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La foudre s’abat sur Peralada

Programmer Nabucco, c’est anticiper un triomphe aux multiples raisons. Bien sûr il y a ce fameux Chœur des esclaves, devenu aussi célèbre que la plume au vent du même compositeur. Il y a aussi cette partition d’un jeune homme de 29 ans qui irrigue son ouvrage d’un sang bouillonnant follement patriotique. Et puis, et c’est le cas ce soir, si vous avez la chance d’avoir dans la distribution une Anna Pirozzi dans le rôle d’Abigaïlle, vous êtes sûr que la foudre va s’abattre sur votre tête !

C’est dans une version entièrement concertante que cet ouvrage nous est proposé.

Vue d’ensemble du spectacle – Photo: Miquel Gonzalez

Nous retrouvons les phalanges madrilènes qui s’étaient imposées la veille dans Hadrian de Rufus Wainwright, encore plus nombreuses (près d’une centaine de choristes !) mais toujours aussi précises et nuancées sous la baguette cette fois d’un maestro en la matière : Nicola Luisotti. Anna Pirozzi, titulaire sur les plus grandes scènes du monde de ce rôle redoutable qui veut faire d’une esclave une reine de Babylone, terrasse l’auditoire dès son entrée. Sauts d’octaves vertigineux, puissance de projection tellurique, registres parfaitement soudés et sans faille, aigus d’airain campent bien vocalement la fille du vainqueur avec une véhémence terrifiante. Mais résumer sommairement l’art vocal de cette soprano à des impressions volcaniques serait particulièrement réducteur. En effet, et c’est pour cela qu’elle est une grande Abigaïlle, Anna Pirozzi sait parfaitement conjuguer ses véritables séismes vocaux avec une musicalité qui laisse sidéré. Il en va ainsi de somptueuses demi-teintes et de sons filés renversants de suavité et de miel. Les rumeurs l’annoncent abandonnant ce rôle pour s’engager dans un autre répertoire. Quoi qu’il en soit elle l’aura marqué définitivement.

Anna Pirozzi et Nicolas Luisotti – Photo : Miquel Gonzalez

Exister à ses côtés n’est pas chose facile. Pourtant le baryton George Pétean arrive à donner du relief à son Nabucco. Lui aussi, sans être de la taille vocale de sa partenaire, n’en délivre pas moins un roi de Babylone au phrasé élégant doté d’un timbre relativement clair mais percutant. L’autre grand rôle de cet opéra est celui de Zaccaria. C’est la basse Alexander Vinogradov qui en revêt le costume vocal avec une autorité que la longue fréquentation du personnage lui autorise. Superbe de cantabile et d’harmoniques automnales, il incarne le chef des Hébreux de manière magistrale. Luxe inouï, dans le rôle carrément secondaire de Fenena, la fille de Nabucco, rien moins que la mezzo   Silvia Tro Santafé ! Évidemment, grâce à une voix magnifique que l’on n’entend que trop peu sur les scènes hexagonales, elle donne un relief saisissant à ses interventions. À ses côtés, le jeune ténor mexicain Mario Rojas, récemment entendu à l’Opéra national du Capitole dans le rôle beaucoup plus exposé de Steva (Jenufa), essaie de se frayer un chemin avec celui d’Ismaël, à vrai dire peu gâté par le compositeur.  L’orchestre, très présent faut-il le souligner, nous empêche d’apprécier comme à Toulouse, le timbre délicieusement suave et la ligne de chant somptueuse de cet artiste qui, par ailleurs, porta une attention de tous les instants au travail de ses collègues, ne les quittant pas des yeux et même parfois applaudissant discrètement à leurs interventions ! Excellents troisièmes rôles qu’il convient de citer : Fabien Lara (Abdallo), Simon Lim (Le Grand prêtre) et Maribel Ortega (Anna) qui imposa des aigus somptueux dans les ensembles.

Tout était donc réuni pour un triomphe. Ce fut le cas !

Robert Pénavayre

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