Danse

La Reine Morte, le drame mis en danse…

La reprise de cette œuvre que Kader Belarbi créa pour le Ballet du Capitole en octobre 2011 est certainement l’un des moments forts de la programmation de la saison 2014-2015 au Capitole. En effet, ces grands ballets, comme Le Corsaire ou La Reine Morte, emportent généralement l’adhésion d’un public friand de retrouver la splendeur du classique.
Composant, sur cette histoire vraie et pourtant si romancée par les récits et les œuvres littéraires qu’elle a inspirés, une œuvre extrêmement narrative, le chorégraphe a fait le choix d’une grammaire essentiellement classique. Bien sûr, ici ou là existent des réminiscences que le spectateur attentif peut-reconnaître, emprunts-hommages aux grands ballets du répertoire, ancrés dans la mémoire des balletomanes.

María Gutiérrez-Davit Galstyan © David Herrero

L’évolution dans le temps de la réflexion du chorégraphe, la présence de nouveaux interprètes ont amené Kader Belarbi à procéder à certains remaniements, qui n’ont pas eu d’incidence notoire sur le déroulé du ballet. Le couple Doña Inès-Don Pedro est encore plus magnifié, le roi Ferrante garde cette imposante présence sur scène, le travail des garçons est encore plus épuré et travaillé. La force, voire la violence des sentiments, qui font le quotidien de cette cour lusitanienne, sous-tendent en permanence la chorégraphie, en contrepoint des moments extrêmement lyriques qui parcourent le ballet.

Julie Charlet et Avetik Karapetyan

© David Herrero

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Les couples María Gutiérrez-Davit Galstyan et Julie Charlet-Avetik Karapetyan dansaient en alternance Doña Inès et Don Pedro. Dans ce rôle, qui semble complètement écrit pour elle, María Gutiérrez est lumineuse d’amour juvénile, tendre et fou au début de l’œuvre pour ensuite exprimer toutes les nuances de la supplique, du désespoir, de l’espérance bafouée, pour terminer dans l’immatérialité d’un souffle.

Une fois de plus elle fait ici la démonstration de ses incroyables qualités dramatiques, mises au service d’une technique sans faille. A ses côtés, en partenaire attentif, Davit Galstyan, dont nous connaissons tous la fouge, l’énergie et la puissance, incarnait un Don Pedro tour à tour éperdument amoureux et en révolte contre l’autorité du roi. Ces deux danseurs ont atteint ici une parfaite osmose qui culmine dans leur dernier pas de deux sur l’andante de Francesca da Rimini, ajoutant à l’émerveillement du spectateur.

La 2ème distribution réunissait Julie Charlet et Avetik Karapetyan. Elle nous donne une très belle Doña Inès, à la technique très sûre, peut-être moins dramatiquement présente, mais dont le sourire illumine en permanence cette sombre cour.

Nouvellement arrivé dans la Compagnie, le danseur trouvait ici un rôle plus étoffé que celui de A nos amours. Il y sert admirablement la chorégraphie de Kader Belarbi : vitesse d’exécution, virtuosité des tours, pureté des pirouettes, élégance et noblesse des gestes et du port, il nous montre ici un Don Pedro peut-être plus intériorisé que celui de Davit Galstyan, mais là réside la magie de l’interprétation, l’un et l’autre faisant ressortir différentes facettes du personnage.

Demian Vargas © David Herrero

Artyom Maksakov assurait le rôle du roi Ferrante pour l’ensemble des représentations, après la blessure, à l’issue de la première, de Valerio Mangianti. Il en fait un roi noble, autoritaire, insensible, mais que l’on sent fortement tourmenté par la rébellion de son fils, par les intrigues de cour, sous l’influence pernicieuse de son Conseiller, et peut-être aussi par la secrète attirance qu’il ressent pour cette si belle et si vivante Doña Inés, que la raison d’état condamne à la mort.

Demian Vargas (au demeurant l’homme le plus doux de la terre) campe, quant à lui, un Conseiller aussi cruel qu’effrayant, démontrant une fois de plus ses dons d’interprète, mais aussi sa grande technique dans le remarquable pas de neuf des danseurs, qui tous exécutent à la perfection une chorégraphie exigeante et qui ne souffre aucun manque d’ensemble.

Valerio Mangianti et

Artyom Maksakov © David Herrero

Juliette Thélin et Béatrice Carbonne étaient en alternance l’Infante, bafouée dans sa noblesse par les choix de Don Pedro. Elles excellent l’une et l’autre dans cette chorégraphie violente, heurtée, avec plus de fougue chez Juliette Thélin, tandis que Béatrice Carbonne ne se départit pas de sa majesté d’Infante.

Le corps de ballet s’illustre de belle façon dans le bal baroque du premier acte. L’intermède des bouffons est certes très plaisant, mais fallait-il vraiment qu’il soit aussi long et donc parfois redondant ?

Dans la partie plus onirique du deuxième acte, l’intervention des danseuses dans un style très « Wilis » fait un charmant écrin aux protagonistes, assurant avec un bel ensemble une chorégraphie des plus classiques.
Mais pourquoi diable les avoir affublées de ces bonnets de style mormon qui enferment les visages ?!

Alors que pour l’ensemble du ballet il faut souligner la beauté des décors de Bruno de Lavenère, la magnificence des costumes d’Olivier Bériot et de très belles lumières de Sylvain Chevallot. Pour accompagner cette histoire d’amour et de mort, Kader Belarbi avait choisi une mosaïque d’extraits d’œuvres de Tchaïkovski, qui aurait pu sembler hétéroclite, mais qui, grâce à la baguette de Koen Kessel à la tête de l’Orchestre du Capitole, ajoute à la magie de ce spectacle.

Juliette Thelin © David Herrero

Il semble dommage cependant que la programmation de ce spectacle en pleines vacances scolaires (fait si récurrent pourtant !) ait privé certains spectateurs de ce plaisir, les sirènes de la neige étant, en apparence, plus fortes que celles de la Danse !

A l’issue de la première représentation, Kader Belarbi recevait des mains de Brigitte Lefèvre, ex-directrice de la Danse de l’Opéra de Paris, la médaille d’Officier de l’Ordre du Mérite, en reconnaissance de son travail pour la défense de la Danse. Qu’il en soit ici félicité !

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