Disques

Un « Combat » en… première mondiale

Ecrit en 1624 mais publié seulement en 1638, Il Combattimento est un vrai monument. Non pas au sens des moyens à mettre en œuvre pour l’exécuter mais  par la place qu’il tient dans l’Histoire de la musique et plus particulièrement de l’opéra.

 

Cette cantate dramatique, dont le texte est extrait de La Jérusalem délivrée du Tasse, décrit l’ultime combat que se livrèrent Tancrède, chevalier chrétien, et Clorinde, jeune fille sarrasine entièrement revêtue d’une armure. Quelques temps auparavant et pour avoir seulement aperçu une fois son front, Tancrède est tombé amoureux de Clorinde. L’issue du combat nocturne sera défavorable à cette dernière qui, dans un ultime effort, ôtera

son heaume et demandera à Tancrède, foudroyé par cette révélation, de la baptiser. Figurant dans le huitième livre des Madrigaux guerriers et amoureux, ce véritable opéra d’une demi-heure utilise, met en lumière, le stile concitato, ou encore le « genre animé » exigeant des interprètes, musiciens et chanteurs, la capacité à exécuter de manière très rapide des notes ou des accords répétés, un procédé permettant de recréer la pyrrhique, cette danse de l’Antiquité grecque qui s’exécutait les armes à la main. L’orchestre nous donne à entendre aussi bien le galop des chevaux que les pas lourds des combattants se rapprochant l’un de l’autre, mais aussi le fracas des armes. Autant dire que la version, ici enregistrée en première mondiale, remplaçant la formation originale qui prévoit quatre violes, une contrebasse et un  clavecin par un ensemble de cuivres, est particulièrement bien venue. D’autant que la partition d’origine a été scrupuleusement respectée. Et l’on peut même se demander quelle est la plus légitime, vu le résultat obtenu. Il est vrai que Les Sacqueboutiers sont non seulement  passés maîtres dans l’art de ces instruments (cornets et sacqueboutes) mais également dans l’interprétation de ce musicien. Alternant avec une même puissance expressive les affrontements martiaux et les moments d’une haute élévation spirituelle, ils nous proposent un Combat inouï rendant l’hommage qui lui revient à un compositeur de génie, créateur et visionnaire.

Saluons bien sûr pour leur parfaite interprétation les trois solistes de cet enregistrement : Furio Zanassi (Testo), Juan Sancho (Tancrède) et Adriana Fernandez (Clorinde).

Suit une paraphrase sur le présent madrigal, interprétée par le clarinettiste Jean-François Verdier, une œuvre signée du compositeur anglais Alexander Goehr, écrite en 1969. Elle suit scrupuleusement la trame dramatique de ce Combat, lui offrant au passage une nouvelle jeunesse que n’aurait certainement pas désapprouvée le Crémonais.

Paolo Quagliati (1555- 1628) clôt ce disque avec un petit opéra sur un livret de Pietro della Valle donné sur un char à Rome en 1611 lors du carnaval : Il carro di fedelta d’amore. Œuvre d’une incontestable portée philosophique, ce « char » représente l’Homme dans toute sa complexité. Les mêmes interprètes que ceux du Combat nous font découvrir cette partition avec une passion identique.

Au total un disque qui sort largement des sentiers battus et met en lumière d’éclatante façon la ductilité du talent des Sacqueboutiers, cet ensemble toulousain aujourd’hui au sommet de son art.

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