Sous la baguette de son directeur musical à vie, le grand chef indien Zubin Mehta, l’Orchestre Philharmonique d’Israël effectue en ce moment une tournée internationale dont bénéficie notamment le Brésil. Paulinia, petite cité industrielle de la banlieue de Campinas, dans l’état de São Paulo, reçoit à cette occasion la prestigieuse phalange israélienne. Les activités de quelques grandes entreprises, dont les françaises Air Liquide et Rhodia, permettent ainsi à cette ville active de moins de quatre-vingts mille habitants de « voir grand », en particulier dans le domaine culturel !

Le théâtre municipal de Paulinia (Photo Léo Ripamonti)

C’est dans le nouveau théâtre municipal de Paulinia que se produisit donc, le 8 août dernier, l’un des plus beaux orchestres du moment. Le bâtiment ambitieux, aux allures de temple grec d’une blancheur immaculée, abrite un auditorium splendide mariant les essences de bois. L’acoustique de la salle, d’une capacité de 1300 places, constitue une réussite impressionnante qui marie harmonieusement analyse et synthèse sonores. Ainsi, la richesse et l’homogénéité globales ne masquent en rien les détails musicaux. Et de richesse sonore, l’Israel Philharmonic Orchestra ne manque certes pas.

La projection chaleureuse, le velouté subtil, le relief de chaque pupitre, la précision diabolique et la transparence du tissu sonore sont à porter au crédit de tous les musiciens, mais aussi, à n’en pas douter, à celui qui préside à leur destinée artistique depuis plus de quarante ans, Zubin Mehta. Le programme musical du 8 août était entièrement consacré à Richard Strauss dont les œuvres permettent aux grandes formations orchestrales de briller de tous leurs feux. C’est évidemment ce que fait la somptueuse phalange israélienne.

Zubin Mehta à la tête de l’Orchestre Philharmonique d’Israël

Son exécution du poème symphonique Don Juan tire les larmes. La pure beauté sonore, irréprochable et fascinante, n’est qu’un élément de cette interprétation raffinée et engagée à la fois. Zubin Mehta y ménage une sorte de crescendo expressif qui mène l’auditeur à cette apothéose céleste, presque mystique qui appelle le silence.

Dans la deuxième partition au programme, le foisonnant poème symphonique Till Eulenspiegel, l’orchestre prend un relief accru. Le chef en souligne les aspects visuels, contrastés, les caractères d’une musique d’images. L’humour jaillit de toute part, dans le couinement d’un hautbois, l’étranglement d’une clarinette. L’auditeur se prend à sourire.

Enfin, la seconde partie, consacrée à l’écoute du vaste « autoportrait » décalé, Ein Heldenleben (Une vie de héros), permet à l’orchestre de déployer l’ensemble de ses fastes sonores. Rarement les tutti explosifs, exempts de toute saturation, conservent une telle beauté sonore. L’épisode de la bataille, en particulier, prend un relief étonnant. Un grand bravo au violon solo pour sa grande maîtrise dans le redoutable trait d’orchestre que constitue l’évocation de la compagne du « héros » ! Le lyrisme intime, également, trouve ici un bel accomplissement. Ainsi en est-il du final qui préfigure ce que l’épilogue des Quatre dernier lieder conduira jusqu’à l’ineffable.

L’accueil triomphal ménagé par le public ravi obtient des interprètes pas moins de trois bis, très complémentaires du programme officiel. Après le déchaînement straussien, l’exécution d’un raffinement extrême, d’une intimité chaleureuse de l’ouverture des Noces de Figaro, de Mozart, prend l’allure d’un bijou. Suivent deux polkas d’un autre Strauss, Johann celui-là, qui recueillent une acclamation de joie de tout le public. Le bonheur, tout simplement !

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