Concerts

Dialogue musical entre guitaristes et guitares…

Carles Trepat - Photo Classictoulouse

Le 20 mars dernier, la Salle du Sénéchal accueillait le quatrième concert de la saison Toulouse Guitare. Une belle occasion de découvrir à Toulouse le grand guitariste Carles Trepat qui se consacre à la pratique des instruments anciens. La confrontation de cette impressionnante approche historique avec celle, contemporaine, de la jeune Dorine Guilbaud n’a pas manqué d’enrichir un dialogue fertile et passionnant.

Carles Trepat, grand musicien et artiste profond, a pris le parti, dans une époque où la puissance sonore tend à s’imposer, de garder l’intimité et la beauté pure des instruments anciens. Ce natif de Lerida retrouve les traditions d’interprétations perdues. Il fait revivre la musique des grands maîtres à travers un répertoire profondément ancré dans la pratique historique de l’instrument.

Cette soirée du 20 mars s’ouvre néanmoins sur la prestation de la jeune guitariste Dorine Guilbaud, suivant en cela la belle et saine tradition établie dès la première saison : celle d’offrir à un ou une jeune guitariste de se confronter à un large public. Dorine Guilbaud poursuit ses études musicales à l’Institut Supérieur des Arts et du Design de Toulouse auprès de Benoît Albert, Rémi Jousselme et Thibaut Garcia. Lors de la première partie de ce concert, la jeune musicienne choisit d’entourer une pièce de facture baroque par deux partions aux langages particulièrement contemporains. « Toryanse » Tales, du compositeur d’origine bulgare Atanas Ourkouzounov (né en 1970), qui ouvre cette prestation, et « Iterazioni Seriose », du compositeur italien Francesco Antonioni (né en 1971) qui la referme, manient un langage moderne ouvert. La guitare est aussi percussive que mélodique. Entre ces deux œuvres, « Seys Diferencias sobre el Hymno O Gloriosa Domina », du vihueliste et compositeur espagnol Luys de Narváez (1500-1552), reçoit une belle lecture de la part de l’interprète, décidemment aussi à l’aise dans les deux approches de l’instrument.

Dorine Guilbaud – Photo Classictoulouse

C’est une tout autre voie que trace le grand guitariste Carles Trepat. Rappelons qu’en 1976, il a assisté au dernier cours de guitare classique donné par Emilio Pujol qui fut étudiant de Francisco Tárrega. La filiation a de quoi impressionner ! Dès les premiers accords émis sur cet instrument ancien aux couleurs mordorées datant de 1892, cette filiation se traduit par une sonorité d’une douceur de miel, d’une rondeur séduisante. Monté de cordes en boyau, il nécessite des accords fréquents que Carles Trepat effectue afin d’assurer une justesse parfaite.

Le musicien choisit d’explorer un répertoire large aux accents nostalgiques. La plupart des pièces abordées s’écoutent comme autant de confidences intimes. C’est le cas des « Leçons » op. 31 n° 4, 8 et 18 de Fernando Sor (1778-1839), mais également des « Sonatas » K. 291 et K. 11 de Domenico Scarlatti. La légèreté lumineuse de la « Fantasia del quarto tono, Guardame las vacas » d’Alonso Mudarra (1510-1580) précède la dansante « Vals intimo, pequeña romanza » d’Emilio Pujol (1886-1980).

Carles Trepat au salut – Photo Classictoulouse

L’élégance des trois pièces d’Ángel Barrios (1882-1964) ouvrent la voie au lumineux « Hommage à Debussy » de Manuel de Falla, alors qu’une certaine légèreté nostalgique caractérise le « Preludio, Romanza » de Miguel Llobet (1878-1938). Le programme s’achève avec trois nouvelles pièces de Francisco Tárrega (1852-1909) qui semblent raconter une histoire pleine de fantaisie et de sourires.

L’accueil enthousiaste du public amène Carles Prepat à prolonger la rencontre avec deux chanson populaires espagnoles complémentaires : une copla et un nocturne.

Serge Chauzy

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