Disques

Une Tosca sur des sommets

Eleonora Buratto - Photo : Musacchio et Pasqualini_MUSA

Comment ? Un nouvel enregistrement de la Tosca de Giacomo Puccini ? Avec nos étagères chargées de réalisations discographiques légendaires ?  C’est le pari de DG. Il faut dire que le célèbre label jaune a mis tous les atouts sur le tapis. Enregistré en octobre 2024 en l’Auditorium Parco della Musica, Santa Cecilia Hall à Rome (évidemment !), cet album réunit une distribution quasiment insurpassable aujourd’hui. Qui plus est, il nous offre un Scarpa d’anthologie, le Français Ludovic Tézier. S’il est, à 56 ans, le vétéran des premiers rôles sur ce disque, il n’en est pas moins la pierre angulaire.  Quelle voix !  D’une parfaite homogénéité dans tous les registres, elle se déploie avec une puissance mais aussi une musicalité stupéfiantes. Le baryton trace ici le portrait à l’acide du plus infâme pervers de toute l’histoire de l’art lyrique. Le ténor chilien, encore trentenaire, Jonathan Tetelman, campe un Mario Cavaradossi aussi vaillant que romantique. Ici encore la voix est superlative, les aigus glorieux et la nuance prompte à moduler la ligne de chant. Et puis il y a Tosca. C’est l’Italienne Eleonora Buratto, l’une des gloires de la gent sopranisante mondiale actuelle qui enfile le costume déifié par Maria Callas au siècle dernier. La couleur fleure bon ses origines méditerranéennes et le soleil, la chaleur et la volupté qui vont avec. Ce n’est pas tout. L’artiste sait plier son chant à des inflexions donnant toute la complexité de Floria Tosca : amante passionnée, jalouse, prête à tous les sacrifices, fut-ce celui du salut de son âme, pour sauver son amant.  Un portrait complet, violent, qui, sur scène, doit avoir un impact saisissant. Les comprimari sont d’excellente tenue tout comme les phalanges (orchestre, chœur et voix banches) de l’Académie Sainte Cécile de Rome placées sous le bâton de leur nouveau directeur musical, l’Anglais Daniel Harding. Le souffle de l’épopée révolutionnaire se conjugue ici à des moments d’une intense sensualité, le maestro soulignant les mille couleurs et dynamiques que le compositeur a posées sur sa partition.

Résumons : en 2025, se hisser sur le podium des enregistrements du chef-d’œuvre puccinien était en pari risqué. Il est tenu !

Si vous n’avez pas la chance d’écumer les – parfois- prestigieux festivals lyriques européens, voici largement de quoi vous consoler.

Robert Pénavayre

« Tosca » Giacomo Puccini – Deutsche Grammophon – 2 cds – 24,99€

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