Danse

Une Paquita brillante et un Oiseau de Feu étincelant !

Pour cette fin de saison de ballet, le Ballet du Capitole retrouvait la Halle aux Grains pour une reprise et une entrée au répertoire. Paquita-Grand Pas, brillantissime pièce qui fait la part belle à la virtuosité et l’académisme fut donnée en avril 2014 dans la version d’Oleg Vinogradov. L’Oiseau de feu quant à lui permet à l’un des plus grands chorégraphes du XXème siècle, Maurice Béjart, d’entrer (enfin !) au répertoire de la Compagnie.

Paquita avec Maria Gutierrez et Davit Galstyan – Photo David Herrero –

Brillantissime donc que ce Grand Pas de Paquita, dont les multiples variations solistes, pas de trois et pas de deux font le bonheur (ou le malheur !) de multiples candidats aux divers concours de danse dans le monde. Véritable abécédaire de la danse classique, il conjugue les difficultés chorégraphiques à tous les temps ! Mais avec le niveau de technicité de la plupart des danseurs du Capitole, l’inquiétude sur la réussite n’était pas de mise. La première distribution voyait évoluer María Gutiérrez et Davit Galstyan dans les rôles de solistes. Techniquement irréprochable, Davit a mis, comme à l’accoutumée, toute sa puissance au service des sauts et des manèges de ses variations. María brille de toute la grâce infinie de ses bras et ses équilibres dans une première variation étincelante, peut-être un peu plus déconcentrée dans les fouettés du final.

Paquita, avec Julie Charlet et Ramiro Salmón
– Photo David Herrero –

Mais son plaisir de danser est si évident, si communicatif que le public ne peut qu’être conquis.

La deuxième distribution était assurée par Julie Charlet et Ramiro Salmón. Elle fut une Paquita radieuse et légère, déroulant des variations si techniquement parfaites, qu’on en vient même à souhaiter un tout petit peu moins de perfection pour laisser place à une émotion encore plus grande.

Auprès d’elle Ramiro Salmón assure avec brio et intelligence les mille et une difficultés de ses variations : saut, tours, manèges, tout passe avec une aisance confondante, sans oublier de prendre le public à témoin de sa joie de danser. Les variations solistes, dansées pour la plupart d’entre elles par le corps de ballet, ont permis de mettre en exergue l’excellent niveau de ces danseuses que sont Solène Monnereau, Kayo Nakazato, Scilla Cattafesta ou encore Lauren Kennedy.

Les pas de trois furent parmi les plus grands moments des deux distributions. Il faut souligner ici l’interprétation sans faille de Typhaine Prévost, Eukene Abad, Ramiro Salmón (1ère distribution) et Matthew Astley. Le corps de ballet féminin ne fut pas en reste, en dansant avec toute la science classique qu’il possède maintenant.

Bien évidemment, la deuxième partie de la soirée était attendue avec impatience par l’ensemble du public : pensez ! Maurice Béjart et son Oiseau de feu qui, 46 ans après sa (re)naissance, est toujours aussi fascinant. A sa création en octobre 1970 au Palais des Sports de Paris, par le Ballet de l’Opéra de Paris, Michael Denard y fut un magnifique Oiseau de feu, qui enflamma tout le public présent.

L’Oiseau de feu – Photo David Herrero –

Et bien sûr, pour ceux qui, comme nous, avaient eu la chance d’assister à cette première à Paris et recevoir le choc que représentait cette nouvelle façon d’aborder la Danse, l’attente était grande. Et le Ballet du Capitole n’a aucunement démérité face à cette chorégraphie prenante et exigeante. C’est Juichi Kobayashi, ancien danseur de Béjart, à qui le Béjart Ballet Lausanne fait très souvent appel pour remonter les grands ballets de la Compagnie, qui était venu faire travailler les danseurs pour cette œuvre. L’Oiseau était dansé par Takafumi Watanabe, qui nous donna à voir une interprétation pleine de charisme, d’une élégance et d’une passion contenue qui firent merveille sur le public. Un Oiseau techniquement parfait, habité par la Danse, et d’autant plus émouvant pour les habitués de la danse au Capitole, que c’était là ses ultimes prestations au sein de la Compagnie, puisqu’il s’apprête à rejoindre son Japon natal. Voilà un magnifique danseur qui va beaucoup nous manquer.

L’Oiseau de feu – Takafumi Watanabe

– Photo David Herrero –

L’Oiseau de feu – Jeremy Leydier

– Photo David Herrero –

A ses côtés Philippe Solano et Minoru Kaneko s’imposèrent avec beaucoup de brio et d’autorité au sein des partisans, tandis que Dennis Cala Valdès et Jeremy Leydier (impressionnant de présence), alternativement, incarnèrent avec beaucoup de puissance et d’engagement le Phénix, oiseau porteur d’immortalité.

Une soirée réussie, même si on peut regretter que Minkus et Stavinski n’aient pas eu les honneurs d’un orchestre, mais seulement de bandes enregistrées ! Et une fin de saison brillante pour le Ballet du Capitole, qui n’est pourtant pas en vacances, préparant d’ores et déjà la saison prochaine qui ouvrira avec Le Corsaire, dans la récente chorégraphie de Kader Belarbi.

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