Concerts

Etienne Rall, le piano intense

Etienne Rall dans l'amphi Despax de l'Université Toulouse Capitole - Photo Classictoulouse

Les 20 et 21 mars, l’Université Toulouse Capitole recevait pour deux concerts le jeune pianiste non voyant Étienne Rall. L’amphi Despax était chaque fois bien rempli d’admirateurs mélomanes ou novices, d’enseignants et d’étudiants qui n’ont pas manqué d’acclamer le pianiste aux performances étonnantes.

Rappelons qu’Étienne Rall, qui vient de fêter ses dix-huit ans, a grandi à Gramat, dans le Lot. Non voyant il se passionne pour le piano dès l’âge de trois ans et prend ses premiers cours à l’Ecole de musique de sa ville. À l’âge de dix ans, il est reçu à l’unanimité au Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Toulouse. La pianiste et enseignante aveugle Sylvie Fontebasso lui enseigne alors le braille musical. Parallèlement à sa formation au CRR, il reçoit les conseils de Claire Désert, Jean-Claude Pennetier, Denis Pascal, Elisabeth Leonskaja.

En juin 2024, après l’obtention de son Diplôme d’études musicales (DEM) mention Très Bien à l’unanimité avec les félicitations du jury, Étienne est admis directement en classe de Première TMD au Lycée Saint-Sernin de Toulouse. Laurent Molines le prépare alors au concours d’entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique (CNSM) de Paris. En février 2025, il y est reçu premier nommé, à l’unanimité du jury, dans la classe de Marie-Josèphe Jude. Il est le seul élève non-voyant du Conservatoire supérieur de Paris.

Le programme choisi pour ses deux concerts toulousains est composé de chefs-d’œuvre du répertoire romantique. Le pianiste ouvre et referme sa contribution avec Frédéric Chopin. Il interprète tout d’abord son Nocturne n° 13 en ut mineur. Son jeu, d’une intensité impressionnante, s‘accompagne d’un toucher ferme et sonore, dramatique même.

Etienne Rall investit ensuite le monde poétique de Franz Schubert. Les Quatre Impromptus op. 90, D. 899 évoquent, comme souvent chez le compositeur du Voyage d’hiver, le monde du lied. L’interprète en souligne néanmoins l’urgence et une certaine inquiétude, en particulier dans le quatrième épisode.

La célèbre Sonate n° 23 en fa mineur de Beethoven, baptisée « Appassionata » suit le court entracte. L’interprète s’investit avec passion dans ce défi d’endurance pour les pianistes. L’inquiétude, l’angoisse animent les trois volets de l’œuvre. Le final vertigineux sonne ici comme un combat.

Comme pour boucler la boucle, Chopin conclut ce programme avec sa bouillonnante Polonaise n° 6 en la bémol majeur, dite « Héroïque ». Etienne Rall y déclenche un véritable incendie sonore, d’une impressionnante force.

Etienne Rall au salut – Photo Classictoulouse

L’accueil enthousiaste qu’il reçoit ramène le pianiste vers son public pour un bis d’une exceptionnelle originalité. Il s’agit d’une improvisation virtuose autour de la vision de Toulouse de Claude Nougaro. En particulier, la correspondance sonore de la phrase « L’église St-Sernin illumine le soir » en nourrit l’essentiel de la mélodie. Une véritable performance accueillie avec ferveur !

Souhaitons retrouver bientôt Etienne Rall sur une scène régionale !

Serge Chauzy

Programme du concert

  • F. Chopin : Nocturne n° 13 en ut mineur
  • F. Schubert : Quatre Impromptus op. 90/D. 899
  • L. van Beethoven : Sonate n° 23, en fa mineur, “Appassionata”
  • F. Chopin : Polonaise n° 6 en la bémol majeur « Héroïque »

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