Festivals

Carillons en fête

Le thème fédérateur du 15ème Festival International Toulouse les Orgues n’est autre que le carillon. « Une ville qui sonne ! » proclame le directeur musical Willem Jansen à propos de cette édition. Et effectivement les cloches de toutes les églises de la ville rose n’ont pas manqué d’annoncer la bonne nouvelle, lors de l’ouverture officielle du festival, le 7 octobre dernier… Les 8 et 9 octobre, deux concerts exceptionnels ont brodé sur ce thème, d’une part en associant le carillon à l’orgue, d’autre part en évoquant les multiples imitations musicales suscitées par cet instrument étonnant.

Boudewijn Zwart, à la console de son carillon de concert, face au Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin (Photo Classictoulouse)

L’étrange et beau duo
L’imposant carillon ambulant de Boudewijn Zwart, célèbre Maître-carillonneur de l’Europe du Nord, a finalement élu domicile au beau milieu de la basilique Saint-Sernin où il s’est prêté à un brillant dialogue avec le prestigieux Cavaillé-Coll de ce somptueux édifice, tout au long de la soirée du 8 octobre. Boudewijn Zwart, issu d’une famille de musiciens, est non seulement carillonneur titulaire de onze villes néerlandaises et fondateur de l’Institut des Carillons des Pays-Bas, mais également organiste, pianiste et compositeur. Assis à la mini-tribune de son propre instrument, il actionne avec une virtuosité invraisemblable le complexe clavier et le pédalier qui commandent les cinquante cloches d’un impressionnant carillon dont le poids approche les trois tonnes ! Face à lui, l’organiste Gerben Mourik, également néerlandais, lui donne la réplique depuis la tribune du grand orgue. Le dialogue alterne avec quelques solos comme cette improvisation à l’orgue sur le nom de Bach, imaginée par Gerben Mourik lui-même, ou encore ce « Prélude pour Carillon » de Jef Denijn. L’essentiel du programme mêle les deux instruments, à l’image du fameux Canon de Pachelbel qui ouvre le concert ou de la célébrissime Toccata en ré mineur de J. S. Bach qui le clôt. L’imagination du transcripteur n’a pas de limite ! L’obsession que dégage le « Carillon de Westminster », de Louis Vierne, s’oppose à la très poétique méditation signée John Cage, l’inventeur du piano préparé, et intitulée « In a Landscape ». Les couleurs incomparables du Cavaillé-Coll, enveloppent joliment les harmonies percussives du carillon. Enfin, le Prélude du « Clavier bien tempéré », de Bach, joué en bis au carillon seul, complète idéalement le programme initial.

Les Solistes de l’Ensemble Baroque de Limoges à la Chapelle des Carmélites

(Photo Classictoulouse)

Imitation
Le 9 octobre, la Chapelle des Carmélites, véritable œuvre d’art esthétique, accueille les solistes de l’Ensemble Baroque de Limoges, placés sous la direction du violoncelliste et gambiste Christophe Coin. Maria-Tecla Andreotti, à la flûte traversière baroque, Andrès Gabetta, au violon baroque et François Guerrier, au clavecin entourent donc Christophe Coin qui joue ici une très belle viole de gambe aux sonorités dorées. Ce matin-là (le concert débute à 11 h) ces musiciens accomplis suivent un parcours imaginatif à travers les siècles, autour du thème du carillon. Le cœur du programme ne pouvait échapper à la plus célèbre de ces pièces en imitation, « La Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont », de Marin Marais. Admirablement scandées par la basse continue, les guirlandes du violon font merveille. Autour de ce « must » gravite un bouquet de partitions aussi diverses que fascinantes. Hypnotiques parfois, celles-ci s’inscrivent dans le décompte du temps qui passe. Quelques duos pour viole de gambe et clavecin sollicitent la virtuosité sans faille de Christophe Coin : doubles, triples cordes se succèdent sans effort apparent. Le « Carillon pour les heures du jour et de la nuit », composé en 1960 par Maurice Ohana, explore au clavecin le langage le plus actuel que François Guerrier délivre avec brio. La matinée s’achève sur l’étrange « Canon Triplex », de J. S. Bach, jeu de nombres et symbole spirituel, dans lequel s’insère un mini-carillon, constitué de quatre cloches de porcelaine (de Limoges évidemment !), lequel égrène obsessionnellement la voix intermédiaire. Comme pour estimer l’éternité à l’aune de chaque seconde…
Serge Chauzy

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