Concerts

La viole en majesté

Le salon rouge du musée des Augustins, plein à craquer, accueillait le 18 novembre dernier, Jordi Savall et son ensemble Hespèrion XXI pour le concert d’ouverture de la saison des Arts Renaissants. On ne pouvait rêver programmation plus festive pour une telle manifestation. Avec la section de violes de cet ensemble prestigieux, le musicien catalan avait préparé un de ces menus particuliers qui font rêver et qui s’apparentent à un voyage initiatique.

Pas moins de cinq des grands violistes de notre temps étaient ainsi réunis. Autour de Jordi Savall lui-même, Sergi Casademunt, Guido Balestracci, Lorenz Duftschmid et Xavier Puertas (ce dernier au violone, la plus grande des violes, voisine de la contrebasse), constituaient ce magnifique ancêtre du quintette à cordes. Xavier Diaz-Latorre, au luth, et Lucas Guglielmi, à l’orgue et au clavecin, complétaient le dispositif instrumental destiné à exalter cet âge d’or, majoritairement anglais, du « consort de violes ».

Jordi Savall à la viole de gambe

La soirée s’ouvre sur la douce langueur du « Semper Dowland, semper dolens » du grand John Dowland. Cette nostalgie profonde trouve immédiatement son opposé dans la gaillarde du Roi du Danemark, du même compositeur, qui développe ce rythme terrien, paysan que l’ensemble de violes ponctue avec bonhomie. Le vaste paysage des pièces anglaises ainsi interprétées en dit long sur la richesse musicale et expressive des artistes de cette époque dorée. Orlando Gibbons et la virtuosité de ses pièces, Clement Woodcock, injustement oublié, dont la polyphonie subtile et complexe de « Browning my dear » suit un crescendo à couper le souffle, William Lawes, lui aussi peu connu, dont Jordi Savall et ses musiciens exaltent les splendeurs de la « Pavane à 5 », Anthony Holborne qui déploie un rythme étonnant dans sa gaillarde « The Fairie-round », constituent des exemples caractéristiques de ce foisonnement intime.

Et puis, bien sûr, le porte-drapeau de toute cette littérature, le grand Henry Purcell, brille de tous ses feux. Outre quelques pièces isolées, comme ces deux savoureuses « Fantasias 7 et 12 », et cette autre fantaisie sur une seule note, comme un bourdon obstiné, Jordi Savall choisit très opportunément de terminer chacune des deux parties du concert par une suite extraite de son célèbre opéra « The Fairy Queen ». Une musique de la vie, du théâtre : irrésistible « Dance of the Haymakers », évocation des sorcières de Didon et Enée dans la « Dance of the Fairies »…

Obstinément rappelé par un public chaleureux, Hespèrion XXI retrouve un compositeur allemand, cette fois, dans une pièce brillante de Samuel Scheidt. La soirée s’achève sur une savoureuse improvisation de l’ensemble des interprètes sur le fameux thème « ostinato » de Canarios. Jordi Savall y témoigne d’une incomparable imagination musicale qui réjouit son public.

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