Festivals | Opéra

Une folle journée mozartienne au Festival de la Vézère

Les Noces de Figaro - Festival de la Vézère 2025 - Diva Opera

Le week-end opéra de la 44ème édition du Festival de la Vézère s’est ouvert le 8 août au Domaine de Sédières par une représentation des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart, un spectacle qui a été redonné dans la Grange du Château du Saillant deux jours après. C’est la troupe britannique Diva Opera qui, comme chaque année, est à la manœuvre avec le talent que nous lui connaissons depuis bientôt trente ans !

Et comme à chacun de ces rendez-vous lyriques précieux entre tous, le miracle s’accomplit. Miracle ? Pourquoi ? Tout « simplement » parce que cette Compagnie, digne successeur du théâtre de tréteaux tel que le connut Molière, parvient, grâce à son talent, à donner vie à des ouvrages lyriques sur une scène qui ne dépasse pas les 20 mètres carrés, avec décors, costumes, lumières, mise en scène. S’il n’y a pas d’orchestre, d’ailleurs où serait-il, il y a le piano « symphonique » du directeur musical et fondateur de cette troupe : Bryan Evans. Imperturbable dans sa queue de pie et son col cassé, alors que la température…, il prend à bras le corps les partitions intégrales des opéras en tournée. La connivence entre chanteurs et pianiste est le fruit d’un énorme travail en amont dont le résultat est sidérant de précision. On ne sait jamais qui suit qui, même dans les ensembles les plus complexes, et ces Noces de Figaro en présentent quelques-uns. Aucun décalage n’est à noter. C’est de l’horlogerie suisse. Ce qui n’empêche pas Bryan Evans d’imprimer une puissante dynamique à son interprétation.

Les Noces de Figaro – Festival de la Vézère 2025 – Diva Opera

Et qui dit troupe, dit fidèles. C’est ainsi que nous retrouvons Wayne Morris à la mise en scène et Nicola Jackson aux costumes. Pas de transposition iconoclaste ici chère au regietheatre de l’Est mais une scrupuleuse attention aux didascalies posées sur la partition par le compositeur.  Il n’y a plus qu’à écouter plutôt qu’à se demander en permanence ce qui se passe sur scène. Car sur ce minuscule podium, tout est clair, limpide et intelligent. Une direction d’acteur au cordeau, quatre accessoires (une table, une méridienne…) et des chanteurs qui incarnent leur personnage avec une justesse de ton ébouriffante et un engagement qui ne l’est pas moins. Du grand art assurément.

Tereza Gevorgyan (Susanna), Leilani Barratt (Cherubino) et Mary McCabe (La Comtesse) – Les Noces de Figaro – Festival de la Vézère 2025 – Diva Opera

Le duel des clés de fa

Cet opéra prérévolutionnaire, créé en …1786, oppose deux mâles se déchirant. L’un est mort mais il ne le sait pas encore. C’est le Comte Almaviva. Celui que l’on a connu plus glamour dans Le Barbier de Séville est, vingt ans après avoir chipé Rosina à Bartolo, un noble en quête de ses droits passés, dont celui de cuissage. Il trouve chez le baryton franco-canadien Jean- Kristof Bouton un interprète racé, à la voix puissante et homogène dans tous les registres. Face à lui se dresse Figaro, celui qui va dire non à cette injustice d’un autre temps, d’autant que la victime n’est autre que sa fiancée Susanna. Le baryton britannique Ambrose Connolly campe ce révolutionnaire avec une autorité remarquable tant d’un point de vue scénique que vocalement, mettant à la disposition de ce rôle un organe d’une belle couleur, dont la maitrise autorise de magnifiques nuances et un très beau phrasé. On comprend qu’il se batte pour sauvegarder la Susanna du soprano arménien Tereza Gevorgyan, interprète dont la fraicheur et le piquant, le timbre lumineux et le chant stylé en font la véritable héroïne de cette folle journée. La soprano irlandaise Mary McCabe impose avant tout une présence d’une beauté magnétique dans la compassion que sa Comtesse nous suggère. Un grande dame bousculée et déçue par la vie mais qui donnera in fine une véritable leçon à son lamentable époux. Le chant est magnifique de style et d’intention. On n’est pas près d’oublier le Cherubino de la soprano britannique Leilani Barratt. Portant à merveille le travesti, elle est l’image même de la passion amoureuse juvénile, nous délectant avec gourmandise de ses deux célèbres arias : Voi che sapete et Non so più cosa son.  Le baryton-basse anglais Matthew Hargreaves ne fait qu’une bouchée de Bartolo aux côtés de sa commère, le mezzo britannique au timbre mordoré Louise Mott (Marcellina). Saluons également le soprano cristallin de l’Australo-suisse Sophie Mohler (Barberina), le ténor de l’Irlandais Michael Bell (Curzio) que nous retrouverons le lendemain dans le rôle d’Ernesto, le baryton sonore de l’Ecossais David Stephenson (Antonio) et le délirant ténor de caractère du Britannique Peter Van Hulle, qui trace ici un portrait pétri d’obséquiosité à hurler de rire de Basilio.

Au centre Mary McCabe (La Comtesse) et Jean- Kristof Bouton (Le Comte ) – Les Noces de Figaro – Festival de la Vézère 2025 – Diva Opera

Des Noces douces-amères qui, malgré leur lieto fine, annoncent en creux des temps violents et meurtriers.

Enorme et légitime succès.

Robert Pénavayre

Photos : Olivier Soulié

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