Concerts

Les voix multiples de Toulouse Guitare

Gabriel Bianco et Marina Viotti - Photo Classictoulouse

Le dimanche 25 janvier à 17 h, l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines recevait, dans le cadre de la saison Toulouse Guitare, un duo d’excellence composé de la mezzo-soprano Marina Viotti et du guitariste Gabriel Bianco. Leur programme musical, d’une diversité et d’une originalité extrêmes, a ravi un public nombreux et enthousiaste.

Marina Viotti excelle dans tous les domaines liés à la voix. En parallèle avec ses études du chant lyrique et du bel canto, elle s’essaie au jazz, au gospel, au heavy metal. Elue en 2019 “Meilleure jeune chanteuse de l’année” aux International Opera Awards parmi de nombreux prix dans différents concours internationaux, elle mène une carrière exceptionnelle hors des sentiers battus.

Invitée par Toulouse Guitare, elle s’associe avec l’un des plus grands guitaristes français, notamment vainqueur du Guitar Foundation of America (GFA) 2008, Gabriel Bianco, pour présenter à Toulouse leur programme autour de musiques françaises et espagnoles.

Respectant une belle tradition de Toulouse Guitare, cette fin d’après-midi dominicale s’ouvre sur une première partie assurée par Victor Mesnier et Matéo Vidal, deux guitaristes de 23 ans, actuellement étudiants en deuxième année à l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse. Deux personnalités dont la collaboration s’est affirmée au fil de leur parcours commun.

Ces deux musiciens s’imposent immédiatement par la cohésion de leur jeu commun. Précision et justesse cohabitent avec un sens aigu des nuances. Ils offrent tout d’abord une belle transcription pour leurs instruments du guitariste et musicologue américain Matanya Ophee du fameux Prélude, fugue et variation composé pour l’orgue par César Franck. Leur exécution se caractérise par une profonde musicalité.

Victor Mesnier et Matéo Vidal – Photo Classictoulouse

Ils abordent ensuite un répertoire exigeant, sous la forme d’une Sonate du compositeur et guitariste américain d’origine serbe Dušan Bogdanović (né à Belgrade en 1955). Le duo assimile le langage très actuel de cette pièce avec une aisance saisissante. Un bel avenir s’ouvre devant ces deux compères !

Marina Viotti et Gabriel Bianco explorent ensuite leur programme « franco-espagnol » avec l’intensité expressive et musicale qui les caractérise. Le timbre vocal d’une richesse admirable de la cantatrice se mêle au jeu coloré et d’une incroyable perfection nuancée du guitariste. La diversité des partitions qui se succèdent nourrit leur implication profonde.

Deux mélodies de Gabriel Fauré ouvrent cet itinéraire musical. Séduction et sensibilité caractérisent aussi bien Après un rêve que Les Berceaux. La succession des pièces qui suivent résonne comme celle des multiples étapes d’un voyage particulièrement enrichissant. Les enchaînements, parfois apparemment insolites, témoignent pourtant d’une absolue logique expressive et sensible. Ainsi, la chaleureuse mélodie de Massenet, Nuit d’Espagne, est suivie du chant nostalgique sud-américain de Carlos Eleta Almarán, Historia de un amor, jadis popularisé par… Dalida !

Gabriel Bianco et Marina Viotti -Photo Classictoulouse

Autre enchaînement significatif, celui de la Gnossienne n° 1 d’Erik Satie, magnifiquement jouée par Gabriel Bianco, avec l’émouvante chanson de Barbara, Nantes, dans laquelle Matina Viotti témoigne d’une profonde et sensible intériorité. A l’opposé, Gabriel Bianco évoque une Nuit à Bastille quelque peu agitée…

La cantatrice anime enfin avec finesse et musicalité les fameuses Siete Canciones populares españolas de Manuel de Falla, le cœur battant de ce programme. Elle confère à cette succession d’atmosphères contrastées (El paño moruno, Seguidilla murciana, Asturiana, Jota, Nana, Canción, Polo) toute l’authenticité des couleurs ibériques. Elle se paie le luxe d’aller ensuite rechercher une mélodie en espagnol de Gioacchino Rossini dont elle fait briller les exigeantes vocalises. Le point d’arrivée de ce voyage fait appel à… Jacques Brel et à sa poignante Chanson des vieux amants, témoignage intemporel de l’affection amoureuse.

Longuement acclamés, les deux complices prolongent encore cette évocation avec Dos gardenias d’Isolina Carrillo, puis avec la pétillante tarentelle de Rossini, La Danza.

Un vrai dimanche de fête !

Serge Chauzy

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