Danse

Un grand ballet à la mémoire de l’univers classique

En réunissant une équipe de talents hors pair pour redonner vie à cette Source, Brigitte Lefèvre, Directrice de la danse à l’Opéra de Paris, vient d’inscrire au fronton de son illustre maison un ballet qui, n’en doutons pas une seconde, figure d’ores et déjà parmi les must de son répertoire, au même titre que La Bayadère ou Roméo et Juliette. Plusieurs raisons à cela.
Et tout d’abord, un brin d’histoire. Sur un sujet de Charles Nuitter (1828-1899), une musique à quatre mains cosignée Ludwig Minkus (1826-1917) et Léo Delibes (1826-1891) et une chorégraphie d’Arthur Saint-Léon (1821-1870), le ballet La Source est créé en 1866 à l’Opéra de Paris. Où il est question d’un royaume merveilleux, le Caucase, dans lequel coule une source protégée par un esprit (Naïla) et des elfes commandés par Zaël, d’un jeune homme (Djémil) qui va s’éprendre de Nouredda, promise au puissant Khan de Gengeh par son frère Mozdock. La situation se complique encore car Naïla est amoureuse de Djémil… Pratiquement l’intégralité de cette production disparaît dans l’incendie qui détruit l’Opéra de la rue Le Peletier en 1873. Cependant le ballet est donné jusqu’en 1876, date à laquelle il quitte définitivement l’affiche de l’Opéra de Paris. Mais l’œuvre continue à l’étranger, soit intégralement, soit partiellement.

Myriam Ould-Braham (Naïla), Josua Hoffalt (Djémil) et Muriel Zusperreguy (Nouredda)

– Crédit photo : Anne Deniau –

Jean-Guillaume Bart assume pleinement une option académique
Livret initial réécrit et, surtout, allégé, Jean-Guillaume Bart, ancien Danseur Etoile (nommé en 2000) de l’Opéra de Paris, aujourd’hui professeur du Ballet de cette prestigieuse institution, se lance dans une nouvelle version de cette Source, s’appuyant sur la partition mais également sur la collaboration plus qu’étroite d’Eric Ruf pour les décors, Christian Lacroix pour les costumes et Clément Hervieu-Léger pour la dramaturgie. Son but est clair, au travers d’un ballet formidablement narratif, lui qui se dit plus un arrangeur qu’un chorégraphe, souhaite surtout être le passeur pour les générations nouvelles d’un art de la danse né au XIXème siècle. Un art que le Ballet de l’Opéra de Paris a porté à l’incandescence. Le résultat est d’une limpidité aveuglante de fluidité, d’élégance, d’émotion et de musicalité. Avec cette touche néoclassique balanchinienne qui a prodigieusement influencé toute la danse du XXème siècle.

Les décors d’Eric Ruf s’éloignent du figuratif censé représenter une forêt luxuriante puis le palais du Kahn. En lieu et place, une forêt de guindes et de rideaux (ceux du Palais Garnier) meurtris par le temps et en infime mais perpétuel mouvement. Christian Lacroix, dont on connaît la passion pour les couleurs, revêt les interprètes de costumes littéralement somptueux ruisselants de pierreries éblouissantes. Nous sommes bien au royaume enchanté du rêve.

Alessio Carbone (Zaël) – Crédit photo : Anne Deniau –

C’est un plateau de Premiers Danseurs qui, en ce soir de dernière, offre à une salle archi-comble qui croulera sous des tonnerres d’ovation in fine, ce spectacle beaucoup plus chargé de sens qu’il n’en a l’air. Myriam Ould-Braham ouvre le bal dans le rôle si attachant et émouvant de Naïla, une nymphe dont elle va nous donner un portrait chorégraphique d’une grâce qui touche à l’irréel. Le Djémil de Josua Hoffalt conjugue avec subtilité puissance et élégance, reflétant avec justesse la fougue, le désarroi et la passion qui animent ce jeune chasseur. Muriel Zusperreguy se glisse avec une parfaite justesse de ton dans le rôle délicat de Nouredda, promise puis abandonnée. Alessio Carbone s’empare de Zaël avec une autorité qui frôle l’insolence. Tel un Puck shakespearien exilé dans le Caucase, il domine toutes les difficultés de ce rôle de composition avec un détachement et un humour qui lui valurent un triomphe personnel largement mérité. Soulignons également la sombre et virile incarnation de Christophe Duquenne (Mozdock) ainsi que les participations plus que convaincantes de deux Sujets : Charline Giezendanner (Dadjé, favorite du Khan) et Emmanuel Hoff (Le Khan). Soulignons également combien les quatre elfes de Zaël surent animer de nombreuses scènes avec un esprit malin totalement jubilatoire : Fabien Révillion et Allister Madin (Sujets), Adrien Bodet et Hugo Vigliotti (Coryphées).

Le Corps de ballet est égal à lui-même dans ce type de rendez-vous. Unique !

A l’évidence, et en marge de ce spectacle riche d’enseignements sur la qualité des solistes présentés, Brigitte Lefèvre dispose d’un vivier d’Etoiles assez impressionnant.

Encore un mot pour dire combien la participation de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, ici sous la direction de Koen Kessels, pour les ballets demeure l’un des atouts majeurs si ce n’est fondamentaux de ces spectacles.

Parier sur de nombreuses et prochaines reprises de ce ballet ne paraît pas très risqué…

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