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Le piano virtuose de Vadym Kholodenko

Vadym Kholodenko au cloître des Jacobins - Photo Classictoulouse

La 47ème édition du festival Piano aux Jacobins poursuit son exploration passionnante des talents actuels du clavier. Médaille d’or du prestigieux Concours international Van Cliburn, Vadym Kholodenko, né à Kiev en 1986, a présenté, ce 11 septembre dernier, un programme musical d’une impressionnante difficulté technique. Une fois de plus, le succès public a été au rendez-vous.

Le cloître des Jacobins a tout d’abord accueilli les accents vertigineux de la Sonate pour piano n° 29 en si bémol majeur de Ludwig van Beethoven, op. 106 dite « Hammerklavier ». Composée entre 1817 et 1819 par un Beethoven complètement sourd, cette partition, intitulée « Große Sonate für das Hammerklavier » (grande sonate pour le piano-forte) était destinée à l’instrument à clavier nouvellement inventé. Les cordes pincées du clavecin étaient cette fois frappées par les marteaux (« Hammer », en allemand) actionnés par les touches, permettant ainsi les nuances piano et forte. D’où son nom de « Clavier à marteaux ». Mieux que quiconque, Beethoven avait conscience de la démesure de ce monument qui reste pour ses interprètes, une sorte d’Himalaya du piano. Il déclara en effet à son éditeur : « Voilà une sonate qui donnera du fil à retordre aux pianistes, quand on la jouera dans cinquante ans ! »

Vadym Kholodenko aborde l’œuvre comme un combat et en exalte les contrastes. La puissance des accords initiaux du premier Allegro déclenche un véritable orage sonore. Quitte à bousculer la dynamique. Tout le mouvement oscille « entre le cataclysme et le silence », comme le caractérise le compositeur et musicologue André Boucourechliev !

Dans le Scherzo, assai vivace, l’interprète ose une sorte d’interrogation à laquelle semble répondre l’évocation d’un cauchemar. L’immense Adagio sostenuto. Appassionato e con molto sentimento qui suit résonne comme un moment d’éternité. Le pianiste en souligne le caractère méditatif proche de celui d’une prière.

Sous ses doigts, l’ultime Largo – Allegro risoluto, joue sur les contrastes dynamiques et expressifs. Jusqu’à cette incroyable et dramatique fugue finale, véritablement explosive, à la limite des possibilités techniques de l’instrument.

Vadym Kholodenko – Photo Classictoulouse

Après de tels déchaînements, la seconde partie de la soirée s’ouvre sur une accalmie reposante. Et une découverte pour la plupart des spectateurs, dont l’auteur de ces lignes… Rendant hommage à ses origines ukrainiennes, Vadym Kholodenko dévoile une partition rare de Boris Lyatoshinsky (1895-1968) composée en 1942 d’après les poèmes de l’écrivain, également ukrainien, Taras Chevtchenko. L’écriture de ces Trois Préludes op. 38 se caractérise par une profonde sensibilité et la richesse d’une poésie musicale particulière. Les accents puissants de la troisième pièce se distinguent de l’ensemble.

La dernière partie du concert renoue avec les déchaînements virtuoses du clavier. Vadym Kholodenko choisit de visiter le recueil des douze Études d’exécution transcendante, dont il extrait six de ces pièces pour piano composées par Franz Liszt d’après les œuvres pour violon seul de Niccolo Pagnini. Elles font partie, avec sa Sonate en si mineur, des partitions majeures pour piano seul du compositeur hongrois, et des œuvres les plus difficiles jamais écrites pour cet instrument. Ce soir-là, la virtuosité de l’interprète n’est jamais prise en défaut, alors que son choix des six extraits explore tous les caractères familiers de l’écriture de Liszt. De l’évocation des vagues menaçantes d’une mer déchaînée aux virevoltes et aux pirouettes ironiques de certains passages, l’exploration digitale de tout le clavier, de l’extrême grave à l’extrême aigu conduit à une mise en valeur rutilante de l’instrument. La sixième des pièces jouées atteint finalement l’intensité d’une éruption volcanique !

Le grand succès public de cette exécution amène le pianiste à offrir un bis. Il s’agit cette fois d’une œuvre de caractère opposé. Aussi intériorisé qu’une prière, l’un des Préludes pour orgue de Johannes Brahms transcrit pour le piano par Ferruccio Busoni ramène une apaisante sérénité après les déchaînements lisztiens !

Serge Chauzy

Programme

L. van Beethoven : Sonate n°29 en si bémol majeur, op. 106 « Hammerklavier »

B. Lyatoshinsky : Trois Préludes, op. 38

F. Liszt : 6 études d’exécution transcendante d’après Paganini

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