Concerts

Musique et mouvement, l’éblouissant dialogue des Quatre Saisons

Les musiciens et les danseurs au salut final - Photo Classictoulouse -

Le 16 décembre dernier, la saison musicale Les Grands Interprètes a réuni à Toulouse l’ensemble instrumental Le Concert de la Loge et la compagnie de danse Käfig. Le stupéfiant spectacle qui en a résulté a suscité l’enthousiasme du public d’une Halle aux Grains pleine à craquer.

Rappelons que l’ensemble instrumental à géométrie variable Le Concert de la Loge, fondé en janvier 2015 par le violoniste Julien Chauvin, propose des programmes de musiques de chambre, symphonique ou lyrique, qu’il dirige souvent du violon. Il a cette fois décidé de s’associer avec la Compagnie de danse Käfig, fondée en 1996 par le chorégraphe Mourad Merzouki, grande figure du mouvement hip-hop depuis le début des années 1990. Käfig, qui signifie « cage » en arabe et en allemand indique le parti pris d’ouverture de son directeur et son refus de s’enfermer dans un style déterminé.

Le nouveau programme présenté à Toulouse par cette association originale s’intéresse à la figure emblématique de l’un des grands compositeurs de la période baroque, Antonio Vivaldi, et à son œuvre la plus célèbre, Les Quatre Saisons. Cet hymne universel à la nature est constitué des quatre premiers concertos pour violon et cordes du recueil intitulé « Il cimento dell’armonia e dell’inventione » (L‘Epreuve de l’Harmonie et de l’Invention), composés en 1724 par celui qui fut nommé « Le prêtre roux ». Sous le titre « 4 Saisons dansées », le programme proposé est complété, comme balisé, par quelques œuvres originales du même Vivaldi.

La mise en lumière de L’Hiver – Photo Classictoulouse –

Dans l’histoire de l’humanité, la danse a souvent accompagné le cycle des saisons. Le spectacle présenté ce 16 décembre réunit donc, avec une certaine logique, le bel ensemble instrumental Le Concert de la Loge et les danseuses et danseurs hip-hop de la Compagnie Käfig de Mourad Merzouki. Cette proximité inattendue génère un programme d’une vitalité, d’une beauté plastique, d’une imagination absolues. Tout au long de la soirée, les danseurs semblent faire de la musique avec leurs corps. Et les musiciens ne se privent pas d’accompagner leurs mouvements.

Saluons tout d’abord Mourad Merzouki pour l’intelligence et la beauté de sa chorégraphie. Julien Chauvin dirige avec précision et enthousiasme l’ensemble instrumental, alors qu’il assure également avec panache la redoutable partie de violon solo qu’il joue sans partition et donne de sa personne dans la mise scène animée du spectacle. Les rapports étroits entre musiciens et danseurs, admirablement mis en lumière par Cécile Trelluyer, passent parfois par ce qui ressemble à des défis lancés entre eux. Les performances chorégraphiques des danseurs défient parfois les lois de la gravitation dans la réalisation des figures les plus virtuoses de la breakdance.

Musiciens et danseurs – Photo Classictoulouse –

Le programme musical de la soirée insère dans la succession des Saisons quatre autres œuvres de Vivaldi, significatives de la diversité de son art. Il s’ouvre sur la Sinfonia de l’opéra L’Olimpiade qui précède la première des Saisons, Le Printemps. La joie illumine ce premier volet.

La Sonate pour violoncelle en la mineur est ensuite admirablement jouée par Jérôme Huille, dans la diversité de ses affects. Après L’Eté, et son orage zébré d’éclairs spectaculaires, le Concerto pour quatre violons met en compétition les brillants solistes de l’ensemble, Julien Chauvin évidemment et Sabine Stoffer, Roxana Rastegar, Marieke Bouche. Entre L’Automne et L’Hiver, la brève Sinfonia alla rustica, quelque peu solennelle, tranche sur les atmosphères festives puis feutrées et joyeuses des deux dernières saisons.

La Sonate pour violoncelle par Jérôme Huille – Photo Classictoulouse –

En conclusion, le retour à la Sinfonia de L’Olimpiade, est le prétexte d’un véritable déchainement des forces musicales et chorégraphiques du plateau de la Halle aux Grains, devenu arène de luxe.

L’accueil délirant du public amène finalement les acteurs à improviser une série de saluts chorégraphiés. L’audace jusqu’au bout !

Serge Chauzy

Partager

La Symphonie Africaine à Toulouse
Le 23 octobre prochain, la Halle aux Grains toulousaine reçoit la légendaire chanteuse d’origine béninoise, Angélique Kidjo.
Un Requiem « historique » et implacable !
Le concert d’ouverture de la brillante saison des Grands Interprètes, le 12 octobre dernier, affichait une seule œuvre à son programme, mais un véritable monument musical et vocal, la Messa de Requiem de Giuseppe Verdi.
La guitare au féminin
Le 11 octobre dernier, pour son premier concert de la saison 2026 – 2027, Toulouse Guitare invitait à la Chapelle des Carmélites le Duo Odelia, composé de Marie Sans et Alice Letort.
BALLET NATIONAL DU CAPITOLE – LES MAÎTRES AMÉRICAINS   
Un début de saison très très américain pour le Ballet National du Capitole avec deux géants de la Danse : George Balanchine et Peters Martin. Somptueux programmes que celui que nous présente le Ballet du Capitole : l ‘élève et son maître, George Balanchine, le Maître, Peter Martins, le disciple, l’élève
La Maîtrise de Toulouse célèbre les 20 ans de sa fondation
Le 17 octobre prochain, à 14 h et à 16 h, dans le cadre du festival international Toulouse les Orgues, la Maîtrise de Toulouse donne un double concert en l’Eglise Notre-Dame du Taur.
L’exotisme musical en apothéose
Le 8 octobre dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef invité Lio Kuokman qui accompagnait le grand pianiste argentin Nelson Goerner.