L’avant-dernier spectacle proposé par les Arts Renaissants pour cette saison 25/26 nous a fait faire un grand voyage. Ce magnifique périple est parti d’Italie direction l’Argentine en passant par l’Espagne, la France et un petit tour aux USA.
Depuis Naples, le mandoliniste français Julien Martineau nous présente le compositeur Raffaele Calace (1863-1934). Il a d’ailleurs ouvert ce concert avec le Preludio de ce compositeur, mandoliniste lui-même ainsi que luthier de son état. Immédiatement après, Julien Martineau enchaîne avec le célébrissime Asturias d’Isaac Albeniz (1860-1909), un prélude destiné au piano par son compositeur et qui connaît par la suite une renommée mondiale dans sa version pour guitare. Julien Martineau va nous faire découvrir sa propre version pour mandoline, une transcription qui imprègne cette pièce archi-connue de couleurs nouvelles, traversée des mystères d’une nuit pleine d’ivresses. C’est à présent au tour du jeune pianiste toulousain (20 ans !) Constant Despres. Son programme solo inclut l’Alborada del gracioso (Maurice Ravel), la Danse espagnole pour piano en ut mineur op 37 d’Enrique Granados et les Danzas argentinas d’Alberto Ginastera. Les rythmes et les couleurs hispanisantes de ce parcours sont claires et nettes et nous transportent sous les doigts appliqués du jeune interprète vers des sommets de jubilation musicale.

Petit tour à Cuba avec, non pas le répertoire, mais Rolando Luna, pianiste du mythique Buena Vista Social Club. Avec lui nous entrons dans une autre dimension, celle d’une communion intense avec le public. Il nous propose un solo étourdissant d’improvisations et de variations sur des mélodies célèbres, passant de Bach à Debussy, de Massenet à… Claude Nougaro, etc. Un feu d’artifice dont il est inutile ici de souligner la virtuosité. Le moment est venu pour ces trois musiciens de jouer ensembles. C’est d’abord Julien Martineau en duo avec Constant Despres pour le maestoso du concerto pour mandoline et piano n°2 de Raffaele Calace. Alors que Julien Martineau s’éloigne, il est remplacé par Rolando Luna non pas à la mandoline mais au piano pour accompagner Constant Despres au mélodica, instrument produisant un son tout à la fois d’harmonica (le musicien souffle dans l’instrument) et d’accordéon (le – petit – clavier se porte en bandoulière verticalement). Ils interprètent Oblivion d’Astor Piazzolla. La magie de cette pièce ainsi jouée opère immédiatement et nous voilà ensorcelés par ses mélismes nous attirant irrémédiablement dans les rythmes du tango nuevo.

Fin de partie avec les trois musiciens convoquant pour cette apothéose l’Introduction du Concerto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo, Chick Corea et son Spain, enfin le Liber tango d’Astor Piazzolla.
La fête fut belle et le public particulièrement enthousiaste.
Robert Pénavayre
Photos : Monique Boutolleau
