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Lohengrin sort de la souricière

Le 26 août dernier, une immense ovation salua la fin de l’ultime représentation du Lohengrin dans la production de Hans Neuenfels, pour la mise en scène, et Andris Nelsons, pour la direction musicale. Créée en 2010, elle a provoqué quelques remous dans les divers publics du Festspielhaus de Bayreuth. La raison ? Une prolifération de rats qui envahit la scène en lieu et place des membres du chœur. Depuis, l’étrange parti-pris du metteur en scène a été accepté de bon ou de mauvais gré.

Le petit peuple des rongeurs
– Photo Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath –

Comme l’explique Hans Neuenfels lui-même, les rats « sont… de plus en plus acceptés comme une métaphore de la masse et de son comportement… Lorsque 130 rats chantent, l’effet est tout autre que quand 130 personnes casquées chantent. » Il est vrai que l’apparition d’une foule de rongeurs de deux couleurs, noir pour les mâles, blanc pour les femelles, en lieu et place des habituelles troupes brabançonnes a de quoi surprendre. Il faut attendre la progression du spectacle pour comprendre le but recherché et la fonction de cette substitution. Ou tout au moins imaginer les comprendre. En effet, au fur et à mesurer du déroulement, les personnages ainsi déguisés se débarrassent de leurs curieux attributs pour finir en costumes humains. Mais les rats possèdent également une fonction de divertissement. De jeunes souris roses créent en particulier quelques situations comiques que l’on n’attend pas dans cet ouvrage et quelques costumes aux couleurs vives viennent égailler le panorama scénique. Hans Neuenfels crée, il est vrai, un environnement aux couleurs froides, essentiellement noir et blanc, aux lignes géométriques strictes, conférant ainsi au premier acte une atmosphère glaciale, peut-être voulue, en tout cas déroutante. Même la fameuse chambre du couple Elsa-Lohengrin arbore un décor intimidant qui reste immaculé. Les mouvements des chœurs adoptent également une rigidité qui s’humanise tout au long du déroulement de l’action. Reste le problème des « aides-soignants » qui viennent de temps en temps s’occuper de cette troupe parfois indisciplinée. Est-on dans un hôpital, dans un laboratoire d’expérimentation biologique ? Le mystère reste entier. Quoiqu’il en soit, l’apparition finale du jeune duc de Brabant sous la forme d’un terrifiant fœtus distribuant des morceaux de son cordon ombilical frappe un grand coup !

La confrontation du deuxième acte. De gauche à droite : Petra Lang (Ortrud), Wilhelm Schwinghammer (König Heinrich), Annette Dasch (Elsa), Klaus Florian Vogt (Lohengrin)

– Photo Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath –

Cela dit, un jeu d’acteurs efficace et lisible permet au spectateur de suivre le cheminement de l’action, la dialectique de la connaissance, du secret, de la confiance que Wagner développe dans son « opéra romantique ».

Pour que cela fonctionne, il faut disposer de chanteurs-acteurs jouant le jeu. C’est le cas de cette distribution. Samuel Youn ouvre le ban dans le rôle, plus important qu’il n’y paraît, du Heerrufer (le Hérault) avec une autorité vocale et scénique admirable, alors que la basse Wilhelm Schwinghammer peine un peu dans la tessiture du rôle du roi Heinrich, paradoxalement considéré ici comme fragile et inquiet. Le couple maléfique est incarné par deux artistes accomplis. Petra Lang place sa voix puissante, sinon très ronde, au service d’une incarnation convaincante et forte d’Ortrud. C’est également le cas de Thomas J. Mayer dont le chant reste néanmoins dominé par celui de sa compagne. Leur duo du deuxième acte distille toute la noirceur du monde.

Enfin, le couple de lumière Elsa-Lohengrin bénéficie d’une très belle double incarnation. Annette Dasch, torturée et aimante, s’épanouit aussi bien dans la finesse de la prière que dans les inquiétudes de ses questions, grâce à une voix large et sonore mais capable d’extrêmes retenues.

L’apparition de Lohengrin (Klaus Florian Vogt)

– Photo Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath –

Quant au rôle-titre, il est tenu ici par celui qui se l’est approprié de manière magistrale, Klaus Florian Vogt. Le cas de ce ténor au physique d’ange blond est très particulier. Son timbre, clair voire blanc, pourrait correspondre à celui d’un ténor léger à l’aise dans Mozart ou Rossini. Pourtant la puissance de projection de cette voix, ses possibilités dynamiques ont de quoi surprendre. Son Lohengrin fait rêver ! Douceur angélique dans le duo de la chambre, éclat généreux lorsqu’il s’impose, il réalise dans son récit final de vrais miracles. Un moment de magie ! Chacun, dans la salle, retient sa respiration jusqu’à l’ovation debout qui l’accueille au salut.

A la tête des phalanges chorales (sublimes comme toujours à Bayreuth) et orchestrales multiples (les fanfares de scène jouent ici un rôle important), Andris Nelsons maintient une intensité dramatique permanente. Depuis l’ouverture, moins angélique que tendue vers la lumière, sa direction anime chaque scène avec passion et apporte un soutien lyrique à toutes les expressions vocales. La réussite musicale est, quant à elle, totale.

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