Concerts

Le marathon des Clefs

Quelle journée ! Le 19 juin dernier, malgré les pluies diluviennes se déversant sur la ville rose, un soleil fraternel a réchauffé les nombreux visiteurs du Muséum de Toulouse. Du début de l’après-midi jusqu’au bout de la nuit, les membres de l’Orchestre national du Capitole et de la saison de musique de chambre des Clefs de Saint-Pierre ont animé un véritable marathon musical destiné à fêter le dixième anniversaire de la création de cette très originale initiative.

Les musiciens de l’Orchestre National du Capitole jouent le quintette avec clarinette de Mozart dans l’auditorium du Muséum de Toulouse (Photo Classictoulouse)

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, l’association des Clefs de Saint-Pierre organise une saison de musique de chambre dont les acteurs sont les musiciens de la grande et belle phalange symphonique toulousaine. La fréquentation de cette série de concerts du lundi soir à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines permet tout d’abord de constater les grandes qualités individuelles de ces musiciens. Le passage du relatif anonymat de la position de « tuttiste » à celle de soliste en pleine lumière pourrait mettre certains en difficulté. L’assiduité à ces concerts permet de constater qu’il n’en est rien. D’autre part, chaque exécution témoigne d’une cohésion, d’un sens de l’œuvre commune qui résulte probablement de la pratique assidue de l’orchestre. Redisons donc ici le bonheur authentique que représente, pour chaque spectateur, la fréquentation de ces soirées si chaleureusement conviviales.

Dix violoncelles jouent Bizet et Piazzolla (Photo Classictoulouse)

Ce même bonheur était au rendez-vous de la journée d’anniversaire, démultiplié par le foisonnement des manifestations musicales, pédagogiques, théâtrales même, qui ont épicé son déroulement. Jugez-en. Sous la passerelle, sous le squelette de la légendaire baleine, dans l’espace « Champ libre », dans l’auditorium Picot de Lapeyrouse, dans le grand carré, sorte de salle du trône de l’imperturbable éléphant, les musiciens offrent plus d’une trentaine d’interventions ou d’œuvres issues d’horizons les plus divers.

L’atelier « Comment ça marche ? » explique avec simplicité et humour le fonctionnement des différentes familles d’instruments. Beethoven, Mozart, Schubert, Rossini résonnent dans toutes les salles, alors que l’intimité de l’auditorium Picot de Lapeyrouse héberge un véritable concert à facettes : du miraculeux Quintette pour clarinette et quatuor à cordes de Mozart aux très colorées Cuatro Estaciones Porteñas de Piazzolla, en passant par une splendide exécution de La Nuit transfigurée de Schoenberg, ainsi que deux des plus géniales pièces de musique française du 20ème siècle, le Trio de Ravel et la Sonate pour flûte alto et harpe, de Debussy, amoureusement délivrées par nos musiciens.

Les divagations du Carnaval des animaux : Sandrine Tilly et son dompteur

(Photo Classictoulouse)

La grande apothéose rassemble publics (le pluriel s’impose) et musiciens autour de l’éléphant pour un bouquet d’œuvres ou d’extraits d’œuvres qui ont balisé les dix années de concerts des Clefs de Saint-Pierre. Admirable quintette de cuivres (dans « Vertiges » de Jerôme Naulais), très musical sextuor de cordes (dans l’Andante du premier sextuor de Brahms), savoureux mélange cordes et vents de l’octuor de Schubert et du septuor de Beethoven, ébouriffant dixtuor de violoncelle pour Carmen, de Bizet, et un tango de Piazzolla, délicieux quintette avec harpe pour la Sérénade de Roussel et très confortable quintette avec contrebasse et piano dans le fameux mouvement à variations de « La Truite » de Schubert. Une mention spéciale aux valeureux interprètes qui osent un 8ème quatuor de Chostakovich tout en tension et angoisse.

Les « animaux » du Carnaval en plein délire… (Photo Classictoulouse)

Hénaurme cerise sur le gâteau, le Carnaval des animaux, de Saint-Saëns, retrouve ses animaux-musiciens, sauvages et loufoques, déchaînés comme de sales gamins dans une cour de récréation, serrés de près par leur dompteur-comédien Christian Brazier. Et en plus, quels musiciens ! Sandrine Tilly qui dévore littéralement sa partition et joue son solo de flûte perchée sur les épaules du dompteur imperturbable, Philippe Tribot, cygne-violoncelle aux incroyables mimiques simiesques, Mary Randles et Olivier Amiel, violons en perpétuelle dispute avec l’alto Bruno Dubarry, rivalisent de vitalité face à l’éléphant débonnaire de Damien-Loup Vergne. Le coucou espiègle emprunte la clarinette de Francis Tropini. La percussion de Christophe Dawarumez et le duo de piano Anne Le Bozec-Philippe Monferran encadrent le tout avec une maestria impressionnante.

La célébration s’achève dans une allégresse partagée qui augure bien de la suite des saisons musicales de cette belle entreprise.

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