est en soi en évènement immense. Si les œuvres de Wagner, à par Le Vaisseau fantôme, n’ont jamais été au programme du Festival, c’est uniquement pour des raisons techniques. En effet, pour des problèmes de luminosité nos spectacles ne commencent jamais avant 22h. Ce timing porterait la fin de nombreux opéras wagnériens vers 4 heures du matin… Ceci étant, nous sommes fiers d’avoir présenté la première espagnole de La Défense d’aimer, un opéra de jeunesse de Wagner, qui avait alors 23 ans, et d’une durée de 2h30 environ.

Oriol Aguila – photo : Festival Peralada

 Pouvez-vous soulever un coin de voile sur la programmation 27 du Festival ?

S’il est trop tôt pour évoquer l’été 2027, par contre l’édition de Pâques de l’année prochaine du Festival Peralada sera marquée le 27 mars par une création mondiale, inspirée des leçons des ténèbres, de la compositrice Raquel García-Tomás (née à Barcelone en 1984). Un autre moment fort du festival de Pâques 2027 est la programmation, pour la première fois ici, de La Passion selon Saint-Jean de Johann Sebastian Bach. Elle sera interprétée par le prestigieux ensemble instrumental MUSIca ALcheMIca fondé par la violoniste espagnole Lina Tur Bonet. Et bien d’autres manifestations bien sûr.

Où en est l’auditorium dont on parle depuis plusieurs années ?

Lors de la présentation du Festival d’été, la troisième génération de la famille Suqué s’est engagée non seulement dans la construction d’un nouvel auditorium mais aussi et cela va de soi, dans la pérennité du Festival. Le dossier est donc lancé mais je ne peux encore vous donner une date d’inauguration. Sur internet il y a des maquettes qui circulent mais ce sera très différent en définitive, un tout autre projet qui s’inscrira naturellement dans le répertoire mozartien mais aussi rossinien et baroque, sans oublier la danse bien sûr.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 28 juillet 2026

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