Entretiens | Opéra

« Les maisons d’opéra doivent proposer au public une expérience d’art total » Claire Roserot de Melin

Le Théâtre du Capitole - photo: Christophe Carasco

Alors que la saison 26/27 de l’Opéra national du Capitole vient de s’ouvrir sur un nouveau et retentissent triomphe de la Rusalka mise en scène par Stefano Poda, il nous est apparu important, au vu de la situation générale de la profession de nos jours, d’évoquer ce sujet brûlant avec Claire Roserot de Melin, Directrice générale de l’Etablissement public du Capitole, membre du Conseil professionnel du Centre national de la musique et du Syndicat Les Forces Musicales rassemblant aujourd’hui 50 opéras et orchestres français.

Rencontre

Classictoulouse : Quels sont les chiffres significatifs de la fréquentation du Capitole lors de la saison 25/26 ?

Claire Roserot de Melin : Nous venons de passer la barre symbolique des 200 000 places vendues ainsi que le seuil tout aussi symbolique des 10 000 abonnements. C’est un témoignage sans appel de la bonne santé de la maison Capitole qui regroupe opéras, ballets et concerts à la Halle aux grains. Le taux de fréquentation pour le Théâtre du Capitole est de 98,5%. Il est difficile de faire plus !

 Dans quelle mesure ces chiffres ont-ils évolué depuis la fin de la pandémie et avant la pandémie ?

Les chiffres avant la pandémie et après la fin de celle-ci nous démontrent une dynamique de progression constante à ce jour. Nous nous apercevons que, dans le temps, le Covid ne l’a pas freinée. Le taux de fréquentation est lui aussi en nette hausse sur cette période.

Comment se présente, en terme de fréquentation, la saison 26/27 ?

A ce jour le nombre d’abonnements pour la saison 26/27 est égal déjà à celui de la saison écoulée, alors que la campagne de souscription dure encore un peu plus d’un mois.Ceci étant, nous ne tenons pas à avoir un nombre d’abonnés record, même si cela est pour nous un gage encourageant et quelque part rassurant de fidélité. Mais nous voulons également conserver la capacité à vendre des places à l’unité tout au long de l’année pour pouvoir accueillir ceux qui n’ont pas nécessairement anticipé leur venue. Il s’agit de trouver un bon niveau d’équilibre.

Des rumeurs font état d’un Capitole désormais à guichet fermé pour toute la saison ?

J’ai entendu cette rumeur. Elle nous colle à la peau et elle est compliquée à gérer. Il est exact que la saison passée les spectacles se sont joués à guichet fermé. Mais ce que je veux dire haut et fort c’est que, pour chaque spectacle, dans les dix derniers jours avant le spectacle, nous mettons en vente des places qui se libèrent, soit venant d’un quota de servitudes non utilisées, soit réservées pour des PMR et non vendues, soit des réservations qui sont annulées. Mon conseil est de visiter régulièrement notre site internet, se mettre aussi sur liste d’attente. A l’heure où nous nous parlons il reste de la place pour presque tous les spectacles, même pour Rusalka ! Et il y en aura au dernier moment pour le Barbier de Séville. Un autre conseil tient à la découverte d’œuvres que l’on n’irait pas voir spontanément, comme par exemple Le Roi Arthus donné en avril prochain ou encore Medea de Cherubini affichée en fin de saison, car ce sont des propositions d’un très haut niveau musical et artistique, comme d’ailleurs tout ce que propose Christophe Ghristi (ndlr : directeur artistique du Capitole). Il ne faut surtout pas hésiter.

Claire Roserot de Melin

 Beaucoup affirment que l’âge moyen du public à l’opéra est de plus en plus avancé

Nous sommes sur 23% de public ayant moins de 27 ans. Et nous cherchons à faire grimper ce pourcentage.  C’est un taux qui dépend énormément des spectacles jeune public à l’affiche. Cette année, avec les 5 représentations scolaires et 5 tout public du ballet Le Petit Chaperon rouge et les 9 représentations du ballet Les Trois mousquetaires, je pense que ce chiffre va évoluer. Je voudrais souligner à présent, si vous le permettez, l’importance du Club Capitole Jeune que nous avons créé il y a deux ans et qui, moyennant une adhésion de 10€, que le jeune de moins de 27 ans peut payer avec son Pass Culture, lui permet de découvrir autrement qu’au cours d’un spectacle l’opéra, le ballet et l’orchestre. Il est invité à rencontrer des artistes, à visiter nos installations, à assister à des conférences qui leurs sont dédiées. Et cela marche très fort. Nous travaillons en relation avec des ambassadeurs étudiants avec lesquels nous partageons et structurons ces rencontres et autres ateliers. Leur retour est enthousiasmant. C’est un vrai travail de fond à destination des jeunes et des étudiants. Le Club Capitole Jeune est soutenu par la société Liebherr-Aerospace.

De nombreuses institutions, privées ou publiques, sont au bord du gouffre soit par manque de public, soit par la baisse des subventions, soit les deux conjugués, ce qui les amène à réduire considérablement leur programmation avec l’effet dévastateur à long terme que cela provoque.  Où en est le Capitole ?

Le Capitole va bien. Inutile je pense de revenir sur la fréquentation, nous l’avons déjà évoquée. Nous avons un soutien solide de la Métropole, qui est non seulement notre premier financeur, avec 73% du budget, mais également notre tutelle. Je pense qu’il n’y a pas débat là-dessus, d’autant que nous sommes largement plébiscités par le public.Nous devons participer à l’effort collectif en matière de dépenses mais la Métropole nous fait entièrement confiance quant à la sauvegarde de l’outil. Aujourd’hui nous ne sommes pas épargnés : 20 postes sont gelés dans l’établissement, et toute l’activité est pensée de façon astucieuse pour maintenir malgré la contrainte budgétaire une programmation dense et de haut niveau. Nous faisons le maximum avec l’outil dont nous disposons. Si nous regardons du côté de l’Etat, la subvention est de 3,37 millions à part quasi identique entre le théâtre et l’orchestre ; elle a subi une coupe de 5% cette année, mais à ce jour nous attendons toujours le versement du solde de 50%. Pour tout vous dire, c’est surtout pour le budget 2027 que je suis inquiète. Notre activité se projette plusieurs années à l’avance et dans un contexte pareil, c’est un peu le brouillard de ce côté-là.

Dans quelle situation se trouvent les théâtres lyriques en France aujourd’hui, mis à part l’Opéra de Paris ?

Il est difficile de répondre de manière homogène à cette question. Il y a des petites maisons qui vont bien et des plus importantes qui ne vont pas du tout. Mais nous avons en commun de gérer non seulement l’incertitude mais aussi une absence trop grande de perspective sur les 4/5 ans à venir. Le problème est aigu pour les maisons avec des taux de fréquentation faibles. Le danger à mon avis est l’abandon par certains théâtres de leur ADN : l’opéra dans toutes ses composantes et avec un respect absolu des œuvres. Réduire le nombre de musiciens, revisiter les ouvrages pour qu’ils s’adaptent à des financements en berne ne peut qu’aboutir à la fuite définitive du public. Les maisons d’opéra doivent proposer au public une expérience d’art total, sinon ce n’est plus de l’opéra. Je suis persuadée qu’il ne faut pas dénaturer les œuvres car cela fragiliserait durablement à moyen terme nos établissements.

Claire Roserot de Melin – Photo : Pierre Béteille

Cela fait bientôt 7 ans que vous êtes arrivée comme administratrice générale de l’Opéra national du Capitole.  Quelles lignes avez-vous l’impression d’avoir fait bouger ?

Sous l’angle de la gestion, il est clair que notre labellisation et la création d’un établissement public ont porté des changements majeurs dans le fonctionnement de la maison, en particulier en termes d’efficience des décisions et de gouvernance. Sous un angle plus général, je dois dire qu’en arrivant ici j’avais l’impression d’avoir un théâtre d’un côté et un orchestre de l’autre. Aujourd’hui, nous sommes une seule maison en inscrivant une transversalité d’intérêts partout où elle s’impose. Et cela sans affaiblir l’identité de chacun. J’ai vite compris que ce serait le défi que je devrais relever ! Bien sûr je n’ai pas été seule à la manœuvre. C’est un travail d’équipe, notamment avec Christophe Ghristi. Pour répondre pleinement à votre question il me manque une donnée : ce qui se passait ici avant mon arrivée, donc je ne peux pas exactement matérialiser la différence. Nous avons tous conscience de porter un outil plus grand que nous, un outil qui ne nous appartient pas et que nous devrons transmettre un jour dans la meilleure santé possible. Dans ces conditions il ne peut être ici question d’égos. Avant nous des personnes ont pris de bonnes décisions pour déposer dans nos mains un outil fabuleux, un outil qui existera bien après nous. Il nous appartient de faire de même. C’est une immense responsabilité.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 18 septembre 2026

Partager

Au Capitole, l’incandescence lyrique de Rusalka
Nouvelle distribution et nouveau triomphe
Flûtes et percussions, les Clefs du duo complice
Ce lundi 21 septembre 2026 à 19h30, la Chapelle des Carmélites recevait le premier concert « hors abonnement » et « hors les murs » de la 27ème saison des Clefs de Saint-Pierre
« L’opéra peut devenir l’une des clés d’une spiritualité perdue » Stefano Poda
J’ai toujours aimé Rusalka, mais, pour une raison qui m’échappe, je n’avais jamais envisagé de la monter
Le 1er octobre, Tarmo Peltokoski ouvre la saison symphonique de l’ONCT
Pour ce premier concert de la saison de l’Orchestre national du Capitole à la Halle aux Grains de Toulouse, Tarmo Peltokoski et le jeune et grand violoniste suédois Daniel Lozakovic proposent un programme musical particulièrement original et novateur.
Opéra, ballet, théâtre au cinéma, demandez le programme !
Le Metropolitan de New York, l’Opéra de Paris et la Comédie Française vous donnent rendez-vous dans les cinémas Pathé.
L’angoisse du doute
Quand la vérité tangue dans tous les sens, les rebondissements s’enchaînent, tout comme les fausses pistes.