Festivals

Un grand souffle de fraîcheur

Ce 26 juillet, au soir d’une journée dramatique marquée par une nouvelle tragédie liée au terrorisme, le festival Toulouse d’Eté réservait à son public, venu nombreux, un moment d’une consolante fraîcheur. L’Orchestre de Chambre de Toulouse, dirigé par Gilles Colliard, accompagnait la jeune soprano Anaïs Constans dans un large choix de mélodies que Joseph Canteloube transcrivit avec passion à partir de chants populaires du terroir français, ses fameux Chants d’Auvergne. Un beau moment de ferveur simple et profonde.
Personne ne pouvait oublier l’événement tragique survenu le matin de ce même jour. Aussi, après la bienvenue souhaitée par Alain Lacroix, directeur du festival, Marie Déqué, déléguée aux musiques de la municipalité de Toulouse, s’est adressée brièvement au public qui s’est rassemblé pour observer une émouvante minute de silence. La musique qui a suivi a ainsi en quelque sorte apaisé l’atmosphère et apporté un réconfort grandement souhaitable.

Anaïs Constans et Gilles Colliard présentant chaque mélodie – Photo Classictoulouse –

Comme l’évoque Gilles Colliard en ouverture de soirée, Joseph Canteloube, avec ses Chants d’Auvergne, a joué, au tout début du XXème siècle, un rôle équivalent à celui de Béla Bartók en Hongrie et en Roumanie au cours de ce même siècle. Il a su collationner auprès des personnalités authentiques de son terroir les chants populaires transmis par tradition orale de génération en génération. Conservant les mélodies originales, somme toute assez simples, le compositeur les enveloppe dans un accompagnement orchestral d’une grande richesse harmonique qui atteint parfois une étonnante complexité. L’écriture originale pour grand orchestre de Canteloube a été adaptée par le compositeur et arrangeur Jean-Guy Bailly (disparu en 2009) à un effectif plus réduit. C’est cette version que l’Orchestre de Chambre met au service de la voix belle et fraîche d’Anaïs Constans. Conçu en cinq séries de cinq à huit chants chacune, ce recueil n’a pas été intégralement transcrit par Bailly. Le programme de cette soirée présente ainsi la totalité des trois premières séries et un chant de la quatrième série.

On connait maintenant les grandes qualités vocales, musicales et expressives d’Anaïs Constans. La jeune montalbanaise excelle dans les répertoires les plus divers, de l’oratorio à l’opéra en passant par la mélodie. Son art sans affectation, la richesse de son timbre rond et chaleureux trouve dans ces chants traditionnels un terrain idéal dans lequel le naturel exprime une sorte de vérité immanente. L’impact sur le public est d’autant plus fort que la soprano et le chef se chargent de dévoiler en français les textes occitans de chaque mélodie. Alternent ainsi des moments de comédie irrésistible et des plages d’une profonde nostalgie. Les rivalités homme-femme, les jeux de séduction, le chagrin, la joie trouvent immédiatement le chemin du cœur de chacun.

Anaïs Constans et l’Orchestre de Chambre de Toulouse dirigé par Gilles Colliard

– Photo Classictoulouse –

Les deux premiers chants donnent le ton. Le marivaudage coquin du tout premier, La pastoura als camps (La bergère aux champs), est suivi de la grandeur nostalgique de Baïlero, un chant de berger de Haute Auvergne. On retrouve ce contraste radical entre le très touchant Pastourelle et le malicieux L’Antouènou (L’Antoine) de la deuxième série dont l’émotion culmine dans le bouleversant La delaïssàdo (La délaissée). La même dualité se retrouve dans la troisième série avec le lyrisme poétique de Passo pel prat (Viens par le pré) et l’ironie piquante de Lou boussu (Le bossu). Ainsi se succèdent de pétillants tableaux empreints d’une authenticité terrienne et d’une fraîcheur réconfortante.

Anaïs Constans endosse successivement tous ces costumes d’une voix ferme mais intensément poétique, capable d’une large dynamique, sans jamais « jouer les cantatrices d’opéra ». Grâce lui en soit rendue. Sous la direction attentive et précise de Gilles Colliard, l’orchestre apporte cette riche palette de couleurs qui doit beaucoup au hautbois et au cor anglais de David Walter, à la flûte et au piccolo de Jean-Robert Gasciarino, à la harpe de Rebeca Ferron, trois musiciens qui s’intègrent parfaitement aux cordes de la phalange toulousaine.

La soirée s’achève sur les sourires apaisés de chacun. Peut-être que seule la musique permet de telles consolations. Ce concert clôture le volet classique de cette 13ème édition de Toulouse d’été qui se poursuit néanmoins avec une multitude de manifestations consacrées aux diverses tendances musicales du moment.

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