Le mardi 22 septembre, Piano aux Jacobins s’est « expatrié » à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines pour une manifestation musicale dépassant la seule contribution pianistique. Piano et hip-hop ont ainsi communiqué avec intensité, imagination et humour grâce à la collaboration inattendue de trois tempéraments largement complémentaires. Autour du jeune et talentueux pianiste Constant Despres, le chorégraphe et danseur Pierre Rigal et le break danseur Brice Mvie se sont associés pour créer un spectacle d’une originalité particulière.
Imaginé par Pierre Rigal pour le spectaculaire danseur de hip-hop franco-camerounais Brice Mvie et le jeune prodige toulousain du clavier Constant Despres, ce spectacle Pianip-Pianop met en scène la rencontre de deux tempéraments solaires. Un concert dansé, joyeux et électrisant, où l’inattendu et l’humour trouvent aussi leur place, s’est donc déroulé en présence et avec la participation physique de Pierre Rigal.
Avec Pianip Pianop, nouveau concept créé le 5 décembre 2012, ainsi que l’indique Pierre Rigal, le piano entre en dialogue avec le mouvement et le corps. Le spectacle présenté ce 22 septembre a donc été imaginé par le chorégraphe qui met en relation le piano de Constant Despres avec la danse hip-hop de Brice Mvie. La grande science musicale du premier entre en résonance avec l’incroyable déploiement physique, d’une prodigieuse souplesse, du second, rejoint souvent par Pierre Rigal lui-même.

Les œuvres musicales qui se succèdent sous les doigts agiles de Constant Despres ont pour auteurs Dave Brubeck, Maurice Ravel, Alberto Ginastera, Manuel de Falla, John Cage, Enrique Granados, Marie Jaëll et Henryk Górecki. Toutes ces pièces, jouées sans partition, offrent un matériau où rythmes, accents et gestes deviennent autant de possibilités chorégraphiques. Chez Falla ou Granados, la danse est déjà inscrite dans la musique. Chez Ravel, elle devient couleur et mouvement, chez Ginastera, énergie et percussion. Le hip-hop révèle ces dimensions autrement, en faisant apparaître dans la musique ce que le corps peut en entendre. Le piano cesse ainsi d’être seulement un instrument sonore : il devient un espace de mouvement, de dialogue et de présence physique.

Recouvert tout d’abord par un voile noir (image d’un linceul ?) le piano et le pianiste ouvrent le dialogue avec le Blue Rondo à la Turk de Dave Brubeck. Alors que ce voile est largement utilisé comme accessoire par les danseurs, les pièces musicales se succèdent dans une diversité réjouissante. Parmi elles, la fameuse Danse rituelle du feu, de Manuel de Falla fait l’objet d’une tentative de record de « main levée » tel qu’il avait été établi par le grand Arthur Rubinstein en 1968. Record manqué d’un petit centimètre (51 cm au lieu des 52 de Rubinstein !)…

Après cet épisode, la pièce de John Cage, 4’33″, soit « Quatre minutes trente-trois secondes de silence » est la seule pour laquelle le pianiste utilise une partition… blanche, vide, de trois feuillets ! Mais rappelons que, selon la volonté de Cage, la pièce est en fait constituée des sons de l’environnement que les auditeurs entendent ou créent lorsqu’elle est interprétée…

Des pièces d’Enrique Granados, Marie Jaëll et Henryk Górecki complètent ce panorama musical dont la virtuosité, autant pianistique que chorégraphique, s’avère abondamment acclamée par l’ensemble du public.
Serge Chauzy
Le programme
D. BRUBECK, Blue Rondo à la Turk
M. RAVEL, Alborada del gracioso – Une barque sur l’océan (Miroirs)
A. GINASTERA, Danzas Argentinas op. 2
M. de FALLA, Danse rituelle du feu (L’amour sorcier)
J. CAGE : 4’33″ de silence
E. GRANADOS, Oriental (Danzas Espanolas op. 37)
M. JAËLL, Ce que l’on entend dans l’Enfer : Appel (18 pièces pour piano d’après la lecture de Dante)
H. GÖRECKI, Sonate n°1 op. 6
