Festivals | Opéra

Verdi, encore et toujours

Audrey Saint-Gil (piano) et Freddie De Tommaso (ténor)

Freddie De Tommaso a fait ses débuts au Festival Peralada le 8 avril 2023 pour la première édition pascale de cette manifestation. Le revoilà pour le plus grand plaisir des amateurs de belles voix, et ils sont nombreux en Espagne, en ce 28 juillet de la même année, dans un programme dont l’énoncé seul donne le ton : Viva Verdi !

Et comment en serait-il autrement de la part d’un lirico-spinto comme cet italo-britannique qui s’apprête à franchir (l’an prochain) le cap de la trentaine. Malgré son jeune âge, la planète lyrique a déjà reconnu en lui un épigone, au sens noble du terme, de Mario del Monaco. Il en a la puissance de projection, le métal du timbre, l’homogénéité des registres. Mais les qualités de ce ténor ne s’arrêtent pas là. Le phrasé, ample et généreux, la rondeur de l’émission, le cantabile, la recherche permanente d’une musicalité accomplie, achèvent de tracer le portrait vocal d’un chanteur de premier plan. Bien sûr, certain de sa technique, Freddie de Tommaso aurait tendance à se montrer un peu trop généreux dans les décibels. Cela dit l’acoustique particulière de l’Eglise des Carme n’est pas spécialement réductrice en la matière… Il n’empêche, tout au long de ce récital, Freddie de Tommaso nous montre qu’il travaille aussi sur les diminuendos et les demi-teintes (parfois un brin téméraires). Mais à cet âge et vu l’instrument, que ne pardonnerait-on pas ? Pour preuve, ce n’est pas le Di quella pira du Trovatore qui est au programme mais l’air beaucoup plus bel cantiste qui le précède : Ah ! Si, ben mio (avec trilles s’il vous plaît). D’autres grands ouvrages verdiens sont donc au répertoire de ce récital : I Lombardi, Il Corsaro, Luisa Miller, La traviata, Aroldo, Un ballo in maschera. Des mélodies signées du natif de Roncole sont également au programme. L’interprète y est apparemment moins à l’aise. Collé aux partitions, le ténor se montre moins convaincant. L’évidence est là, son terrain d’élection se trouve au cœur des grands élans opératiques, ces moments de fusion entre une voix et un personnage, des moments réclamant un engagement sans limites. Et des limites, Freddie de Tommaso n’en a pas beaucoup !

Freddie de Tommaso en récital au Festival Peralada 2023

Dommage alors que l’accompagnement musical de cette soirée ait été confié à Audrey Saint-Gil, pianiste, et chef d’orchestre au demeurant, mais ce soir-là d’une sècheresse de ton qui tient plus de l’affrontement avec le soliste que du tapis de velours que l’on attend de voir se dérouler pour ce genre d’exercice.  Dans tous les cas, une soirée fortement plébiscitée par le public qui obtient, à force de standing ovation, deux bis : E lucevan le stelle (La Tosca, de Puccini) et une mélodie napolitaine.

Pour information et si vous voulez revenir entendre ce ténor, ses prochains rendez-vous, d’ici un an (!), sont les suivants : Vienne, Barcelone, Milan, Madrid, Naples, Parme, Berlin, Munich, Santa Fe, Vérone…  A vos agendas !

Robert Pénavayre

Photos : Miquel Gonzalez

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