Opéra

Tristan, contre vents et marées

Christophe Ghristi - Photo: Pierre Beteille

La dernière représentation des reprises de Tristan et Isolde de Richard Wagner à l’Opéra national du Capitole a connu ce mardi 7 mars 2023 une situation à vrai dire prévisible.  Cette date était annoncée comme un jour de forte mobilisation sur les retraites avec le cortège de grèves y afférent. Ce mouvement massif dans tout l’Hexagone s’est infiltré jusque dans la fosse capitoline.  En effet, certains musiciens n’ont pas rejoint leur pupitre. Peu nombreux certes mais suffisamment pour que cela rende l’exécution de cette sublime partition impossible. A l’heure même du spectacle, à 18h, alors que de nombreux instrumentistes s’accordaient, ils ont été priés de quitter les lieux. Les techniciens ont surélevé la fosse à mi-hauteur, installé le piano de répétition et une chaise pour le chef. Sur le plateau nu, qui cette fois ne va pas simuler les mouvements des vagues, les interprètes, en costumes, vont chanter de larges extraits de l’œuvre. Auparavant, Christophe Ghristi, directeur artistique du Capitole, et Claire Roserot de Melin, administratrice générale, avaient annoncé le report d’une demi-heure du spectacle, le temps d’aménager le nouveau dispositif musical, tout en invitant les spectateurs souhaitant se faire rembourser à prendre contact avec le personnel idoine dans le hall du théâtre.

Miles Clery-Fox, chargé des études musicales sur cette production, gagnait le piano, Frank Beermann, son pupitre de… chef d’orchestre. Le spectacle pouvait commencer, avec en prime, Christophe Ghristi himself comme narrateur de l’ouvrage, faisant ainsi le lien dramatique pour les coupures. Belle surprise au 3ème acte avec l’arrivée de Gabrielle Zaneboni. Grâce à elle nous avons pu entendre les merveilleuses phrases écrites par le compositeur pour le cor anglais.

Pierre-Yves Pruvot (Kurwenal) et Nikolaï Schukoff (Tristan) – Photo: Mirco Magliocca

Tous les chanteurs de ces reprises étaient là bien sûr : Sophie Koch (Isolde), Pierre-Yves Pruvot (Kurwenal) Matthias Goerne (Marke), Anaïk Morel (Brangäne), Damien Gastl (Melot) et Valentin Thill (Un Jeune Matelot/Un Berger). Il faut saluer leur engagement total et leur courage pour affronter dans de pareilles circonstances et avec un tel aplomb une partition pareille. Soulignons tout de même l’exceptionnelle prestation de Nikolaï Schukoff, Tristan enfin délivré de soucis propres aux virus hivernaux. Il nous proposa une prestation d’anthologie, pleine de nuances mais capable n’en doutons pas de transpercer n’importe quel ouragan orchestral.  Le troisième acte a atteint hier au soir des sommets d’émotion rappelant sérieusement les plus grands interprètes de ce rôle.

Encore une fois, le rideau s’est levé contre vents et marées. Bravo à toutes et à tous !

The show must go on !

Robert Pénavayre

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