Toulouse l’a découvert dans le sympathique Janet de l’opéra en occitan de Mondonville : Daphnis et Alcimadure en octobre 2022. Puis Fabien Hyon nous est revenu dans le truculent Missaïl de Boris Godounov de Moussorgski en novembre 2023. Dernièrement il fut sur notre scène le sournois Normanno de Lucia di Lammermoor de Donizetti (février 2026) et Narraboth, le malheureux capitaine amoureux de la belle Salomé dans l’opéra éponyme de Richard Strauss en mai 2026. Tout un parcours que ce marseillais d’origine, dont les études musicales lui firent fréquenter le CRR de Clermont Ferrand, le CNSM de Paris et la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, accomplit dans un sans-faute remarquable. Aujourd’hui, avec sa prise de rôle de Don José, il entre dans la cour des grands.
Rencontre.
Classictoulouse : Depuis vos débuts au Capitole, Christophe Ghristi vous met à l’épreuve de rôles de plus en plus exposés. Quelle est votre réflexion sur un tel parcours toulousain ?
Fabien Hyon : Je m’estime très chanceux d’avoir su gagner la confiance de Christophe Ghristi. Nous sommes ici dans la maison lyrique française qui sait le mieux tendre la main à ses enfants. Mon parcours au Capitole est un cheminement à l’ancienne dans ce qu’il a de plus positif. J’ai rencontré l’actuel directeur du Capitole pour la première fois au CNSM de Paris car il faisait partie de mon jury de master. Des années après j’ai auditionné pour son Théâtre puis nous nous sommes revus à nouveau lors du Concours de mélodie française de Toulouse (dont il obtient le Grand Prix, ndlr). Vinrent les premiers engagements qui sont le fruit d’un suivi pas à pas de mon évolution autant vocale qu’artistique. J’ai une chance inouïe de profiter d’un pareil regard, d’une telle attention, alors que tous les chanteurs en rêvent tellement ils sont nécessaires. C’est un accompagnement véritablement hors des normes actuelles malheureusement. Christophe Ghristi a l’art de nous mettre en situation afin de juger sur pièce. C’est un authentique contrat d’exigence qui nous oblige, moi comme tous les autres artistes qui ont la chance de se produire au Capitole. Christophe Ghristi m’a proposé Don José après avoir chanté ici même le rôle de Missaïl dans Boris Godounov en novembre 2023. Les autres propositions sont le fruit du hasard du calendrier, hasard qui m’a offert une véritable résidence artistique au sein du Capitole cette saison et qui m’a permis de montrer mes affinités avec le répertoire italien avec Lucia di Lammermoor puis allemand avec Salomé, avant de finir en beauté avec notre Carmen !

Aujourd’hui comment classez-vous votre voix et quel est votre répertoire ?
Je suis un ténor lyrique… en constante évolution. Mon grand plaisir aujourd’hui est de constater que plus je sollicite ma voix et la confronte à un répertoire exigeant, plus elle se développe. Mon répertoire actuel est donc celui de ce genre de ténor, à savoir Tamino, Roméo, Lenski, Tom Rakewell, Le Chevalier de la Force… Récemment j’ai chanté la partie de ténor dans Le Journal d’un disparu de Leoš Janáček, Pedrito dans la recréation de La Cabrera, un bijou de l’opéra français composé en 1904 par Gabriel Dupont où la vocalité du ténor est à mi-chemin entre Don José et Jean dans Sapho de Massenet, sans oublier le répertoire de la mélodie et du lied à l’occasion de récitals que je donne en compagnie de la pianiste Juliette Sabbah. J’ai également une activité importante dans le domaine contemporain qui m’a offert mes premiers contrats. Aujourd’hui j’en suis à une petite dizaine de créations dont Les bains macabres de Guillaume Connesson, L’Odyssée de Jules Matton, Job, le procès de Dieu de Michel Petrossian, et bien d’autres. L’année prochaine je participe à la création mondiale du dernier opéra de la compositrice mexicaine Diana Syrse : Hotel Moctezuma, à l’Opéra de Montpellier.

Vous abordez Don José, un rôle emblématique du répertoire des ténors français. Quelles en sont les difficultés et les bonheurs ?
Pour moi c’est tout d’abord un vrai bonheur car ma voix et mon corps réagissent très bien à ce personnage et à cette partition. J’ai la chance d’avoir un partenaire absolument fantastique en la personne du chef d’orchestre Leo Hussain. C’est un musicien qui a l’amour des chanteurs, il connaît les voix et fait attention à nos respirations. De plus, dans cette production, je côtoie deux chanteuses que je connais depuis le CNSM : Adèle Charvet (Carmen)et Marianne Croux (Micaëla). Nous nous connaissons par cœur et nous faisons une confiance absolue. Jouer ensemble est un vrai bonheur. J’étais fou de joie lorsque j’ai pris connaissance de la distribution. Le rôle de Don José est un véritable marathon car très long, mais cette connexion avec mes partenaires me facilite grandement le travail. La première difficulté du rôle est inhérente au répertoire romantique français : il se distingue par sa capacité à faire évoluer la ligne tout au long de l’œuvre, de la faire changer d’état, de réagir à l’histoire et à ce que le personnage traverse. La texture va souvent en se densifiant et on passe d’une écriture lumineuse, aérienne, à une matière de plus en plus lyrique et, à la fin, plus dense, emportée, dramatique. C’est pourquoi il n’est pas rare de dire que pour un grand rôle français du XIXème il faudrait avoir deux ou trois voix différentes ! C’est le cas pour Don José, dont le parcours le mène d’un ténor lyrique aux accents presque élégiaques lorsqu’il évoque sa mère à l’acte I, à une vocalité de plus en plus vaillante, presque dramatique à la fin. Il s’agit donc d’avoir bien intégré la partition dans le corps afin d’en restituer tous les aspects le plus fidèlement possible. Quant à l’interprétation du personnage, il me semble important de ne pas tomber dans le piège d’en faire une caricature : la violence est omniprésente chez lui, elle sera d’autant plus écœurante si l’on arrive à trouver sa part de lumière. C’est un personnage finalement peu armé pour se confronter à ce qui ne fait pas partie du monde tel qu’il le conçoit. Je crois que ses actions et ses paroles sont, en revanche, dénuées de calcul. Il agit toujours avec beaucoup de sincérité, même dans ses élans les plus horribles. Avec la mise en scène de Jean-Louis Grinda, je profite d’un magnifique terrain d’exploration.
Comment avez-vous abordé cette prise de rôle ?
Le Capitole de Toulouse m’offre cette prise de rôle mais, à vrai dire, il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’expérimenter Don José en chantant de larges extraits de Carmen avec orchestre à diverses occasions. Donc je ne découvre pas totalement ce personnage. Je dois avouer que cette petite expérience de terrain pour cet opéra m’a encouragé à accepter la proposition de Christophe Ghristi. C’est un pari très exigeant mais je sens le moment bien choisi et je sais que cette Maison met l’ensemble de ses moyens en œuvre pour que tout se passe bien. C’est un peu la magie du Capitole, tous les artistes le savent.

Avez-vous en tête une référence dans les temps anciens ou actuels ?
J’en ai plusieurs mais je crois que celle qui s’impose à moi est certainement l’interprétation de José María Carreras. J’aime profondément cet artiste, son chant et l’émotion qui s’en dégage. Georges Thill bien sûr pour la leçon de chant et, plus proche de nous, Roberto Alagna dont la version enregistrée avec Michel Plasson reste pour moi un modèle du genre.
Don José est-il un premier pas vers d’autres ouvrages ?
Je verrai bien… Ce qui est sûr c’est qu’après plusieurs semaines de préparation, de répétitions, la générale et la première représentation en public, ma voix confirme posséder une largeur qui s’exprime assez naturellement. Je chante sans forcer mon instrument et je comprends que celui-ci prend plaisir à se déployer lorsque l’espace lui en est offert. Ce Don José est un tremplin et un palier. Je suis très curieux des échos qu’il aura dans ma carrière.
Que souhaiteriez-vous aborder à présent comme répertoire ?
Dans quelques années, pourquoi pas Max du Freischütz, d’autant que ma voix répond parfaitement au répertoire allemand, aux phrasés et aux couleurs qu’il exige. Le répertoire de Richard Strauss m’attire également, sa musique est tellement sublime et lorsque j’atteindrai la pleine maturité de l’instrument et de l’âge, j’espère pouvoir aborder des personnages comme Werther ou Faust. Pour évoquer un avenir plus proche, j’ai très envie du Chevalier Des Grieux de Massenet et de l’Edgardo de Donizetti ou le Rodolfo de Puccini. J’ai la chance d’avoir un instrument très flexible qui me permet d’aborder des répertoires très différents. C’est un énorme atout sur le plan artistique, mais cela force à une grande connaissance de soi pour ne pas brouiller les pistes. Le travail s’obtient sur audition, et dans une rencontre d’à peine 10 minutes, il faut se montrer au meilleur de soi-même à l’instant « t » et garder les projections dans un avenir plus lointain jusqu’à-ce que vienne le moment de les coucher sur la table.
Quels sont vos projets ?
Je chante Ferrando dans Cosi fan tutte au festival de l’Île de Ré au mois d’août. La saison prochaine verra mes débuts à l’Opéra de Lyon avec Ange Pitou dans La Fille de Madame Angot. Je le citais précédemment, la création mondiale d’Hotel Moctezuma à Montpellier, sera bien sûr parmi les temps fort de ma saison 26/27.
Propos recueillis par Robert Pénavayre le 30 juin 2026
