Concerts

La musique au cœur de l’émotion

Les musiciens du quatuor à cordes. De gauche à droite : Fabien Mastrantonio, Haruka Katayama, Vincent Cazanave-Pin et Vincent Pouchet - Photo Classictoulouse

Le concert d’ouverture de la nouvelle saison des Clefs de Saint-Pierre, le 29 septembre dernier, s’est déroulé dans une atmosphère particulière. Consacré à l’exécution de deux des plus grands quatuors à cordes du répertoire romantique, il constituait le premier des deux concerts « hors les murs » de cette édition, hébergés dans la précieuse chapelle des Carmélites.

La soirée s’est ouverte sur la triste nouvelle du récent décès du président et animateur de l’association Les Clefs de Saint-Pierre, Laurent Grégoire. Jean-Sébastien Borsarello, comme il l’avait fait lors du concert d’ouverture de l’Orchestre national du Capitole, a rappelé le rôle fondamental joué par ce passionné de musique sur le fonctionnement de cette institution consacrée à la pratique de la musique de chambre par les membres de la phalange symphonique toulousaine. Le concert a donc été dédié à cet artisan infatigable du développement des Clefs de Saint-Pierre.

L’intensité avec laquelle les interprètes de cette soirée se sont investis dans l’exécution des deux œuvres inscrites au programme a constitué le meilleur hommage possible à la personnalité de Laurent Grégoire. Fabien Mastrantonio et Haruka Katayama, violons, Vincent Cazanave-Pin, alto et Vincent Pouchet, violoncelle, sont les quatre musiciens, connus pour leur participation aux concerts symphoniques, qui ont ainsi formé ce quatuor sous le vocable significatif de « Cordes Sensibles ».

D’une manière générale, on a pu admirer tout au long de la soirée le jeu d’une rare homogénéité et d’un équilibre autant sonore qu’expressif de ce quatuor, parfois uni comme un seul instrument, parfois s’exprimant comme la réunion de tempéraments complémentaires unis par une complicité indéfectible.

Le Quatuor à cordes n°12 en fa majeur « Américain » d’Anton Dvořák ouvre le concert. Composée en 1893, peu de temps après sa célébrissime Symphonie du Nouveau Monde, cette partition mêle des éléments de musique populaire découverte aux Etats-Unis aux accents de cette Bohème chère à son cœur. Les musiciens abordent l’Allegro ma non troppo initial avec vigueur et lyrisme. La parfaite cohésion instrumentale s’accompagne d’une large gamme de nuances et d’éléments expressifs. La nostalgie, comme autant de souvenirs de Bohème, irrigue tout le Lento, alors que la vitalité du Molto vivace évoque une sorte de jeu. Le Finale : vivace ma non troppo prend des allures de danse pleine d’ardeur.

Les musiciens du quatuor « Cordes sensibles » – Photo Classictoulouse

Tout autrement résonne le Quatuor à cordes n°14 en ré mineur, « La Jeune Fille et la Mort », de Franz Schubert, qui complète ce programme. Le compositeur reprend ici des éléments de son lied « Der Tod und das Mädchen », dont la traduction française « La jeune fille et la mort » inverse étrangement les deux termes… Une émotion intense règne sur les quatre mouvements de cette interprétation. Les premières mesures de l‘Allegro initial résonnent comme un cri, comme l’annonce d’un drame imminent. La rigueur rythmique et la cohésion du jeu commun soulignent encore la force du propos. Les éléments mélodiques et harmoniques de l’Andante con moto, que Schubert a repris de son lied éponyme, mêlent angoisse et révolte dans une vision construite et profondément musicale que développent les interprètes. Le rythme implacable et inquiétant du Scherzo conduit à une sorte de retour vers la lumière que représente le final Presto animé de pulsions inquiètes. Une fois encore, la grande cohésion du jeu des musiciens soutient avec ardeur l’animation du propos.

L’accueil enthousiaste du public amène les acteurs de cette intense soirée à proposer un bis parfaitement en accord avec ses circonstances. Vincent Pouchet évoque avec émotion ses discussions avec Laurent Grégoire à propos de la pièce souvent jouée en conclusion de leurs concerts en pays catalan. Il s’agit de ce tendre hymne à la paix signé Pablo Casals, « Le Chant des oiseaux ». Les quatre musiciens en offrent une vision transcendée, proche d’une émouvante prière. L’impact sur le public est tel qu’un long silence prolonge l’atmosphère particulièrement touchante de toute cette soirée. Une ovation debout finit par remercier les interprètes.

Musique et émotion liées resteront dans les mémoires.

Serge Chauzy

A noter le prochain concert des Clefs de Saint-Pierre, « Empreintes et inspirations », qui aura lieu le Lundi 13 octobre 2025 à 20h à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, avec au programme :

Joseph Haydn : Quatuor opus 77 n°2 en fa majeur

Caroline Shaw : Entr’acte

Gustav Holst : Phantasy Quartet on British Folksongs opus 36

Ralph Vaughan Williams : Quatuor n°1 en sol mineur

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